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Dans la vie qui est la vôtre, qui est si singulière, où il y a évidemment des épreuves, mais il y a aussi des coups qu'on donne, qu'on reçoit, comment on concilie ces valeurs chrétiennes avec l'apreté, la dureté du combat ? Moi je ne donne
de soi personne, je suis moi-même si faible et tellement progrès à faire. Non, la question chrétienne c'est... Toute vie connaît des épreuves, la vôtre comme la mienne, celle de tous ceux qui nous regardent. Et la question, c'est de faire de ces épreuves une grâce pour devenir meilleure, pour s'améliorer,
pour apprendre, pour progresser. Vous avez le sentiment, par exemple, qu'à travers cette vie, à l'âge que vous avez aujourd'hui, vous êtes meilleur, je sais pas ce que veut dire, que lorsque vous aviez 15 ans, 20 ans,
25 ans ? Mais vous savez... C'est cette phrase extraordinaire de Mandela après 28 ans de prison. Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j'apprends.
Si
vous saviez
comme je continue à apprendre. Pascal Praud. Revenons sur ces racines chrétiennes, parce que j'ai vu que Bruno Retailleau, par exemple, souhaite que ces racines judéo-chrétiennes de la France soient dans cette fois la Constitution française. L'IVG a été constitutionnalisée. Je ne sais pas d'ailleurs si vous trouvez... C'est une bonne idée ou pas. Il y a même quelque chose d'antinomique, peut-être, à ce que l'IVG soit dans la Constitution et que les racines chrétiennes y soient également. Mais est-ce que vous seriez favorable à cette disposition de Bruno Retailleau ? Oui, enfin, je pense que Bruno Retailleau a
raison, pour le coup. Pourquoi ? Mais c'est un principe qu'on comprend. Si vous coupez l'arbre de ses racines, vous pensez qu'il va faire des feuilles, des fruits ? Vous pensez qu'il va y avoir des grandes branches ? On ne coupe pas un pays de ses racines. Vous avez le sentiment pour l'accepter ? Je pense que dans ceux qui se disent modernes, il y a une prétention infinie. Je suis moderne, ça veut dire quoi, mon ami ? Qu'il n'y a plus personne avant toi ? Que quand tu es né, tu n'as pas reçu un héritage ? Un héritage au sens de civilisation. La chrétienté a amené une grande civilisation. Et donc pourquoi se couper de ses racines ? Dans le mot conservateur, qu'on connote de manière très négative, moi je ne suis jamais été conservateur, mais on le connote, il y a quand même l'amour de ce qu'ont laissé nos aïeux, de ce qu'on nous ont donné nos grands-parents, nos parents, surtout nous, les Français. Tant de familles ont des morts. Tous ces jeunes qui sont morts dans la Première Guerre mondiale. Tous ces jeunes qui sont morts, la seconde guerre mondiale. On doit balancer tout ça ? On ne doit pas en tenir compte ? La vie commence quand on naît soi-même et finit quand on meurt soi-même ? Ou est-ce que c'est un continuum ? Moi, je crois que c'est un continuum. Donc, pourquoi se couper de ses racines ? Regardez ce qui me frappe dans le voyage du pape. Il n'y a aucune insulte à l'endroitier que ce soit. Il n'y a pas un message d'exclusion des autres. Il n'y a pas une volonté de sectarisme à l'égard de qui que ce soit. Tout le monde est le bienvenu. Il n'y a aucun problème de cette nature. On a besoin de ce discours. Il n'y a plus d'ONU. Il n'y a plus de système multilatéral. Il n'existe plus. Il n'y a plus d'endroit où les gens se parlent. Et tout d'un coup, le pape, qui est un chef d'État, a la tête de l'État le plus petit au monde. C'est un bloc d'immeubles. Il a une parole qui est entendue dans le monde entier. C'est magnifique. J'ai beaucoup aimé le texte publié par le grand rabbin, les protestants et les musulmans souhaitant la bienvenue au pape. Et je pense d'ailleurs que si l'islamisme est parfois ressenti comme si agressif en France, juste titre, c'est parce que nous,
avons du mal à croire encore en quelque chose. Les racines judéo-chrétiennes dans la Constitution, c'est un combat de civilisation
'est un combat de civilisation, on est fiers de ce qu'on est. On peut faire tout ce qu'on veut, on ne peut pas effacer Clovis et son baptême de l'histoire de France. Mais on ne le fait pas. bien c'est
une erreur. On ne l'écrit pas. Parfois au nom de la laïcité, parce qu'il y a un combat, parfois elle est mal perçue ou mal comprise cette laïcité. Vous aviez d'ailleurs beaucoup insisté lorsque vous étiez président sur la notion de laïcité positive. Est-ce que vous utiliseriez encore cette expression aujourd'hui de la même manière ? Mais bien sûr.
