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Invitation de participer à cette audition. Nous sommes dans une configuration un peu particulière. C'est actuellement le roulement sénatorial et donc beaucoup de nos collègues. sont tout simplement en campagne dans leur département et les travaux du Sénat étaient interrompus. Notre rapporteur a souhaité qu'il n'y ait pas d'interruption de cette commission d'enquête, cette mission d'information dotée des compétences d'une commission d'enquête. Par ailleurs, je dois excuser le président Laurent Laffont qui est en audition sur un texte législatif qui arrivera devant la commission et devant le Sénat. après le renouvellement sénatorial et la reprise de la saison ordinaire du Parlement. Mes chers collègues, nous finissons nos travaux de ce jour par l'audition de madame Victoire Afring-Moulard. Madame, vous êtes journaliste pour Le Parisien, qui a publié dès août 2025 plusieurs articles sur des violences sexuelles commises sur des enfants dans le cadre du périscolaire. Vous êtes également autrice du livre Les Rois du silence, enquête choc sur le périscolaire. Dans cette enquête, vous y racontez notamment vos échanges avec des parents de victimes ainsi que vos expériences dans deux communes où vous avez été recruté comme animatrice périscolaire. C'est donc à ce double titre que nous souhaitions vous auditionner. Votre témoignage nous est précieux pour comprendre les dysfonctionnements du service public, du périscolaire et trouver des pistes d'amélioration possibles. La parole à notre rapporteur pour des questions liminaires et d'autres qui suivront. Je rappelle qu'un fou témoignage devant notre commission d'information doté des pouvoirs de commission d'enquête serait passible des peines prévues aux articles 434, 13, 14 et 15 du code pénal. Et comme il est nécessaire, je vais vous inviter après des serments de dire toute la vérité, rien que la vérité, en levant la main droite et en disant je le jure. Je précise également qu'il vous appartient, le cas échéant, d'indiquer vos éventuels liens d'intérêts ou conflits d'intérêts en relation à l'objet de la commission d'enquête. n'y en a pas. Cette audition est diffusée en direct sur le site internet du Sénat et je cède la parole à notre rapporteur Agnès Evren.
vous remercie Monsieur le Président. Merci à vous vraiment de vous être rendu disponible pour cette audition. Comme le Président Max Brisson le disait, nous sommes en pleine période de suspension parlementaire et nous sommes en plein renouvellement. Mais compte tenu de toutes les révélations, il faut le dire, dans la presse et de l'immense attente des parents, j'ai tenu à ce que ces auditions puissent avoir lieu pendant cette suspension parlementaire. Et c'était pour nous absolument indispensable de vous entendre. Parce que vous avez parfaitement bien décrit dans votre livre « Les Rois des Silences » que j'ai lu et relu, tous ces mécanismes de silence qu'on peut retrouver à tous les étages de la chaîne de protection de l'enfance. Alors c'est souvent dû à la présomption d'innocence et on comprend. Mais c'est vrai que, comme vous, j'ai senti un vrai sentiment d'abandon de la part de parents dévastés par ce qu'ils ont subi. Et donc c'est intéressant de vous rencontrer aujourd'hui parce qu'en fait, cette commission... Encore une fois, je le répète, elle n'est pas partisane. L'objectif, c'est d'essayer d'améliorer le service public périscolaire parce qu'on voit que toutes ces défaillances en termes de recrutement, en termes de formation, en termes de contrôle, en termes d'organisation du périscolaire se répètent au plan national. Et donc, notre sujet, c'est d'identifier toutes ces défaillances et évidemment de tout faire pour y remédier, encore une fois, sur toute la chaîne de protection. Et donc, c'est intéressant parce qu'en plus, vous vous êtes infiltré dans une école où vous avez pu montrer justement que le recrutement s'était fait de façon assez précipitée parce que les maires, sans vouloir les accuser, ils gèrent aussi la pénurie. Il faut se mettre à la place des maires où ils gèrent la pénurie d'animateurs formés et qualifiés. Et donc, je vais vous poser des questions très concrètes. Ça va vous permettre de nous répondre précisément sur votre enquête qui était absolument essentielle. Et cette enquête ne peut laisser personne. Tant elle décrit parfaitement bien les mécanismes, encore une fois je le redis en termes de contrôle de formation, d'alerte, de remontée de signalement qui parfois ont du mal, de formation même. La preuve c'est que vous avez donc été embauchée en tant qu'animatrice. Avez-vous, et c'est ma première question, bénéficié d'une quelconque formation
Non, je n'ai bénéficié d'aucune formation. Une fois que j'ai été recrutée, on m'a simplement demandé de venir cinq minutes avant ma prise officielle de poste. Et on m'a fait faire un rapide tour de l'école en me présentant les locaux, les classes, les toilettes, la cour de récréation. Et on m'a un peu mise dans le bain. comme ça, lâcher son préambule, et en me disant, ben voilà, tu vas t'occuper de ces huit enfants, il faut les ramener à la cantine, il faut les faire passer aux toilettes, et voilà, encore une fois, on est jeté comme ça dans le grand bain sans aucune formation.
Vous avez eu un entretien, vous avez posé des questions sur votre expérience, vos qualifications éventuelles, est-ce que vous avez signé un contrat et qui vous a reçu concrètement ? Quelle était la fonction de la personne qui vous a reçu ?
Alors, j'ai été reçu par deux directeurs périscolaires, le directeur de l'école élémentaire et le directeur périscolaire. périscolaire de la partie élémentaire de l'école et le directeur périscolaire de la partie maternelle. C'est un entretien qui a duré une vingtaine de minutes. avec des questions sur le CV que j'avais présenté. Il faut savoir que l'idée de mon infiltration, ce n'était pas de me présenter comme la meilleure des animatrices, mais plutôt comme une candidature assez lambda que les communes peuvent recevoir, donc sans expérience. Dans ma dernière expérience professionnelle, c'était une expérience de chargé de recouvrement amiable qui remontait de mémoire à cinq années auparavant. J'avais expliqué que depuis deux ans et demi, je m'occupais de mon enfant, mais que je n'avais jamais eu d'expérience d'encadrement d'enfants en groupe. posé la question de savoir si j'avais déjà par exemple géré des anniversaires ou des choses comme ça, j'aurais expliqué que non, que j'avais aucune compétence en matière d'encadrement d'enfants. Donc voilà, ça c'était le profil que j'ai présenté. Et ensuite il y a des questions qui m'ont été posées concernant par exemple les activités qu'on pouvait proposer à des enfants, à un groupe d'enfants de maternelle. Donc il faut savoir que sur les taux d'encadrement, on parle de... Pour les animateurs, ils ont la possibilité d'encadrer 14 enfants de 3 ans. On me posait la question de savoir qu'est-ce qu'on peut faire en termes d'activité avec 14 enfants de 3 ans qui n'avaient pas vraiment travaillé l'entretien. J'ai fait des réponses un peu à côté, notamment une balle aux prisonniers. Si vous avez déjà eu des enfants de 3 ans, vous savez que ça ne fonctionne pas du tout. Après, il m'a été posé des questions sur la sécurité. On sentait quand même que c'était un élément important pour ces deux directeurs. Qu'est-ce qu'il fallait faire en termes de sécurité ? Lorsqu'on encadrait des enfants, je pense que c'est là-dessus que j'ai gagné des points sur le fait de constamment les compter. En cas de chute, ne pas hésiter à alerter la chaîne hiérarchique, etc. Là-dessus, je pense qu'ils ont obtenu les réponses qu'ils cherchaient. Et au terme de l'entretien, ils m'ont dit qu'ils me rappelleraient, qu'ils avaient d'autres entrevues. Et je crois qu'il y a eu une dizaine de jours avant qu'ils me rappellent pour me dire... On vous prend et qui me donne rendez-vous pour commencer mon poste.
termes de contrôle d'honorabilité,
comment ça s'est passé J'ai reçu un document administratif à remplir avec ma situation personnelle, etc. Au bas de la page, il y avait juste une petite mention qui disait « votre casier judiciaire va être contrôlé ». sans que j'aie besoin moi de fournir en fait ce fameux casier judiciaire, ce fameux B2. Alors il y a un contrôle normalement qui est automatique par les services départementaux du ministère de la Jeunesse et des Sports. Donc on imagine que ça a dû être fait, mais moi je n'ai pas fourni moi-même de casier judiciaire à cette municipalité. Donc on ne vous
a pas demandé en fait ? Vous aviez bien donné votre identité ? Ils avaient vérifié votre carte d'identité ?
