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on va commencer tout de suite. On poursuit donc la série d'auditions sur la souveraineté numérique, son financement, en accueillant deux représentants de société directement appliqués sur ces questions. Je vous remercie particulièrement d'être venus, parce que sachez qu'on a invité d'autres acteurs du numérique français importants et qui ne nous ont pas répondu, ce que je trouve dommage, parce que c'est une question qui me semble essentielle. Mais on est très content de vous recevoir. Alors, il y a Théo Péronin, cofondateur de la société Alice et Bob. spécialisé dans l'informatique quantique, et je dois avouer que depuis vous avoir entendu un jour sur une émission de radio, je rêvais, enfin en tout cas votre société, de vous auditionner. Sébastien Lescope, directeur général de la société Cloud Temple, spécialisé en l'hébergement cloud et l'infogérance d'applications critiques, et qui est avec Julie, j'espère que je vais bien prononcer, pardon, Lataviek, directrice des affaires publiques de cette société. Voilà, je le disais, il y a pas mal de gens qui nous suivent, en plus des députés qui sont ici présents, sur ce sujet hautement important qui, j'allais dire, fait un peu aujourd'hui le fait d'être plus souverain sur la question du numérique, de l'intelligence artificielle, des nouvelles technologies, est quand même assez partagé et assez transpartisan. Donc c'est évidemment un sujet qui nous intéresse, y compris en vue de nos débats budgétaires que nous allons avoir. Je serais intéressé de recueillir vos analyses sur les enjeux actuels en termes de souveraineté numérique, de moyens publics et privés ou mixtes pouvant être développés pour y répondre, et des questions de financement des projets pouvant être développés. En gros, qu'est-ce que vous avez besoin pour développer ce que vous faites, avec peut-être au départ, dans vos introductions respectives, le rappel de qui vous êtes et ce que vous faites. Merci. Donc je vous passe la parole, pas qu'il commence. D'accord ? Alors, le jeu, c'est qu'il faut absolument appuyer sur le micro. Voilà, devant vous. Devant vous. Regardez. Hop, voilà. Très bien. Quand vous arrêtez, il faut éteindre pour que le suivant qui va parler dans le micro est le micro. Parce que si on ne nous entend pas à l'extérieur.
Ok, ça marche. Merci. Monsieur le Président, Monsieur le rapporteur général, Mesdames et Messieurs les députés, je dirige Claude Temple. Notre métier tient en une phrase, nous faisons tourner l'informatique de ceux qui n'ont pas le droit de tomber. Quand un Français compose le 15, dans la plupart des régions en France, la plateforme qui prend en charge son appel tourne sur nos infrastructures. La Banque de France, Naval Group, la Direction générale de l'armement nous confient des applications qui ne peuvent pas s'arrêter et des données qui doivent rester où elles sont. Alors, qu'est-ce que le cloud ? Ce sont tout simplement les usines de l'informatique, des bâtiments, des serveurs, de l'électricité et le logiciel qui commande le tout. Il n'y a pas de numérique sans cloud, comme il n'y a pas d'industrie sans électricité. Alors, jusqu'ici, confier l'hébergement de son informatique, c'était confier ses données. Ce n'était pas rien. Avec l'intelligence artificielle, nous franchissons un seuil. Ce que nous confions désormais, c'est le raisonnement, le diagnostic du médecin, l'analyse du juriste, l'arbitrage du chef d'entreprise. Hier, une dépendance de nos outils, demain, une dépendance de notre esprit. J'ai appelé cela en avril, devant la commission d'enquête sur les dépendances de la France dans le numérique, une désindustrialisation cognitive. Et voici la question qui m'a saisi ces dernières semaines, lorsque les dirigeants de l'IA américaine ont eux-mêmes demandé à ralentir. Si un moratoire devait être décidé demain, la France et l'Europe seraient-elles seulement consultées ? Je crains que non. Le savoir-faire est ailleurs, la puissance de calcul est ailleurs, et qui n'est pas à la table ne décide ni des règles ni des usages. Il les applique. Voilà l'enjeu. Il est politique, mais il est aussi très prosaïquement financier, d'où