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La démocratie, c'est quoi ? C'est un débat public. C'est le fait que les citoyennes et les citoyens puissent forger un jugement éclairé sur les enjeux publics en se fondant sur les déclarations, notamment de leur gouvernement. Ça, c'est un débat public qui doit nous permettre à chacune et chacun d'être informé, d'être éclairé et de ne pas voter au hasard. Si tu n'as pas un bon débat public, la démocratie n'est pas démocratique, c'est simplement un concours de popularité. Et je crois que tout le monde sera d'accord pour dire que ça non plus, c'est pas la démocratie. La démocratie, ça ne doit pas être le peuple qui, une fois tous les cinq ans, vote un peu au pif pour un mec ou un autre parce qu'il aime bien sa coupe de cheveux ou parce qu'il aime bien comment celui-là y parle ou parce que celui-là, il l'a vu en couverture d'un magazine et que sa femme, elle est super glamour. Ça ne peut pas être ça, la démocratie.
Il y a trois piliers de la démocratie menacés par l'ère de la post-vérité, la souveraineté populaire, l'état de droit et le débat public ou la délibération des citoyens. Comme ça, ça paraît très théorique en quoi ces piliers de la démocratie sont menacés par cette ère de la post-vérité.
On en a déjà en partie parlé, mais effectivement, moi j'ai ce vieux réflexe d'universitaire, mais je pense qu'en l'occurrence, il est salutaire, c'est que je définis les termes que j'emploie. Et donc, effectivement, dans logocratie, je pense une sortie de la démocratie. Je pense l'idée que nous en sommes déjà sortis. Je pense l'idée que même si les institutions démocratiques, et je le répète, demeurent, n'ont pas été atteintes. L'idéal démocratique, lui, s'est effondré sur lui-même, a été dévoré de l'intérieur par le langage. Mais pour dire ça, on est bien forcé d'avoir une définition de ce qu'est la démocratie. Et en l'occurrence, la démocratie représentative, qui est le modèle, non pas auquel je souscris, mais dans lequel je m'inscris. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand toi, moi, dans la rue, on emploie le mot de démocratie, en fait, il y a un modèle que l'on vise, qui est le modèle de démocratie représentative. Je ne dis pas que j'en suis satisfait, je ne dis pas qu'il me convient, je ne dis pas que je ne pense pas qu'il doit évoluer. Mais par contre, c'est cela dont on parle quand on parle communément aujourd'hui de démocratie. Donc je m'inscris dans ce modèle-là. Et je montre qu'au-delà du vote et des seules élections, la démocratie représentative, c'est effectivement trois piliers. L'état de droit, le fait que les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens soient garantis, puisque sans état de droit, la démocratie n'est plus la démocratie, c'est simplement la dictature de la majorité sur les minorités. Et je crois que personne n'en veut, enfin certains en veulent d'ailleurs, mais en tout cas moi je n'en veux pas. Donc la démocratie, c'est un état de droit. Si les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens de chacune et de chacun d'entre elles et d'entre eux ne sont pas garantis, on n'est pas dans une démocratie, on est dans une au mieux dictature de la majorité sur les minorités qui peuvent être opprimées. C'est ce qu'a été notamment le fascisme. La démocratie, ensuite, c'est une souveraineté populaire. Le pouvoir pour le peuple de choisir son destin commun. On a besoin de souveraineté populaire, évidemment. C'est le cœur de ce qu'on appelle communément la démocratie. L'État de droit sans la souveraineté populaire, ce n'est pas non plus la démocratie. Ça devient une dictature éclairée ou une monarchie constitutionnelle, par exemple. Donc, on a besoin de ces deux piliers-là. Et puis, et c'est ce que montre Jürgen Habermas dans son livre « Droits et démocratie », on a besoin... d'un troisième pilier pour lier les deux, qui est le débat public. Et ça, c'est moins un principe de la démocratie que sa quotidienneté. Au quotidien, la démocratie, c'est quoi ? C'est un débat public. C'est le fait que les citoyennes et les citoyens puissent forger un jugement éclairé sur les enjeux publics en se fondant sur les déclarations, notamment de leurs gouvernants. Ça, c'est un débat public qui doit nous permettre à chacune et chacun d'être informé, d'être éclairé et de ne pas voter au hasard. Si tu n'as pas un bon débat public, la démocratie n'est pas démocratique, c'est simplement un concours de popularité. Et je crois que tout le monde sera d'accord pour dire que ça non plus, c'est pas la démocratie. La démocratie, ça doit pas être le peuple qui, une fois tous les cinq ans, vote un peu au pif pour un mec ou un autre parce qu'il aime bien sa coupe de cheveux ou parce qu'il aime bien comment celui-là y parle ou parce que celui-là, il l'a vu en couverture d'un magazine et que sa femme, elle est super glamour. Ça peut pas être ça, la démocratie. Alors ça, tu me diras... Ça l'est déjà peut-être un peu, et je pourrais, en le déplorant, être d'accord avec toi, mais on ne peut pas s'en satisfaire. La démocratie, pour être véritablement le pouvoir pour le peuple de se choisir son destin commun, ça doit être le pouvoir pour le peuple de voter de manière éclairée. Et pour voter de manière éclairée, il faut qu'il y ait un débat qui soit un débat exigeant, rigoureux, qui nous permette d'être éclairé et non pas d'être obscurci. Je pars de