Oui, j'ai dû fournir ma pièce d'identité. J'imagine que c'est la mention qui a été faite sur ce document. Et à la question du contrat, non, puisque j'étais vacataire, donc je n'ai pas signé de contrat, uniquement rempli ce document administratif avec ma situation personnelle.
alors comment ça s'est passé entre le moment où vous avez été recruté, vous me dites qu'il y a eu 20 minutes d'entretien, vous avez commencé combien de temps après
Ils vous ont rappelé
deux
semaines après ? Oui, voilà. Ils avaient plusieurs autres entretiens et manifestement qui n'ont pas fait... D'accord.
Et pendant ces deux semaines de laps de temps, il n'y a pas eu de formation ? On ne vous a pas rappelé, on ne vous a pas expliqué la charte des valeurs ? Non.
Aucun document, aucune formation. Et encore une fois, on m'a simplement demandé de venir cinq minutes avant cette prise de poste et pas de... aucune mention sur les violences sexuelles, aucune mention sur les violences éducatives.
Alors, vous expliquez, il y a un passage de votre livre qui explique que lorsque vous ameniez les enfants au sanitaire, vous le faisiez à l'instinct. pour ne pas empiéter sur leur intimité. C'est un vrai sujet. Aujourd'hui, il y a comme ça des zones d'ombre. Parfois, il n'arrive que par accident. C'est un adulte qui emmène l'enfant
au
sanitaire. C'est là où, malheureusement, il y a parfois des passages à l'acte dans toutes les remontées qu'on a eues des affaires. Comment s'est passé ce moment-là où, sans aucune difficulté, vous avez pu emmener à l'instinct, comme vous le dites vous-même, l'enfant au sanitaire ?
Il y a deux cas de figure. Le premier, c'est quand on emmène un groupe d'enfants avant justement le passage à la cantine. Donc là, il y a du monde parce que chaque animateur emmène son groupe, etc. Donc les situations à risque, ce n'est pas tellement celle-là. Mais par contre, je dis que je fais à l'instant parce que personne ne m'a expliqué s'il faut les essuyer ou pas. C'est une question qu'on peut se poser. Toutes ces choses concrètes, est-ce qu'il faut rentrer avec l'enfant dans les toilettes ? Alors c'est des toilettes qui sont ouvertes, ou c'est des sanitaires qui sont installés les uns à côté des autres sans porte fermée. Est-ce qu'on rentre dans cette grande salle ? cette grande salle ou est-ce qu'on reste un peu à l'extérieur ? Moi j'avais forcément en tête les témoignages de parents et effectivement ces cas d'abus sexuels aux toilettes. Par réflexe, je restais à l'extérieur et puis je leur posais des questions en me demandant si tout va bien, s'ils avaient besoin d'aide, etc. En espérant qu'aucun de ces enfants me demande d'aide parce que, encore une fois, s'ils ont un souci, on ne sait pas vraiment comment gérer. On est vraiment seul.
en fait, à aucun moment vous n'aviez été briefée justement sur ces situations à risque devant lesquelles vous alliez être potentiellement confrontée. Non,
et ça, ça se passe vraiment cinq minutes après mon arrivée dans l'école. Donc c'est la première expérience que j'ai avec ces enfants. Voilà, c'est celle des toilettes. donc, il y a ce cas de figure et il y a le cas où, par exemple, on se retrouve à la cantine, il y a un enfant qui demande pour aller aux toilettes. Et là, évidemment, on ne va pas lui dire non, non, tu vas attendre une heure. Donc, il y a un animateur qui se déplace avec lui et qui se retrouve là, en l'occurrence, seul aux toilettes avec un enfant. Et évidemment, les collègues ne regardent pas leur montre en disant... En se posant la question, oh là là, mais ça fait 15 minutes qu'il est parti avec cet enfant en toilette. Donc on se retrouve, il y a vraiment une fenêtre de tir, si je puis m'exprimer ainsi, pour les agresseurs sexuels dans ces cas de figure.
Quelles sont selon vous les zones grises, les zones d'ombre qui permettent à ces prédateurs ? de passer à l'acte ? Parce que vous les avez parfaitement bien définis, en fait. C
'est tous ces moments-là qui ne sont pas prévus forcément par les textes et par les règlements, parce qu'il faut faire aussi avec la réalité du terrain. Donc, évidemment, ce que je vous disais, on emmène les... les enfants avant aux toilettes, mais quand on est confronté à un enfant de 3 ans qui veut y aller en pleine cantine, évidemment on va l'accompagner, donc il y a ces moments où on va se retrouver seul. Il y a les moments aussi d'activité, le soir, où nous en l'occurrence on avait chacun un petit groupe d'enfants, et il y a ce qu'on appelle la BCD, la BCD c'est la bibliothèque, donc on se retrouve dans une salle avec 5, 6 enfants qui ont choisi comme ça de faire un moment de lecture, et c'est une salle généralement... où il y a des livres, mais il y a aussi un espace pour jouer, donc peut-être avec une dinette ou ce genre de choses. Et donc il y a des enfants qui seront plutôt côté jeu et des enfants qui seront plutôt côté lecture. Et on peut tout à fait se retrouver avec un ou deux enfants côté lecture dans un petit coin isolé. Et encore une fois, voilà. Avec les témoignages de parents que j'avais eus, et notamment, je pense à l'école Emmerio à Paris, dans le 15e arrondissement, et cet animateur qui s'occupait de la bibliothèque a été mis en examen. Voilà, je repensais à... J'avais ça en tête, et effectivement, il n'est pas difficile d'imaginer qu'une agression, à ce moment-là, est possible. Je pensais également à un procès de cet animateur de Rosé en Loire-Atlantique qui expliquait que matériellement, il ne pouvait pas agresser les enfants parce qu'il n'avait pas le temps. Et on se rend compte quand on expérimente un peu le métier d'animateur que c'est faux. Il y a des petits moments où on se retrouve seul avec des enfants. Et moi, je n'ai pas eu l'opportunité de m'occuper du moment de la sieste. Je ne pourrais pas vous en parler aujourd'hui, mais j'imagine qu'il y a aussi des moments propices dans ces temps de sieste.
'après vous, il n'y a pas également une espèce de zone grise entre l'éclatement des responsabilités ? C'est-à-dire que dans une même école, pour les parents d'ailleurs, la frontière est artificielle entre la direction du scolaire qui dépend de l'éducation et la direction du périscolaire qui dépend des mairies. Quand tout va bien, il n'y a pas de sujet, mais quand ça se passe mal, en effet, on va voir la directrice d'école qui nous dit, ce n'est pas nous, c'est le périscolaire. Est-ce que là, ce n'est pas une zone grise ? Et cette fragilité permet aussi aux prédateurs de se dire, de toute façon, ça va être une telle désorganisation dans les responsabilités, que c'est ces intertices-là, à mon avis, qui, sans doute, favorisent aussi le passage à l'acte. Qu'est-ce que vous pensez ? Parce que vous en parlez aussi dans votre livre, de ces directions un peu, de ces responsabilités éclatées.