ma présence aujourd'hui ici. Donc trois questions. Combien il faut ? Combien nous dépensons ? Et comment dépenser mieux ? Combien ? Je m'en remets au rapport Draghi, que vous connaissez probablement, qui a l'avantage d'être européen, récent et chiffré. Trois chiffres, deux pour mesurer le retard, un pour mesurer l'effort. Sur les 50 premières entreprises technologiques du monde, 4 seulement sont européennes. Sur notre propre marché du cloud, la part des Européens est passée de 27% à 15% en 8 ans. Chez nous, sur notre sol, nous perdons 2 points par an. Et l'effort. Draghi chiffre à 150 milliards d'euros par an l'investissement supplémentaire que l'Europe doit produire dans le numérique. Rapporté au poids de la France, en faisant le prorata, c'est environ 25 milliards par an. Alors ce chiffre a en plus un sens pour nous, c'est à peu près l'écart entre notre effort de recherche aujourd'hui et les 3% du PIB que nous avons voté en 2020 et jamais tenu. Un effort de cette taille, la France l'a donc décidé une fois sur le papier. Il s'agit cette fois de le faire. Mais entendons-nous sur ce qu'il veut dire. Draghi ne parle pas d'argent public, il parle d'investissement, celui des États et celui des entreprises, surtout. France 2030, notre grand plan français, c'est 11 milliards d'argent public par an, pour toutes nos priorités à la fois, du nucléaire à la santé. Quand bien même l'État y mettrait tout, il ne comblerait pas l'écart. Et il ne le doit pas. La conclusion commande tout le reste. Ces 25 milliards seront donc majoritairement privés ou ne seront pas. Le rôle de l'Etat n'est pas de les payer, c'est surtout de les déclencher. Alors est-ce gagnable ? Oui, si l'on choisit bien sa bataille. Nous ne rattraperons pas les modèles géants. Personne en Europe ne mettra des centaines de milliards par an sur la table et d'ailleurs l'argent n'est pas là. L'argent est ailleurs. 65% des infrastructures informatiques en France ne sont pas encore dans le cloud. Le cloud est à ce titre très probablement l'opportunité industrielle la plus importante de la décennie. Les hôpitaux, les usines, les collectivités, les administrations y vont maintenant. Et ce qu'il leur faut, du calcul, du stockage, du réseau, des services sûrs, et la France sait le faire, et le fait très bien. Sur ce socle viendra l'IA, des entreprises, celles qui tournent sur nos données avec notre électricité décarbonée que le monde entier nous envie. Voilà la bataille gagnable à une condition, la financer au rythme où elle se joue. Alors permettez-moi une histoire vraie. C'est mon histoire, je la raconte en bénéficiaire reconnaissant. Le 28 juillet, donc cet été, le Premier ministre a décidé d'attribuer au consortium que pilote Claude Temple, avec Thales, le CEA, Bull et Vates, Vates qui est un hyperviseur français qui concurrence VMware, jusqu'à 20 millions d'euros de subventions dans le cadre de France 2030. Sa lettre salue la grande qualité de notre projet et nous en sommes très fiers. Alors maintenant, voici le chemin parcouru. Premier dépôt le 2 octobre 2024, l'appel à projet est gelé par un recours. Second dépôt le 10 juin 2025, décision juillet 2026, contrat en octobre, je l'espère. 16 mois pour la seule seconde procédure, 24 mois au total, pendant lesquels nous avons investi sur nos fonds propres sans recevoir un seul euro. Et la moitié de cette aide est un prêt qu'il faudra rembourser. Dans notre secteur, ce temps-là est une éternité. Pendant ces 16 mois, le leader américain du cloud a lancé plusieurs milliers de nouveaux services. Nous avons tenu, mais moins vite et moins fort que le projet le méritait. Des recrutements reportés, des développements étalés. Un dispositif qui met 16 mois à décider sélectionne d'abord les entreprises qui peuvent se permettre d'attendre. Nous avons pu, beaucoup ne peuvent pas. Alors que faire ? Trois principes. Commander, conditionner, mobiliser. Tous ne relèvent pas de la loi des finances, mais tous sont à notre portée. Premier principe, commander plutôt que subventionner. En 2013, la CIA a signé avec Amazon, aujourd'hui leader mondial du cloud, un contrat de 600 millions de dollars. Ce n'était pas une subvention, c'était une commande. Et