La laïcité c'est très important. Je suis profondément républicain. La laïcité c'est le respect de ceux qui ne pensent pas comme moi. C'est une évidence. Mais est-ce qu'on se souvient de l'histoire de France ? Bien sûr, il y a eu la guerre de religion, qui était un drame. Mais il y a aussi cette époque. Pourquoi le général de Gaulle fait-il ses humanités en Belgique ? Parce qu'au nom de la laïcité, on ferme tout, les établissements scolaires catholiques. Il y a des maires de la région parisienne, à la fin du XIXe siècle, qui avaient pris des arrêtés pour empêcher les prêtres de traverser leur commune avec une soutane. Moi, je suppose une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui accueille. Les catholiques, les croyants sont des gens qui espèrent. En quoi l'espérance est-il le contraire de la République ? La République organise la vie et les religions donnent un sens à la vie. C'est complémentaire, ce n'est pas opposé.
Il y a évidemment ces questions politiques, diplomatiques, historiques, et puis il y a le rapport que chacun peut entretenir avec l'Église de Rome et avec Jésus-Christ. Je vais vous lire quelques lignes que vous allez reconnaître immédiatement. Je craignais mon premier dimanche à la santé. C'était un jour sans aucune visite, ni de la famille, ni des avocats, la solitude complète. Mon fils Jean eut l'idée de demander à l'aumônier de la prison de la santé s'il pouvait me rendre une visite. À 9h30, j'ai retrouvé ce visiteur de Dieu, ce serviteur de Dieu, dans le parloir du quartier des détenus à l'isolement. Nous parlâmes de religion, du pape, des églises dans la campagne. Au début, sans aucune connotation trop intime ou trop personnelle, je lui demandais les raisons qu'il l'avait amené à exercer son ministère dans un tel endroit. Il me confia qu'il était un homme des marges, qu'il les avait toujours aimés, et qu'avec la prison il était servi. Il poursuivit, le mal existe, et ici il est très présent, mais la bonté aussi. Elle existe même dans les personnalités les plus noires. Et chaque fois que je rencontre la bonté, je trouve le mystère de Dieu. Carla et Jean furent heureux quand je leur racontais cette rencontre, spirituelle, inattendue. était-ce le signe que j'attendais ? Et c'est évidemment dans le journal du prisonnier. Bon, ça me touche que vous
lisiez cet extrait. C'est le livre que j'ai écrit alors que j'étais enfermé 23h sur 24 dans 9m2. Et j'ai rencontré ce prêtre avec beaucoup de plaisir, je lui dois beaucoup, parce qu'à l'isolement total. Et je trouvais que c'était tellement injuste. C'était bien de recevoir quelqu'un d'aussi humain avec qui j'ai pu parler d'une manière très intime, qui m'a fait du bien. Et au fond, quand on est à l'isolement complet, on est obligé de se poser des questions. Quand on est entouré d'occupations, de soucis, d'amis, d'adversaires, dans le combat avec une ambition, on réfléchit moins. Et au fond, la logique d'une vie, c'est d'essayer de s'améliorer, pas de se détériorer, c'est d'essayer de s'ouvrir, pas de se refermer. Et vous savez, moi je suis, au fond, je suis assez pudique dans la parole, beaucoup moins pudique dans l'écrit. Tout le monde pense que ma manière normale de m'exprimer, c'est la parole. Mais en vérité, je dis plus de choses à l'écrit. J'étais capable d'écrire cela, je suis pas sûr que j'aurais été capable de le dire. Et peut-être ce qu'il y a de plus beau dans la vie, Pascal Praud, c'est les rencontres.
Et c'était une belle rencontre. Vous dites également, dans cette atmosphère désespérante, autant que menaçante et soudain... J'ai soudainement éprouvé le besoin de m'agenouiller au bord de mon lit. Je ne l'ai pas vraiment choisi. Cette phrase qui est étonnante, je ne l'ai pas vraiment choisi, ni réellement décidé. Alors vous qui décidez toujours tout, votre vie n'est que décision. Et là, quelque chose d'autre s'impose à vous et je ne l'ai pas vraiment choisi, ni réellement décidé. Vous êtes d'accord pour dire que tout ce que vous avez fait, vous l'avez décidé ?
moi je croyais que la philosophie de ma vie c'était la volonté. Le volontarisme, y croire. C
'est le sentiment que les Français ont en vous voyant. Vous êtes une énergie.