Je ne sais pas si les agresseurs vont jusqu'à ce niveau de conscience de la désorganisation entre éducation nationale et services périscolaires, mais oui, c'est un dysfonctionnement qui existe et qui est important. C'est inentendable quand on est parent et qu'on se présente à la directrice en disant « voilà, mon enfant de 4 ans m'a raconté qu'il avait été abusé ». par un animateur et que la directrice ou le directeur le premier réflexe qu'il a c'est de dire ah mais c'est pas nous c'est la municipalité et ça c'est inentendable et je pense que c'est un réflexe un peu de soulagement de ce représentant de l'éducation nationale, mais c'est inentendable pour les parents. Et il y a vraiment deux mondes qui cohabitent dans ces écoles. Moi, je me suis rendu compte vraiment de cette chose-là. On m'en avait parlé, les animateurs m'en avaient parlé, on a du mal à le... à l'imaginer et en réalité c'est vraiment deux mondes qui cohabitent et qui ne communiquent pas donc en fait s'il se passe quelque chose dans la journée pendant le temps scolaire et qu'on vient récupérer son enfant après le périscolaire les animateurs seront incapables de vous expliquer l'incident qui s'est passé et inversement s'il y a eu un incident dans le périscolaire si vous croisez la maîtresse elle sera incapable de vous dire ce qui s'est passé et parfois Ils ne connaissent même pas les équipes. C'est ça,
il n'y a pas de communication entre les deux équipes. Par ailleurs, vous donniez l'exemple d'un feutre qui avait été utilisé, la direction de l'école. Oui, c'est un
exemple très concret. Je m'occupais d'un petit groupe d'enfants, il faisait trop froid. On avait décidé, pendant le temps de récréation, de les garder dans une classe, dans leur classe. L'enseignante était là. Les enfants m'expliquent où se trouvent les feutres, où se trouve le papier. Ils ont l'habitude, donc ils sortent eux-mêmes papier et feutre. Ils dessinent, etc. Arrive le moment de la sonnerie, etc. On essaye de ranger. Peut-être pas assez bien aux yeux de cette enseignante. On range avec les enfants, etc. Et le lendemain, le directeur périscolaire m'explique que, d'une part... Il faut prendre une photo de la classe quand on arrive, pour s'assurer de la rendre dans le même état dans lequel on l'a trouvée. Et par ailleurs, il ne faut pas utiliser les feutres qui appartiennent à la maîtresse et les feuilles qui appartiennent à la maîtresse, parce que c'est un budget de l'éducation nationale. Alors que deux heures avant, ces mêmes élèves utilisaient ces feutres et ces feuilles. Et concrètement, comment ça peut se passer, l'absence de communication entre ces deux mondes
c'est très éclairant. Alors, il y a tout un chapitre également qui s'intitule « Si vous savez parler et marcher, vous serez embauché ». C'est très intéressant parce que ça revient au sujet de la porte d'entrée, en fait, du recrutement. Comment vous expliquez ça ? Vous
l'avez dit tout à l'heure, il y a un réel besoin. Aujourd'hui, il y a un manque d'animateurs parce que c'est un métier qui n'est pas attrayant, parce que les conditions ne sont pas bonnes. C'est difficile d'attirer du monde quand on leur propose des horaires morcelés, des salaires qui ne sont pas mirobolants, avec une responsabilité qui est importante. Je pense que ça va être de plus en plus compliqué. Le scandale qui a éclaté, je pense que potentiels candidats préféreront s'essayer à la restauration plutôt que prendre de... Le risque, si je puis dire, de devenir animateur. Donc voilà, les municipalités font face à un déficit d'animateurs. Donc elles vont être forcément moins regardantes sur les CV, sur l'expérience des candidats. Et on va plus chercher de la qualité, mais simplement de la quantité pour répondre à des taux d'encadrement qui sont imposés par la loi. Il y a des animateurs qui sont embauchés sans entretien. C'est une commune de la métropole lilloise qui m'a appelée à 9h47 pour une prise de poste à 11h30 pour assurer un temps de cantine. Donc pas d'entretien, pas de formation. En l'espace de moins de deux heures, impossible de vérifier un casier judiciaire. Ça, ça fait aussi partie de la réalité, mais aussi parce que les municipalités... embauchent des vacataires. Et les vacataires, par définition, on le disait, il n'y a pas de contrat de travail. Donc, on ne leur impose pas, en fait, des... Ils ne sont pas soumis à des horaires de travail. Donc, s'ils ont envie d'envoyer un message le matin au directeur périscolaire en disant, aujourd'hui, en fait, je ne viendrai pas. Ils en ont tout à fait le droit. Donc il faut combler ces trous et il faut répondre aux besoins. Et on va aller farfouiller dans les CV qui ont été envoyés et essayer de trouver le moins mauvais. Et puis on va faire conscience à quelqu'un sans l'avoir vu et sans avoir contrôlé ses antécédents judiciaires.
Sachant que vous évoquez aussi cette autre zone grise sur l'hétérogénéité territoriale des ACM, des accueils de mineurs, 40% des communes ne sont pas soumises. ne déclarent pas l'État, donc elles ne perçoivent pas la subvention de la CAF et donc sont exemptes de toute réglementation en termes d'encadrement et donc de formation, notamment de contrôle en tout cas d'honorabilité.
'est à mon sens la plus grosse faille en fait de l'organisation du service périscolaire, c'est qu'on a laissé la possibilité... aux communes de faire comme elles l'entendaient. Et donc il y a deux possibilités. Soit elles déclarent leur service périscolaire au titre d'un accueil collectif de mineurs et elles sont soumises en échange effectivement de ces subventions de la CNAF à des taux d'encadrement, un certain nombre de diplômes dans l'équipe d'animateurs, un contrôle obligatoire du casier judiciaire. En revanche, on laisse aussi la possibilité aux communes de ne pas déclarer leur service périscolaire. Donc elles n'auront pas ces subventions de la CNAF, mais en revanche, il n'y a aucune règle qui leur soit imposée. Donc pas de taux d'encadrement, pas de diplôme imposé et pas de contrôle obligatoire du casier judiciaire. C'est-à-dire que si une commune considère qu'un animateur pour 30 enfants de 3 ans, ça le fait. elles ont la possibilité d'appliquer ce taux d'encadrement.
qui est inquiétant, c'est que l'animateur va venir avec ce qu'il est, s'il n'est pas formé. Vous avez des exemples là-dessus. Oui,
c'est à mon sens aussi un gros problème, c'est les violences éducatives ordinaires. On a beaucoup parlé des violences sexuelles dans le périscolaire, mais il y a les violences éducatives qui sont très importantes et très nombreuses. C'est-à-dire qu'un animateur, si on ne lui explique pas qu'en fait, crier sur des enfants, les humilier, les punir en les enfermant dans une pièce et en éteignant la lumière, en fait, ça, c'est des violences et que ça crée des traumatismes. L'animateur, il va peut-être reproduire ce que lui a vécu dans son enfance et il n'a pas la volonté d'être malveillant. Mais il n'en reste pas moins qu'il est maltraitant. Et ça, c'est des situations qui pourraient être facilement gommées et c'est un problème qui pourrait être facilement résolu s'il y avait une formation sur le violence éducative qui était dispensée à chaque animateur recruté avant sa prise de poste.
