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Ce n'est pas parce que je suis là aujourd'hui que ça marque mon grand retour, comme si de rien n'était pour tous les jours qui suivront. C'est une parenthèse de manif à laquelle je serais venue, que je sois candidate à la présidentielle ou pas. J'aurais été à cette manif, en vrai, je me connais, je le sais. Tiens, ça va ?
Félicitations.
Oui, je t'ai fait un bisou. Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vue. Bonjour. Belle charrette. On peut mettre des bébés dedans ? C
'était au cas où ? Qui aurait pu prédire que celles et ceux qui mourraient d'abord seraient les habitantes et les habitants des quartiers populaires, les familles précaires dans des logements sans isolation, les personnes âgées ou en situation de handicap restées seules ?
avez choisi de faire votre première apparition publique dans une manifestation pour le climat. C'est tout un symbole
En fait, ça s'est organisé comme ça parce que cette marche climat était prévue aujourd'hui, qui était normalement la date de terme. C'était aujourd'hui que je devais accoucher. Je ne savais pas si je pourrais y être, mais j'avais toujours dit que si j'accouchais un petit peu avant, ce qui a été le cas, ou un petit peu après, ce qui était possible, c'est que mon fils était né cinq jours après terme. Alors, si ma santé le permettait, je serais là. Et pour la petite histoire, en fait, mon fils est né en décembre 2018, mon premier, et c'était déjà la première de la grande série de Marche Climat. Et donc, j'avais vécu depuis la maternité. C'était un peu émouvant de voir que partout dans le pays, ça se réveillait sur le climat et qu'il y avait ce truc de « je ne peux pas y être, mais je suis contente que ça ait lieu ». Et là, du coup, c'est assez émouvant de pouvoir y être, pour le coup.
Vous avez souvent entendu vous ne feriez pas comme Rachid Adati en revenant cinq jours après sur Talents Aiguilles. Je n'ai pas de Talents
Aiguilles, premièrement. Vous êtes bientôt une semaine après. Premièrement, j'avais dit ça en rigolant parce que... Toute la grossesse, les gens disaient, est-ce que vous allez faire venir Paris Match dans la chambre de maternité ? Est-ce que vous allez faire... Parce que ce n'était pas juste talons aiguilles, c'était conseil des ministres en talons aiguilles et reprise du rythme comme si de rien n'était. Et ça, franchement, moi, je ne peux pas. Et là, je fais ça parce que c'est à côté de chez moi que je peux venir avec le bébé. Moi, je pense que chacun fait comme il l'entend. Moi, ça, je ne sais pas faire. Ce que j'avais dit à tout le monde, c'est ne me demandez pas au bout de combien de temps je vais revenir. Je n'en sais rien. Ça dépend de à quelle date j'accouche. de dans quelles conditions j'accouche, comment ça se passe. Je vous passe les détails, mais c'est toujours un peu acrobatique. Et puis, comment va le bébé ? Est-ce que c'est un bébé qui est sécurisé ? Il y a des bébés, vous les mettriez dans cette atmosphère-là, ils seraient complètement perdus. Après, il a fait beaucoup de manifs in utero, donc peut-être que c'est son écosystème naturel. Mais vous voyez, il faut s'adapter à ça. En fait, au jour le jour, on voit ce qui est possible ou pas et on ne met pas en difficulté son bébé, on ne se met pas en difficulté soi-même. Donc là, je suis là aujourd'hui parce que la sage-femme est passée hier à la maison, que tout se passait bien, qu'elle m'a dit que c'était une bonne idée par ailleurs de sortir de chez soi et de rencontrer des gens, d'aller marcher un petit peu aussi, pas trop. C'est pour ça que je suis à la manif d'Arras à côté de chez moi et pas à celle de Lille ou de Paris cet après-midi. Donc voilà, c'est une adaptation au quotidien. Et ce n'est pas parce que je suis là aujourd'hui que ça marque mon grand retour comme si de rien n'était pour tous les jours qui suivront. C'est une parenthèse de manif à laquelle je serai. que je sois candidate à la présidentielle ou pas, j'aurais été