Ça m'a donné une bonne leçon d'humilité. Je ne suis pas, je ne suis ni le début ni la fin.
Je priais pour avoir la force de porter la croix de cette injustice. Cela m'a fait du bien et si la prière devait être le chemin pour résister. Écrivez-vous également.
savez, les épreuves, c'est une énergie. Il n'y a pas que la bonne nouvelle qui est une énergie. Et il ne tient qu'à chacun d'entre nous de faire de cette énergie quelque chose de positif. Mais je le dis modestement parce qu'il y a des gens qui nous écoutent qui sont malades. Et bien leur maladie peut être une grâce. Elle peut révéler à eux-mêmes. le courage dont ils ont besoin. Moi, j'ai souvent admiré des gens malades. Je suis très lâche sur la maladie. J'ai très peur du médecin. Et quand
je voyais des gens malades et qu'il n'était pas nécessaire de le mettre sur les réseaux, et je trouve que ça en dit incroyablement sur ce que sont, au fond, les catholiques.
D'abord, pourquoi j'étais à Lourdes ? Six mois avant d'aller à la santé, par le plus grand hasard, je tombe sur le Lourdes de Zola. Ce que je ne savais pas, c'est que Zola, après les 29 épisodes des Rougo Macar, avait décidé, il en avait marre de Rougo Macar, et il avait décidé de faire une trilogie sur trois villes, Paris, Rome, Lourdes. Pourquoi je tombe sur... C'est un bouquin de mille pages, sur le Lourdes. Et Zola, comme vous le savez sans doute, était non seulement athée, mais agressif à l'égard des religions. Et quand Lourdes sort, ça fait un scandale terrible. Je lis ce livre. C'est un livre absolument magnifique. C'est l'histoire d'un prêtre qui a perdu la foi, chez Zola en vérité. Mais Zola est quand même bouleversé par ce qu'il voit, car comme à chaque fois, il fait une enquête sur Lourdes. Il va à Lourdes, il va deux fois, il passe du temps, et il est bouleversé par la souffrance, par l'espérance, et c'est très beau. Donc, je m'étais dit, quand je sortirai, j'irai à Lourdes. J'habitais à Lourdes comme politique, comme leader de parti, comme président de la République, mais pas comme un citoyen comme les autres. Je vais à Lourdes. On y va d'ailleurs avec Carla. Quelques jours après, et là-bas, bien sûr, il y a beaucoup de pèlerins. C'est un miracle aussi, 4 millions de personnes chaque année. 150 ans après, les apparitions pour la petite Bernadette. Je fais peut-être 250, peut-être 300 photos. Pourquoi est-ce que je n'en fais jamais une photo ? Donc les gens disent, ah, président, on veut une photo, on veut une photo. Et je suis à l'époque pourchassé par les photographes qui veulent une photo de moi, de Carla à la sortie, vous imaginez bien. Et je me dis en rentrant, bon, tant pis, on va être partout. Pas une photo n'a été publiée sur les réseaux. Et si vous saviez, comme c'est pour moi l'occasion de dire à tous les gens avec qui j'ai fait une photo, comme je suis touché par cette forme de respect, cette France-là, elle existe, elle ne veut pas disparaître. C'est une France discrète, respectueuse. C'est une France qui a des bons sentiments. qui ne crie pas haro sur le baudet. C'est une France qui veut aimer, qui veut admirer, qui veut regarder vers le haut. C'est une France dont on ne parle jamais. Et vraiment, ça m'a bouleversé. Mais regardez, pareil, le pape est là. Mais qui connaissait le pape il y a deux ans ? Qui connaissait ce pape ? Est-ce que vous ne voyez pas que quelqu'un qui a été élu par... Allez... 140 de ses collègues ? Qui pose la question de sa légitimité ? Qui aujourd'hui viendrait dire au micro de Pascal Praud ? « Oh, quand même, il n'y a pas une femme qui a voté pour lui. » Enfin, quelle est sa représentativité ? Moi, je me souviens quand j'étais élu président de la République. Et 53%, 15 jours après, on mettait en cause ma légitimité. Le pape ? Non. Donc, si ça, c'est pas miraculeux, qu'est-ce qu'un
miracle ? Quand vous êtes revenu de Lourdes, quel sentiment aviez-vous ? D'abord...