Pour en venir à la formation, vous avez un regard très critique sur le BAFA comme sésame pour être animateur. Pour quelles raisons
Déjà, la définition du BAFA, c'est un diplôme non professionnalisant qui a été créé au départ pour accompagner des enfants dans des colonies de vacances. Mais à aucun moment, le BAFA avait vocation à être diplômant. Et aujourd'hui, c'est le diplôme qu'on retrouve le plus chez les animateurs et c'est sur ces profils, ces titulaires du BAFA, que vont parfois reposer toute l'organisation d'une équipe périscolaire, alors qu'en réalité, le BAFA, c'est quatre semaines de formation, une semaine théorique, trois semaines pratiques. Ce n'est pas suffisant pour pouvoir encadrer des enfants aussi jeunes.
'est-ce qu'il faudrait alors selon vous comme formation ? Parce que c'est vrai que c'est une vocation d'être au contact d'enfants, ça ne s'improvise pas. Oui, c'est très
difficile, c'est une question à laquelle il est très difficile de répondre, puisqu'il y a eu d'autres diplômes qui ont été créés pour essayer justement de professionnaliser la filière. Je pense au BPGEPS, il y a le DGEPS, d'autres diplômes, mais qui nécessitent entre un et deux ans de formation. Ce qui est bien, mais en fait, il y a un réel décalage entre ce temps de formation et l'emploi qu'on propose à la fin. Quand c'est difficile de dire à quelqu'un qui sort d'un an et demi, voire deux ans de formation, tu vas pouvoir être embauché, tu vas commencer à 7h30 jusqu'à 8h30, puis tu vas retourner chez toi ou alors tu vas essayer de combler ce temps. puis tu vas revenir de 11h30 à 13h30, et puis de 16h30 à 18h30, et puis pour des postes qui sont la plupart du temps à mi-temps, encore une fois pour des salaires qui sont tout juste au-dessus du SMIC. Donc voilà, c'est difficile de... de motiver en fait des candidats à passer ces diplômes, à obtenir ces diplômes quand on propose tout simplement des postes comme cela.
Vous évoquiez le BAFA quasi automatique à partir du moment où on était en présentisme, on était aux sessions. Vous pouvez expliquer ça également ?
Il y a effectivement cet autre aspect sur le BAFA, c'est-à-dire que c'est des organismes de formation qui dispensent les formations et beaucoup de formateurs qui étaient chargés d'examiner les candidats. m'ont expliqué subir parfois des pressions de la part des organismes pour tout simplement donner le BAFA à l'ensemble des candidats. Donc il y a très peu de non-diplômés du BAFA dès lors qu'ils sont inscrits à cette formation.
Merci infiniment. Tout ça est vraiment très éclairant. Il y a toute une partie aussi qui est très, très importante sur... Vous parlez d'une solitude institutionnelle des parents
de
victimes. Comment est-ce que vous appréciez l'accompagnement des parents de victimes par la police, par la justice, par les collectivités ? Pouvez-vous nous parler de tous ces acteurs ? Parce que c'est une chaîne de protection, ce n'est pas seulement les collectivités, c'est aussi la police, la justice. Quelle est votre appréhension de ce point de vue-là
fait, c'est la deuxième violence pour les parents. C'est la réaction, en fait, que ce soit des municipalités, du système judiciaire. Tout ça, c'est une deuxième violence après avoir recueilli la parole de leur enfant. enfin quand il ya un enfant qui vous raconte qu'il a été abusé sexuellement pour les parents c'est une bombe c'est une véritable bombe dans une famille et quand ils vont voir que ce soit l'école pour leur expliquer le premier réflexe généralement Alors on l'a dit, soit c'est la directrice de l'établissement qui renvoie vers les services périscolaires et quand ils vont voir directement les services périscolaires, le premier réflexe c'est de minimiser généralement, de se dire que ce n'est pas possible chez nous, de dire que les parents ont... On sent surinterpréter la parole de leurs enfants. Je me rappelle un témoignage d'un parent de l'école Bulourde qui expliquait qu'on leur avait dit que c'était sans doute à cause d'une animation autour d'Halloween et que les enfants avaient dû avoir peur. C'est sans doute la raison pour laquelle ils ont raconté n'importe quoi. C'est ça les premières réactions. Ensuite, il peut y avoir aussi... Celle de la police. Je me rappelle aussi du témoignage d'une maman qui explique quand elle va déposer plainte et aller en pleurs parce que pour elle, c'est le pire qu'il puisse arriver. Et un policier qui lui explique, il ne faut pas pleurer madame, ce n'est pas la fin du monde. Mais si, en fait, c'est la fin de son monde à elle. Donc voilà, ça c'est une deuxième violence. Et donc une fois que ses parents ont déposé plainte, ils ont le sentiment que ça va être traité tout de suite, que c'est le début de quelque chose, que c'est le début d'un combat, qu'il va falloir être fort. Ils se mettent un peu en condition et en réalité il ne se passe absolument rien pendant des semaines. Parce qu'il faut entendre les enfants et que parfois, tout simplement, il faut trouver, c'est pour des raisons. Tout simplement pragmatique, il faut trouver une salle Mélanie pour entendre l'enfant qui soit disponible, des enquêteurs qui soient disponibles, les parents qui soient aussi disponibles à ce moment-là. Donc ils attendent pendant une, deux, trois, quatre semaines derrière leur téléphone un appel de la brigade de protection des mineurs ou la brigade des mineurs quand ils sont... en dehors de Paris. Et ça, c'est une seconde violence pour les parents. Et même une fois que leur enfant est entendu, ça peut prendre des mois. En fait, les enquêtes prennent des mois et ils ne savent pas ce qui se passe parce que la plupart du temps, quand il est question d'agression sexuelle, il faut savoir qu'il s'agit d'enquêtes préliminaires. Même si les familles sont accompagnées d'avocats, ils n'ont pas accès au dossier. A l'inverse de quand il y a une instruction qui est ouverte dans le cas d'un viol. Pendant des mois, les parents ne savent pas ce qui se passe. C'est ce silence qui est très difficile et parfois ça peut aboutir. à un courrier en expliquant que la plainte a été classée sans suite. Et parfois, ça peut aussi aboutir à rien du tout. J'ai eu des témoignages de parents qui m'expliquent qu'au bout de 4 ans, ils ne savent pas ce qu'a donné l'enquête. Et c'est ce silence qui est très dur. Je pense à une maman qui me disait que j'ai rencontré, qui était contente finalement qu'on parle de toutes ces affaires dans les médias parce qu'elle se disait « j'ai plus l'impression d'être folle ». C'est ça en fait la solitude, c'est que ses parents sont isolés. Généralement, on leur demande de ne pas parler aux autres parents parce qu'attention, il y a le secret de l'enquête, etc. Pour ne pas entraver l'enquête, surtout, il ne faut pas en parler aux autres parents. Ça, c'est une réalité. Du coup, ils se retrouvent seuls et c'est des épreuves terribles pour eux.
Est-ce que vous parleriez d'Omerta systémique
Oui, on a beaucoup parlé de Paris, mais ça se passe. partout ailleurs, encore une fois, beaucoup de municipalités vont se retrancher derrière le secret de l'enquête, etc. J'imagine que surtout, ils n'ont pas envie de faire face à des parents en colère, parce qu'il faut voir les réunions qui sont organisées une fois que les affaires sortent, parce que quelque part, ça finit toujours par sortir, et encore plus aujourd'hui avec les groupes WhatsApp de parents, la communication est beaucoup plus facile. Et les parents, je pense, aujourd'hui, au vu du nombre d'affaires, ils n'ont plus peur de parler. Donc voilà, ça finit toujours par se savoir et des réunions sont organisées. Et évidemment, les municipalités se font face à un flot de parents en colère et on les comprend, ces parents. Donc je pense que c'est aussi une volonté de ne pas se confronter, en fait, tout simplement au problème.
y a, selon vous, une chaîne de protection idéale pour protéger immédiatement l'enfant ? Laquelle serait-elle en partant du recrutement, sur le traitement des signalements, sur l'efficacité de la coordination, police, justice, éducation, commune ? Voilà vos solutions.