à cette manif. En vrai, je me connais, je le sais. Ah, pas mal les drapeaux ! En fait, quand j'ai annoncé ma grossesse, déjà, on a beaucoup parlé du coup d'infertilité. Ça concerne un couple sur cinq en France et on n'en parle jamais. Et j'ai eu énormément de messages de gens qui disaient merci. Parce qu'on n'en parle jamais, et nous, ça nous fait plaisir, en fait, que quelqu'un s'en empare politiquement, on se sent moins seul. Et vous savez que la solitude, c'est aussi un sujet sur lequel je travaille. Le postpartum, c'est pareil, c'est une femme sur trois, deux mois après son accouchement, qui est en souffrance psychique. On n'en parle jamais. C'est-à-dire qu'en France, quand vous êtes enceinte, on s'occupe quand même plus ou moins bien de vous, on vous laisse passer à la caisse, on vous donne une place assise dans les transports en commun. Et à partir du moment où le bébé est né, tout le monde est sur le bébé, et vous, vous n'existez plus, alors que c'est parfois plus dur. Moi, je peux vous dire, dans ma situation personnelle, et chacun est différent, c'est plus dur après la naissance que, vous avez vu que je sortais de l'Elysée quelques heures avant d'accoucher. personne, y compris moi, n'aurait pensé que j'ai accouché le soir même. Donc chaque grossesse est différente, chaque postpartum est différent, mais je note quand même une différence d'attention entre avant et après. Et par exemple, il n'y a pas de vrai service public du postpartum en France. C'est-à-dire que si vous avez la chance, et c'est mon cas, et je le reconnais, ça n'empêche pas les dépressions postpartum. Mais moi, j'ai la chance d'être très accompagnée. J'ai mes parents qui habitent à 500 mètres, j'ai mon conjoint qui a pu ne pas prendre de vacances cet été pour les garder pour la naissance, pour être là un peu plus présent, et c'est super. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Et on est un peu livré à soi-même. Et là, par exemple, sur l'allaitement, c'est pareil. Chacun fait ce qu'il veut. Il y a des gens qui veulent allaiter, des gens qui ne veulent pas allaiter. On respecte toutes les décisions. Mais pour les gens qui veulent allaiter, en fait, les recommandations de l'OMS, c'est quand même six mois d'allaitement. Et en fait, le début, la mise en place, c'est toujours un peu difficile. Et tout d'un coup, vous vous laisse tomber au milieu, en mode reprends le travail, fais comme ci, fais comme ça. Et t'es un peu livrée à toi-même. Donc l'allaitement, c'est aussi un sujet politique. Est-ce que justement, vous
avez un petit peu peur de la misogynie de cette campagne ? Il y a une caricature de Charlie Hebdo qui a beaucoup fait parler.
Ouais, alors après, la campagne, elle est misogyne avec ou sans enfant. Donc je le dis, c'est pas un hasard s'il y a aussi peu de femmes en politique à haut niveau. Je suis la seule femme chef de parti aujourd'hui en France. À part Marine Le Pen, je suis la seule à être candidate à la présidentielle, enceinte ou avec un nouveau-né, j'en parle même pas, je pense que c'est jamais trop vu, ni en France ni ailleurs. Et il y a des raisons à ça. Donc après, est-ce que du coup on se dit, du coup on ne le fait pas ? Non, on n'est pas du genre à baisser les bras chez les écolos. On va ouvrir un chemin et montrer que c'est possible. Et encore une fois, sans mettre de pression à d'autres femmes. C'est-à-dire que des fois les gens disent, ah mais vous êtes un modèle, comment vous arrivez à faire ça ? Mais les femmes qui ont solo plusieurs autres enfants, qui travaillent dans des postes de nuit, dans des postures pénibles, qui vivent avec un mec apocalyptique qui leur fait subir des violences. Il y a plein de cas pour lesquels c'est tout aussi difficile et donc chacun fait comme il peut, c'est sans jugement et courage à toutes les femmes qui se battent. C'est ça qu'on va raconter dans cette campagne, on va essayer d'ouvrir des nouveaux droits pour toutes les femmes.
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