J'étais content d'avoir tenu ma parole. Moi, je suis un type bizarre. C
'est généralement ce que vous faites. On peut vous reprocher sûrement certaines choses, mais généralement, vous tenez parole. ne voulais pas tenir parole, là. C'est
important. Ce n'est pas un choix politique. Je n'attendais rien. Je ne me présente pas à des élections. Je suis en dehors de ça. Et vous savez, ça m'a obligé à réfléchir. L'homme a un corps. On en prend soin en faisant du sport. L'homme a un cerveau. C'est celui dont j'essaie de me servir en répondant à vos questions. Mais indépendamment du corps et du cerveau, il y a un mot qui a disparu du langage et qui est si important. Le mot âme. L'âme. Et quand je suis revenu, j'avais fait du bien à mon âme. C'était déjà une grande
victoire. Ce rapport que vous pouvez avoir avec la foi dans une vie si singulière, si particulière, vous avez connu le pouvoir, la victoire, la défaite, les épreuves judiciaires, les blessures personnelles, est-ce que vous diriez que la foi change votre manière de regarder la
vie c'est très intime et c'est très complexe. Surtout... Ça guérit et ça protège de quelque chose qui est si naturel à la politique, l'amertume, la revanche, la détestation. Je dis que c'est naturel. Encore une fois, j'ai aucune leçon à donner. Mais vous n'êtes pas animé
de passion triste ? Non. Jamais ? Non, non, jamais. C'est toujours frappant d'ailleurs de voir vos réactions après un revers. Il n'y a jamais de passion triste après une défaite. Je suis toujours frappé de ça, ce qui n'est pas si fréquent. Et pourtant, vous êtes un combattant XXL. Oui, je sais pas. J'aurais pas aimé être votre adversaire.
Oui, peut-être que ça vous aurait intéressé. Peut-être que ça vous aurait obligé à tirer le meilleur de vous. Peut-être. Mais il n'y a pas de passion triste. J'étais il y a 15 jours au jardin d'acclimatation. Un dimanche après-midi. Parce que je voulais passer l'après-midi avec les enfants du centre anticancéreux, le cancer pédiatrique. Et on passait l'après-midi là-bas. Il y avait tous ces enfants qui avaient le cancer. On ne peut pas dire que c'est un cancer de comportement. Ils n'ont pas bu, ils ne sont pas drogués, ils n'ont pas fumé. Et ils ont ça. Et leur famille. Mais si vous saviez, comme je me suis senti si peu courageux face à eux, qui sont tellement courageux, ces parents qui étaient là avec leurs enfants à propiter d'une miette de bonheur au jardin d'acclimation, alors qu'ils rentrent normaux dans le bureau du médecin, ils sortent, on leur a expliqué que leur enfant a un cancer. Donc, c'est le mystère de la vie. Et moi, je suis tellement chanceux. Et vous êtes tellement chanceux, et chacun est tellement chanceux d'avoir cette vie. Donc ils font profiter de chaque seconde en bénissant
fait de vivre. Mais est-ce que la foi change ce rapport que vous pouvez avoir à la vie dans la défaite comme dans la victoire ? Mais Pascal Praud,
vous me demandez une chose tellement simple là. Est-ce que c'est plus facile de vivre en pensant que la vie a un sens ? que de vivre en pensant que la vie n'a aucun sens. D'après vous, la question, c'est laquelle ? C'est laquelle ?
Il y a des gens qui vivent comme Sioran, en traversant la vie, en pensant que tout ça n'a aucun sens. Je pense beaucoup à Sioran. Il faut rire, d'ailleurs, parce que c'est très drôle, Sioran. Oui, à chaque anniversaire, il dit une année de moins. Je m'en sers à
chaque fois.
C'est magnifique.
Je bénis les enfants que je n'ai pas eus. Oui, mais... Vous savez, il y a une forme dans la philosophie. Parce qu'il y a des philosophes avec Dieu. Pascal. Qui a eu la révélation. Quand il a failli mourir en traversant la Seine, il manque de se noyer. Et là, il a une apparition. Mais c'est tellement plus simple de vivre avec du sens. Et c'est tellement une chance de le penser. Est-ce que ça a une cohérence ? Est-ce que ça a un sens ? C'est très important. et les politiques dont la vie essaie de donner du sens aux choses, il me semble que c'est assez complémentaire.
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