Déjà, il faudrait une uniformisation parce que c'est un peu ça le problème aujourd'hui. Comme je le disais tout à l'heure, on a laissé la possibilité aux communes de faire un peu ce qu'elles voulaient. Donc même dans le traitement de ces signalements, aujourd'hui, il n'y a pas de protocole au niveau de l'État. C'est-à-dire que si une commune décide... sous couvert de la présomption d'innocence, qu'en fait il faut maintenir en poste un animateur qui fait l'objet de soupçons d'abus sexuels, c'est une possibilité. Puisqu'il n'y a pas de règle qui impose une suspension automatique de ces professionnels. On l'a vu à Paris aujourd'hui, c'est le cas. Comment ça se passe dans l'ensemble des autres communes, celles qui déclarent leurs services périscolaires et celles qui ne déclarent pas leurs services périscolaires ? Là, c'est encore plus opaque puisqu'il n'y a pas de contrôle des services départementaux du ministère de la Jeunesse et des Sports. Déjà, il faut qu'il y ait cette uniformisation sur le territoire national. Je pense qu'aujourd'hui, les choses vont... Dans le bon sens, il y a le projet de loi sur la protection de l'enfance qui a vocation aussi à faire en sorte que justement une liste soit établie sur ces professionnels en contact avec les enfants dès lors qu'ils font l'objet d'un signalement administratif, même pas pénal puisque c'était là où il y avait vraiment de grosses lacunes. Jusqu'à aujourd'hui, on consulte le casier judiciaire ou le FIGES, mais il faut attendre qu'il y ait une condamnation. Et les chiffres de la civile, le 10 d'aujourd'hui, il n'y a que 3% des abus sexuels sur mineurs qui aboutissent à une condamnation. Il y a un certain nombre d'auteurs qui passent évidemment sous les radars. Je pense que ça va dans le bon sens sur ce... À ce niveau-là, et je le disais tout à l'heure, après, je pense qu'il ne faut pas non plus négliger la question des violences éducatives. On parle beaucoup des violences sexuelles, mais la violence éducative peut être aussi dévastatrice chez les enfants. Et là-dessus, je le disais, un simple module de formation sur ces questions-là permettrait aussi de résoudre bien des problèmes.
beaucoup.
Merci pour toutes ces informations, ces précisions.
Merci beaucoup et merci pour ce témoignage qui est moins un témoignage qu'un retour sur votre ouvrage et au-delà de votre ouvrage sur le travail d'enquête que vous avez effectué. Moi, je me posais deux questions en vous écoutant. Vous nous avez signalé que dans une commune, on vous avait appelé à 9h42 pour un service à 11h30 ou à peu de choses près. sans jamais vous avoir rencontré. Est-ce que vous pourriez juste revenir là-dessus pour nous expliquer finalement quelles ont été les démarches que vous, vous avez effectuées, comment tout ça s'est passé ? Et si vous le savez, est-ce que c'était une commune dans laquelle il y avait une déclaration faite auprès des services ? Première question. Et puis, deuxième question. Le président et la rapporteure y faisaient allusion. Votre ouvrage a eu
un
écho médiatique important, a permis de poser, s'il en était besoin, un certain nombre de sujets dans le débat public. Vous avez reçu des témoignages, j'allais dire, j'imagine, malheureusement, à l'issue de la publication. Est-ce qu'au regard de ce que vous avez qualifié de système organisé de silence, est-ce que vous ressentez par ces témoignages une volonté de briser une silence ? Pas de la part des familles, elles ont toujours voulu briser le silence et vous y êtes d'ailleurs revenus, mais de la part de celles et ceux qui, à l'intérieur de cette forme de boîte noire, vous posez le sujet tout à l'heure, qui ne soient enseignants, animateurs, personnels communaux, personnels enseignants, est-ce qu'il y a une même volonté de briser le silence qui vous est revenue ou pas
Première question. Je ne sais pas si cette commune de la métropole lilloise, d'environ 20 000 habitants de mémoire, a déclaré son service pariscolaire. Je ne sais pas pourquoi ils m'ont appelée. Parce qu'au moment où je souhaitais m'infiltrer, j'avais candidaté sur les plateformes qu'on connaît. J'avais déposé, il me semble, une vingtaine de candidatures avec un CV. Je ne sais même plus s'il y avait une lettre de motivation ou elle était rapide en tout cas. Et voilà, c'est la raison pour laquelle ils m'ont contactée directement. J'imagine qu'une fois que j'ai refusé, ils ont dû contacter d'autres candidats. Voilà pour la première question. Pour la seconde, je pense que... Et je le raconte un peu dans le livre. Moi, j'ai été étonnée de voir que, et notamment à Paris, quand j'allais sur des rassemblements d'animateurs, de directeurs périscolaires, moi, je pensais qu'ils n'allaient pas vouloir me parler parce que ça faisait déjà plusieurs mois que j'écrivais des articles sur les violences au sein de leur service. Quelque part, j'avais un peu jeté l'opprobre sur leur métier. Et en réalité, pas du tout. Ils étaient contents. C'est la raison pour laquelle aussi j'ai eu beaucoup de témoignages d'animateurs. Et quand je dis eux, c'est les animateurs qui sont consciencieux et ils sont très nombreux. Je le répète. qui font bien leur travail, qui sont passionnés par leur travail, ce sont les premiers à subir les dysfonctionnements de ce système. Quand il voit arriver un animateur qui n'a rien à faire là, qui va passer son temps sur son téléphone, parce que ça c'est aussi une réalité, c'est les premiers à pâtir de ces dysfonctionnements. Donc des témoignages en est eu. J'en ai eu avant la publication du livre, mais aussi après, il y a une vraie volonté aussi de la filière d'assainir, si je puis dire, de l'assainir. Eux sont plutôt satisfaits de ce travail et de ce scandale. Alors satisfaits, j'imagine que ce n'est pas facile, je le sais, puisque pour continuer à discuter avec eux, je sais que ce n'est pas facile tous les jours. que cette rentrée a été aussi compliquée, mais ils estiment en tout cas ceux avec qui j'échange, estiment que c'est un passage obligatoire avant de revenir à quelque chose de normalisé en fait.
à mon tour je vais vous poser quelques questions. D'abord moi j'aimerais... comprendre à l'origine, avant votre premier article, ce que vous imaginez, ce que vous avez trouvé, pourquoi ce premier article, et qu'est-ce qui vous a conduit en août 2025, je crois, à sur ce sujet, à devenir une spécialiste parmi la presse nationale. Ce sera ma première question, je vous poserai une autre ensuite. Comment tout cela commence ? Ce mécanisme, si vous permettez l'expression, a débuté. Comment vous avez été sollicité pour le premier article et votre première réaction
à l'été 2025, on est quelques semaines seulement après l'affaire Alphonse Baudin du nom de cette école du 11e arrondissement, où plusieurs animateurs périscolaires ont été suspendus pour des suspicions d'abus sexuels sur des mineurs. Donc il y avait déjà cette affaire-là. Et au mois de juillet 2025, A la rédaction, on a effectivement des informations sur d'autres cas de violences sexuelles dans des écoles perpétrées par des animateurs périscolaires. Et donc à ce moment-là, on se dit... Moi, je me dis des violences sexuelles et pas que des violences aussi physiques. On se dit, mais comment est-ce possible ? Donc, à ce moment-là, je me dis que ce ne sont pas des cas isolés et qu'il doit y avoir un vrai problème et qu'il faut trouver ces failles. Voilà. Donc, c'est comme ça que l'enquête commence. Et donc, je me lance sur le sujet. Et en fait, assez rapidement, on se rend compte des défaillances. Il ne fallait pas chercher bien loin, finalement. C'est ça qui est le plus marquant, je trouve. C'est à la fois sur les témoignages. J'ai récupéré de manière assez simple des témoignages, que ce soit d'animateurs, de directeurs, de parents. En fait, on se rendait compte qu'il y avait un nombre de cas de violence. assez faramineux.