cette trame et effectivement, je montre comment est-ce que la démultiplication du mensonge a attaqué les uns après les autres, chacun de ces piliers. D'abord, le débat public, on en a abondamment parlé, la corruption par le mensonge, l'utilisation de mots qui ne veulent plus rien dire, les substitutions connotatives, l'essor de la déloyauté, l'air du vide. Je montre notamment, en m'appuyant sur les travaux d'encore un autre chercheur, Damont Maïafre, je montre notamment comment est-ce que Emmanuel Macron, en 2017, a été élu en ne disant rien. Et donc on a voté pour lui, enfin je dis on, les Françaises et les Français ont voté pour lui en ne sachant pas ce qu'il allait faire. Et on ne savait pas ce qu'il allait faire parce qu'il a réussi à masquer son vide derrière de la rhétorique, derrière donc de la déloyauté en réalité. C'est déjà problématique. Donc je montre comment est-ce que sous le coup de ces mensonges et de cette déloyauté, le débat public a été... profondément dévitalisé, profondément corrompu, jusqu'à nous faire parler de mots qui ne veulent rien dire, je le disais tout à l'heure, parce que Jean-Michel Blanquer, Frédéric Vidal ont employé le mot d'islamo-gauchisme en disant qu'ils gangrénaient la société et l'université. Nos concitoyens, sans doute dans leur dîner de famille, se sont demandé si l'enseignant de leur fille, tiens, ma fille, elle a un prof d'enfi, est-ce que c'est pas un islamo-gauchisme, puisqu'il paraît que l'islamo-gauchisme gangrène l'université, jusqu'à ce que le CNRS et la conférence des présidents d'université... disent toutes deux que le mot n'avait aucun sens, aucune définition. Donc, notre débat public s'est effondré. On en a parlé tous les deux. Je montre comment est-ce que, n'ayant plus à dire ce qu'il faisait, parce que le débat public s'est effondré, les gouvernants ont pu attaquer en France l'État de droit, les droits fondamentaux des citoyennes et des citoyens, et en fait, en particulier l'un d'eux, qui a été attaqué de manière... absolument vigoureuse et systématique en France qu'est le droit de manifester. Ça aussi, je le montre en rappelant certaines décisions littéralement liberticides qui étaient des atteintes, mais directes au droit de manifester qui ont été votées par le gouvernement, enfin votées sous l'impulsion du gouvernement et censurées par le Conseil constitutionnel. Il a fallu que le Conseil constitutionnel vienne au secours par deux reprises du droit de manifester qui, sinon, aujourd'hui, aurait, bon an, mal an, disparu en France. Donc, il faut voir quand même ce que le Conseil constitutionnel, ici, nous a évité. Et puis, je montre comment est-ce que, par d'autres moyens, notamment les violences policières, qui n'existent pas, en tout cas dans la langue du gouvernement, je montre comment est-ce que le droit de manifester a été très sérieusement et très vigoureusement attaqué en France, au point qu'on commence à voir aujourd'hui, dans les États-Unis de Trump, un pays qui est en train de basculer dans l'autoritarisme. On commence à voir des répressions policières de manifestations qui rappellent ce qu'on voit en France depuis les Gilets jaunes. Et en réalité, tu me diras depuis la loi travail de François Hollande, et tu auras à ce titre parfaitement raison. Donc, l'État de droit a été attaqué. Il existe encore, mais il s'est déjà restreint. Et le troisième pilier, c'est la souveraineté populaire. Et là aussi, je montre comment est-ce que, année après année, le gouvernement n'a eu de cesse de vouloir piétiner la volonté du peuple quand elle s'exprimait de manière claire et univoque. Et je rappelle, on peut s'attarder si tu veux, mais... Tous les épisodes, le grand débat national dont les conclusions ont été balayées, les cahiers d'oléances jamais exploités, la Convention citoyenne pour le climat avec 150 propositions, concrètes pratiques opérationnalisables qu'Emmanuel Macron avait juré de transmettre sans filtre et qui finalement ont été filtrés, édulcorés, vidés de leur contenu. La réforme des retraites qui était rejetée par le peuple, quelle que soit la définition du peuple. C'est-à-dire que la réforme des retraites, plusieurs millions de personnes dans la rue, 70% des Françaises et des Français qui étaient... plus de 90% des actifs qui étaient contre, les syndicats de salariés qui tous étaient contre, et même l'Assemblée nationale qui s'apprêtait à voter contre, la réforme passe néanmoins. Bon, jusqu'à les élections législatives de 2024, où là, le dossier est complexe, je le traite dans le livre, en essayant de l'aborder de la manière la plus rigoureuse qui soit, et j'en conclue que, selon moi, en tout cas, c'est l'argument que je porte. Ces élections de 2024 ont bien été une forme de déni de démocratie et de dénégation de la volonté du peuple telle qu'elle s'est exprimée dans les urnes. Et donc on voit bien que, oui, le peuple français sans doute est toujours souverain. Il y aura des élections d'ici 2027. On peut imaginer qu'elles aient un impact et que les Françaises et les Français puissent choisir leur prochain président ou leur prochaine présidente. Mais nonobstant cela, entre-temps, le pouvoir n'aura eu de cesse. de vouloir ignorer la volonté du peuple pour faire prévaloir sa propre volonté. Et ça ne me semble pas être la définition la plus optimiste et optimale qui soit de la démocratie.
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