Si vous me permettez, vous découvrez très rapidement une multitude de cas qui sont hors radar de l'encadrement des municipalités, de l'éducation nationale, de tous les responsables qui par ailleurs sont à l'école tous les jours ou dans le centre de loisirs sans hébergement tous les jours alors que vous n'y êtes pas.
Hors radar, je ne dirais pas ça, non. Les institutions ont connaissance de ces cas, notamment si on parle des violences sexuelles. Et là, je vais me concentrer sur Paris, puisque moi, je suis journaliste au service police-justice Île-de-France du Parisien. Donc voilà, c'est vraiment mon terrain de jeu, si je puis dire. C'est vraiment la capitale. Donc je me suis focalisée sur la capitale, sur la question des violences sexuelles. Je me suis dit, avant d'interroger la municipalité, qui elle doit avoir connaissance de chaque affaire puisque ça concerne leur service, donc ils ont forcément une espèce de suivi de ces affaires-là, il me faut de la matière pour leur présenter, pour leur confronter, pour avoir une confirmation. C'est comme ça que nous, journalistes, nous travaillons. Donc j'interroge les parents d'élèves et donc les représentants des parents d'élèves dont on a les numéros à la rédaction. Je fais le tour et en fait là je me rends compte d'une chose, c'est qu'effectivement les représentants des parents d'élèves m'expliquent que oui, oui, ils ont une connaissance d'affaires, mais que ça ne s'est pas ébruité, qu'ils n'ont pas connaissance de l'année, ni comment ça a été géré, etc. Je sens qu'en fait il n'y a pas du tout. de communication sur ces affaires-là par les municipalités au moment où elles ont émergé. Donc moi qui souhaitais au départ faire une espèce de cartographie comme ça, c'était mon souhait au départ de faire cette cartographie des écoles qui étaient concernées par des affaires de violences sexuelles dans les services périscolaires de la Capita, je me rends compte que ça va être beaucoup plus compliqué que prévu puisque... En fait, ces affaires-là étaient tout simplement tues. Donc, ça a été entre guillemets géré entre la ville de Paris et plus précisément les circonscriptions des affaires scolaires et les parents directement concernés. Généralement, les autres parents n'avaient jamais connaissance de ces affaires-là. Donc, ça a été un peu un travail d'archéologue d'essayer de... de retrouver ces affaires et au fur et à mesure je me suis rendu compte que c'était qu'elles étaient tout simplement nombreuses et donc au moment j'ai travaillé pendant plusieurs mois sur le sujet et en octobre 2025 donc quelques mois après le début de mon enquête On sort un premier papier qui fait la première liste des écoles concernées. Et de mémoire, je crois que dans le premier article, on en compte 8 ou 9 animateurs concernés par des accusations d'abus sexuels en l'espace de 6 mois. Et ça, c'est seulement ceux dont on a eu connaissance. On se rendra compte plus tard qu'effectivement, ils étaient en l'occurrence plus nombreux, puisque les chiffres seront finalement donnés par la ville de Paris. Donc voilà, c'est comme ça que tout a commencé et qu'après, j'ai poursuivi sur cette lancée.
Pour rester sur votre métier de journaliste, après j'aurais deux autres questions qui sont plus larges. Certes, l'infiltration fait partie depuis très longtemps du journalisme d'investigation. Mais à quel moment vous décidez d'aller plus loin ? La pratique de l'infiltration, est-ce que c'est une décision de votre rédaction, de vos supérieurs ou est-ce que c'est une décision qui vous est propre
? On l'a fait, enfin quand je dis on, c'est aux parisiens, on l'a fait dès septembre 2025. Donc quelques semaines après la parution de notre premier article sur le sujet, j'en ai parlé à ma rédactrice en chef en disant qu'effectivement il fallait tester. On avait vu et on l'avait déjà écrit qu'il y avait des failles dans le recrutement, dans la formation, etc. de le tester de manière la plus concrète possible. On a choisi aussi un de mes collègues, en l'occurrence un homme plus âgé que moi, qui a un profil qui ne correspond pas forcément aux animateurs qu'on pourrait croiser et qui aurait pu clairement alerter les recruteurs, ce qui n'a pas été le cas. a été embauché et donc voilà ça ça a été fait dans le cadre de la rédaction du Parisien et pour ce livre pour moi il était important d'aller tester aussi Pas tant les conditions de recrutement, puisque je savais qu'elles n'étaient pas très bonnes, mais plutôt la réalité du métier d'animateur, d'aller tester sur le terrain. Pour moi, il était indispensable de voir quelles étaient les conditions de travail de ces animateurs. D'expérimenter un peu leur précarité aussi, toute proportion gardée évidemment, mais en tout cas d'aller voir concrètement comment ça se passait. Et c'est la raison pour laquelle j'ai souhaité m'infiltrer, pas tant pour prendre des animateurs la main dans le sac puisque ça avait... J'avais suffisamment de témoignages et mes confrères de cache-investigation avaient des images qui étaient déjà accablantes. Ce n'était pas mon objectif du tout, mais plutôt d'aller voir la réalité du terrain. Cela m'a permis de voir à quel point l'éducation nationale et les services périscolaires cohabitaient dans ces écoles, à quel point ces métiers étaient précaires. et à quel point surtout le bon fonctionnement d'un service périscolaire reposait parfois sur des personnes qui étaient motivées et à l'image du directeur périscolaire que moi j'ai eu l'occasion de côtoyer dans cette immersion. Alors ça
me permet de faire le lien avec... les questions que je voulais vous poser. Vous avez dit tout à l'heure, en répondant aux questions, je crois, de Colombre-Roussel ou d'Agnès Sévren, que vous avez parlé de filière. Le problème, peut-être, c'est qu'il n'y a pas de filière. Le problème, c'est qu'il n'y a pas un métier. Vous avez parmi... Les pistes qu'en tant que citoyenne, vous pouvez proposer à la rapporteure, vous parlez de diplomation, même si le diplôme aussi élevé soit-il. Ça ne signifie pas que le risque n'existe pas, parce que les choses ne sont pas aussi linéaires. Mais enfin, disons qu'en tous les cas, ça permet de créer une filière, d'y associer une formation, un niveau de diplomation, et donc d'essayer de se prévenir davantage par rapport à ce que l'on a pu subir et ce que l'on est en train, peu à peu, de découvrir. Justement, est-ce que la tension, la cause profonde n'est pas là, c'est-à-dire l'absence d'une filière structurée, d'un véritable métier, et que la pénurie... S'explique avant tout par la précarité et donc que ça renvoie à la responsabilité politique. On est là pour ça, on n'est pas là pour juger. Il y a pour cela des affaires qui sont pendantes devant la justice sur le fait que l'on a, on l'a évoqué ce matin avec les deux anciens ministres, on a réduit le temps de classe pour des raisons sur lesquelles on pourra revenir mais qui ne sont pas le cas de notre sujet et qu'on n'a pas sur le temps de l'école. qui est beaucoup plus grand que le temps de la classe, crée les conditions d'un véritable accompagnement des enfants par rapport à une société qui obligatoirement laisse ses enfants sur le toit de l'école, dans lequel la confiance est grande, parce que c'est l'école de la République. Il y a là une sorte de perte de confiance qui peut aussi toucher l'école. Donc est-ce que ce n'est pas là le cœur de ce que nous, nous devons mettre ? En avant, puisque nous n'avons pas interféré par ailleurs dans les affaires qui sont devant la justice.
Effectivement, à mon sens, si on veut régler le problème des violences dans le périscolaire, il faut aussi... faut s'attaquer à la précarité de ce métier et à revaloriser cette filière. Donc à la fois en créant un diplôme qui soit adapté, on en parlait tout à l'heure, c'est difficile puisqu'il faut trouver un juste équilibre entre aujourd'hui le BAFA qui n'est pas satisfaisant et ces diplômes qui ont été... pensées et qui sont sur une formation sur le temps long qui ne sera pas adaptée aux postes qui sont proposés ensuite. Il faut trouver... Il faut trouver un équilibre, il faut je pense trouver des solutions aussi pour la question des horaires morcelés et certaines communes y sont parvenues en essayant de trouver des compléments entre ces horaires morcelés. Donc certaines communes décident par exemple d'organiser des réunions d'organisation des activités de la semaine. pendant pendant ces temps libres laissés aux animateurs donc par exemple entre 14h30 et 16h30 au lieu d'attendre de rentrer chez eux et de perdre du temps ou d'attendre à proximité de l'école ils vont organiser justement ces temps ou qui seront payés évidemment et voilà ça va permettre de créer un vrai poste alors peut-être pas à temps plein puisque Ça reste compliqué de combler tous ces trous, mais ça fait partie des solutions. Effectivement, la revalorisation de cette filière est importante. Revalorisation en termes financiers aussi, je pense que c'est important. On l'a vu, je parle de Paris parce que c'est un cas que je connais bien aussi, par exemple les directeurs. ont dû batailler pour monter de catégories, alors que les directrices de crèches sont d'une catégorie supérieure à la leur. Il faut revaloriser aussi et considérer que ces professionnels participent à l'éducation des enfants. C'est ça qu'on a un peu perdu de vue. Et je pense qu'au-delà de l'aspect financier, c'est ce qu'attendent aussi ces animateurs, c'est qu'on les considère en fait tout simplement, qu'ils ne sont pas là pour faire de la garderie, mais qu'ils sont bien là pour participer en fait tout simplement à l'éducation des enfants. Et lors de mon immersion, ça m'a permis de voir ça aussi, qu'ils incitent les enfants à dire merci, à dire s'il te plaît, voilà, ils participent encore une fois à leur éducation. Et ça, il ne faut pas l'oublier et ne pas les négliger. L'éducation populaire, c'est important et les animateurs sont là pour l'apprendre aux enfants. Il y a cette partie-là aussi de revalorisation de la filière.
C'est important ce que vous dites là parce que c'est la deuxième fois dans l'audition que vous le dites. Il ne s'agit surtout pas, elle n'est pas notre intention ni l'intention des rapporteurs. de jeter le discrédit sur par ailleurs un nombre important d'animateurs qui font leur travail très honnêtement et tout à fait en conscience. Il n'empêche que c'est aussi une question d'image du métier et ça renvoie aussi au lien avec l'éducation nationale. C'est-à-dire que ce cloisonnement n'est-il pas, comment dire, une sorte de cloisonnement, du mépris respect qui peut s'imposer d
'un monde à l
'autre
Bien sûr et puis je suis évidemment pas, je le raconte dans le livre, mais je suis évidemment pas la seule à avoir fait ce constat. Un rapport de l'inspection générale de l'éducation nationale qui date de 2021 qui met en avant justement les difficultés de cohabitation de ces deux mondes et le mépris un peu mutuel qui peut exister entre d'une part les enseignants qui considèrent que les animateurs ont tendance à énerver un peu les enfants avant l'entrée en classe. Ils sont là plutôt. pour les amuser que les éduquer. Et à l'inverse, les animateurs qui ont le sentiment d'être mal perçus par les enseignants. Donc il y a une espèce de méfiance. Ce sera
ma dernière question. de votre métier de journaliste, encore, que vous pouvez vous intéresser aussi à l'organisation des politiques publiques comme journalisme, même si vous êtes spécialisé sur l'enfance, la petite enfance. Qui doit être le pilote dans l'avion ? Parce que le périscolaire, c'est plus ancien que les temps... Périscolaire rattachée à la réforme des rythmes scolaires telle qu'elle a pu se développer en 2012. Aujourd'hui, c'est LSH remonte déjà aux années 50-60. Ce n'est pas nouveau aussi. Peut-être que la nouveauté depuis 30-40 ans, c'est que tout ça se passe à l'école parce qu'il y a la garderie le matin, parce qu'il y a la garderie le soir. J'utilise le mot garderie parce que c'est comme ça que les parents parlent aussi, parce qu'il y a la pause méridienne. Tout ça n'existait pas il y a 50 ou 60 ans, mais les centres aérés existaient déjà, les colonies de vacances existaient. Ce n'était pas du périscolaire, mais c'était bien des municipalités, de leur propre chef. en répondant à une attente de la société, qui ont développé déjà une filière périscolaire. c'est assez surprenant, d'ailleurs, dans un pays qui aime bien les statuts, les normes, les diplômes, et dans la fonction publique territoriale, où la hiérarchie est forte et où les statuts sont forts, surtout pour des filières anciennes, que cette filière ne se soit pas. suffisamment structuré. Ça interroge.
Alors
que les centres aérés, ça remonte à l'éducation populaire, ça remonte aux années 50. Enfin, je veux dire, c'est pas l'après-guerre, et même l'entrée de guerre pour les municipalités les plus précurseurs en la matière. Je ne vais pas parler de Léo Lagrange, de Colombre-Roussel. Mais on est bien là, ça renvoie bien à ceux-là. Et donc c'est un peu surprenant qu'il n'y ait pas eu de structuration. Mais sous le toit de l'école... Puisqu'une partie des activités, y compris dans les petits villages, y compris dans un département qui est comme le mien, est à la fois urbain et rural, même en ruralité, je parle donc sous le contrôle de deux sénatrices à Paris, même en ruralité, c'est souvent dans le cadre de l'école que ça se passe. Donc est-ce qu'il faut que l'éducation nationale... est un regard sur le périscolaire, là où elle a considéré pendant longtemps que c'était l'affaire des municipalités, mais parce que c'est né comme ça, parce que les maires ont fait du périscolaire avant que le mois existe.
je vais prendre l'exemple de ce qui se passe dans le privé. Il y a des services périscolaires qui existent aussi dans le privé. Et en l'occurrence, ce sont les directeurs d'établissements qui vont gérer l'embauche de ces animateurs. Voilà. Donc, s'il y a un comportement qu'ils n'estiment pas adapté, c'est eux qui vont prendre la décision de mettre de côté un animateur, etc. Donc, il y a une espèce de proximité qui, à mon sens... et intéressante. Je reviens sur Paris parce que c'est ce que je connais bien, un recrutement qui est fait au niveau d'une CASP et un animateur qui est envoyé dans une école et un directeur périscolaire qui n'a pas forcément son mot à dire. C
'est intéressant, je ne suis pas sûr qu'on soit d'ailleurs totalement d'accord, mais on aura l'occasion d'en débattre. Finalement, ça renvoie aussi au cloisonnement, cette cohabitation qui ressemble davantage à du cloisonnement que de la cohabitation, mais s'il y avait cohabitation, il y aurait davantage d'échanges. Ça renvoie à l'absence de structuration du pan éducation nationale. Vis-à-vis des municipalités, alors que dans le privé, il y a une unité de direction. Dans les collèges et les lycées, il y a une unité de direction. Il n'y a pas, de par le cadre légal qui remonte à Victor Duruy et à Jules Ferry, il n'y a pas de pendant structuré éducation nationale à travers l'école. C'est toute la pyramide des circonscriptions scolaires, etc. Je pense que si on veut un effet qui est pilote, ça interrogera sur la structuration de l'école primaire dans notre pays.
En tout cas, sur le recrutement, je pense que c'est effectivement intéressant. Après, à savoir s'il faut mettre les équipes périscolaires sous la houlette de l'éducation nationale. Je ne suis pas persuadée. Je pense qu'il y a d'autres solutions qui peuvent être trouvées. Encore une fois, je vous renvoie à ce rapport de l'inspection générale de l'éducation nationale qui a déjà... qui a déjà émis des possibilités comme
la co-formation. Il y a des possibilités de convention, ce que font tous les principaux de collège lorsqu'ils font des activités en dehors des heures d'enseignement parce qu'ils ont une personnalité morale. C'est presque marginal encore que sur les propositions, les recommandations de la restructuration du système, on a peut-être là quelques pistes qui donneront lieu à des bases, ce n'est ici qu'un avis personnel.
Il faut surtout aménager des temps de communication entre l'éducation nationale et les équipes périscolaires. Imaginez peut-être des formations communes entre ces différents professionnels. Je pense que ça peut être des pistes sans forcément mettre le périscolaire sous l'aide de l'éducation nationale.
Comme j'ai dépassé largement la vision de président, Colombe-Roussel, s'il y a une autre question. Madame, là, pourquoi ? J'ai encore
deux questions. La première, elle concerne, en fait, à mes yeux, le cœur du réacteur. Il y a le recrutement, évidemment, mais la formation. On s'est rendu compte que dans toutes les affaires révélées, en fait, c'est jamais un adulte présent dans l'accueil périscolaire qui a alerté, mais ce sont les enfants qui ont parlé ou les parents qui ont porté plainte. Et donc, comment vous expliquer qu'il y ait, je ne vais pas dire aucune formation, mais que les adultes animateurs présents ne soient si peu... comment dire, formés aux signes faibles chez l'enfant, d'ailleurs vous le décrivez parfaitement bien, on le voit tout de suite, un enfant qui a été agressé, agressivité, colère, cri devant la porte de l'école, il refait pipi au lit, hypersexualisation, dans tous les cas les symptômes sont les mêmes en fait. Et donc comment vous expliquer qu'on n'est pas suffisamment transmis cette culture de protection de l'enfant et pour aller plus loin ? Il y a toute une réflexion à mener sur la place de l'enfant dans notre société. Parce que c'est quand même des êtres humains, j'allais dire, parmi les plus fragiles, et qui méritent cette protection. Et quand on voit la minimisation de leur parole, la mise en doute de la parole, le développement même des espaces, nos kids... En France, je me dis, est-ce qu'il y a une vraie volonté, et ça rejoint ce que tu viens de dire Max, est-ce qu'il y a une vraie volonté de la protection de l'enfance ? Encore une fois, ce sont les êtres plus vulnérables. Quand un enfant subit une agression, il n'est même pas capable de mettre des mots sur ce qu'il a subi. Il ne se représente pas à cet âge-là, ce qu'est la sexualité. C'est d'autant plus ignoble en fait. C'est qu'ils ne comprennent pas ce qui leur arrive. Donc comment vous expliquer cette minimisation, cette mise en doute de leur parole ? Et deuxièmement, quelle est la place de l'enfant dans nos sociétés ?
pense qu'aujourd'hui, on est en train d'assister à un MeToo des enfants. C'est une formule qui ne me plaît pas forcément parce que, pour le coup, les enfants, eux, ont toujours parlé. C'est plutôt la capacité des parents et des adultes à les entendre. Et c'est plutôt ça qui est en train de se passer. Nous, on est en train de se rendre compte qu'en fait... L'enfant, tout simplement, n'est pas menteur. Et les spécialistes le disent, et les spécialistes de la civisme, notamment, je renvoie vers le rapport qui explique que, en fait, dans très peu de cas, l'enfant va mentir sur des abus sexuels. Voilà, il renvoie notamment à des... A des études, c'est une étude de chercheurs canadiens qui montre que dans seulement 2% des cas, les accusations d'abus sexuels de la part d'enfants étaient mensongères. Voilà, donc aujourd'hui, on est plus enclin à écouter les enfants. Et c'est, à mon sens, une très bonne chose. C'est ce qui explique aussi aujourd'hui la multiplication, je pense, de ces affaires. Ce n'est pas qu'elles sont plus nombreuses. C'est sans doute qu'il y a plus de relais pour faire entendre la voix des enfants. Ça interroge effectivement sur la place qu'on leur a laissée jusqu'ici. plutôt positif de voir que ça évolue. Après, vous le disiez, comment on explique que ce n'est pas les professionnels qui alertent sur les cas de violences sexuelles sur les enfants, tout simplement parce que... Dans notre société, on a du mal à conscientiser le fait qu'une agression sexuelle sur un mineur est possible. Je vous renvoie vers mon livre, un expert psychiatre qui me... qui explique qu'en réalité, quelqu'un qui n'est pas attiré par les enfants a du mal à concevoir que c'est possible. Son premier réflexe, ça va être de dire, non, non, mais c'est pas possible, je me fais des films, etc. Et du coup, il n'y a pas cette culture de l'alerte et de la... Je ne vais pas dire culture de la dénonciation, mais en tout cas, il va y avoir un frein. Même si on a le sentiment qu'on est un peu gêné par le comportement du collègue, qu'on le trouve vraiment très proche des enfants, qu'il y a quelque chose qui nous gêne, on se rend compte que très peu sont les professionnels qui vont alerter la chaîne hiérarchique. Et parfois, quand elles le font, il y a aussi la chaîne hiérarchique qui va dire... Mais attention, c'est très grave, ce genre d'accusation, ça peut ruiner une vie. Alors ça, c'est le discours assez classique qu'on peut entendre. Et c'est comme ça qu'en fait, c'est un peu étouffé dans l'œuf. Alors encore une fois, j'essaie de voir le positif. Et à Paris, suite à... suite à ces nombreuses affaires, il y a eu des choses quand même qui ont été mises en place et notamment des formations avec le CRIAFS, qui est le centre de ressources des intervenants avec des auteurs de violences sexuelles et il y a donc des formateurs qui vont sensibiliser les professionnels à reconnaître un potentiel agresseur. Il n'est pas marqué agresseur sur le front. Ce sont des petites choses subtiles, etc. Mais ce sont des formations qui sont nécessaires pour déjà déculpabiliser ces professionnels quand ils sont gênés, encore une fois, par le comportement d'un collègue. Il faut un peu libérer cette parole. Il faut leur donner la possibilité de s'exprimer et de pouvoir dire à leur hiérarchie, en fait, ce professionnel, il y a un truc qui ne va pas. Alors, ça ne veut pas dire que la personne sera suspendue, mais peut-être qu'il y aura une vigilance particulière qui sera mise en place et qu'on pourra tout simplement prévenir des agressions sexuelles. Et ça, c'est dans un monde idéal.
Bien, merci pour toutes ces précisions, toutes ces informations, tous ces témoignages que vous nous avez apportés pour la qualité de cette audition. Nous vous remercions.
Merci à vous.
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