cette commande a fait d'Amazon le fournisseur crédible du monde entier. Parce qu'un État qui achète et qui utilise dit aux investisseurs ce qu'aucune subvention ne dira jamais. Ça marche. Et nous nous en servons. Une subvention, c'est une béquille, une commande, c'est un muscle. Chez nous, la recherche se finance par le chiffre d'affaires. Claude Temple consacre peu au prou 10% de ses revenus chaque année en R&D. Une commande, c'est donc de la recherche française, financée sans un euro d'aide. Or, l'État achète 84 millions d'euros Claude par an, à peine 1% de sa dépense informatique, pendant que la Dynum supervise 4,5 milliards d'euros de grands projets numériques. Première mesure, conditionner ces grands projets à un hébergement souverain. La commande a un coût et il sera élevé. Moderniser les systèmes de l'Etat ne se fera pas à budget constant, c'est certain. Mais une part des crédits de France 2030 destinés au numérique pourrait financer non plus des appels à projets vers les entreprises, mais la transformation de l'Etat lui-même, à une condition, qu'elle passe commande à des acteurs qualifiés. Même enveloppe, au lieu de dossiers à instruire, une administration modernisée et des commandes pour toute la filière. Et puis, il y a cet été, les cyberattaques ont touché jusqu'à la direction générale des finances publiques. 700 000 concitoyens ont été touchés. Des crédits de cybersécurité seront votés. La question est simple. Rustiner des systèmes anciens, un par un, ou reconstruire sur des plateformes où la sécurité est le métier ? Reconstruire, c'est faire une dépense de protection, une dépense de modernisation. Et de chaque euro, une commande pour les futurs champions français du cloud et de l'IA. Deuxième principe, conditionner. Quand l'Etat subventionne malgré tout, qu'il le fasse vite et qu'il exige une chose. Vite, six mois entre le dépôt et la décision, une avance dès la notification et la fin du remboursement obligatoire. Mais surtout une chose, une seule. On ne finance pas avec l'argent des Français une entreprise qui passera demain sous contrôle étranger. Que toute Europe publique soit remboursable intégralement si les bénéficiaires perdent son contrôle européen dans les 10 ans. Ne faisons pas rembourser ceux qui réussissent, faisons rembourser ceux qui partent. Troisième principe, mobiliser l'épargne. Les Français détiennent 6 600 milliards d'euros d'épargne financière, dont plus de 1 500 en fonds d'euros d'assurance vie, placés pour l'essentiel en obligation, c'est-à-dire des dettes d'Etat et de grandes entreprises. Cette épargne dort. Elle est fort utile à nos déficits, beaucoup moins à notre avenir. A peine un quart finance l'investissement productif. J'ai proposé dans une tribune dans les écoles le 8 juin dernier un livret IA. orienter 5% de ces fonds euros, 70 milliards environ sur 10 ans, vers les entreprises technologiques françaises et européennes. L'initiative Tibi l'a fait à petite échelle, 7 milliards, faisons 10 fois plus, 70 milliards d'euros. C'est plus que France 2030, 101 euros d'argent public. Et c'est faire des Français également les actionnaires de leur propre souveraineté. La semaine dernière... A France Digital Day, tous les candidats de la France insoumise aux Républicains proposaient de flécher l'épargne vers l'innovation. Quand une idée fait consensus d'un bout à l'autre de l'hémicycle, il ne reste qu'à l'écrire dans la loi des finances. Une condition est entre vos mains la stabilité. Pas moins d'impôts, mais des règles qui ne changent pas pendant 10 ans. Nul n'engage son épargne sur 10 ans quand la règle change tous les 2 ans. Monsieur le président, monsieur le rapporteur général, mesdames et messieurs les députés, ceux qui se mesurent se pilotent. Je vous demande une dernière chose, la moins coûteuse de toutes, que la dépense numérique de l'Etat soit publiée chaque année dans un document budgétaire dédié selon la nationalité de contrôle de ses fournisseurs. Nous aurons alors, chaque automne, de quoi juger si nous avançons. La France a une électricité décarbonée que le monde nous envie, une école de mathématiques de 1er rang, des ingénieurs, des entreprises et un référentiel de sécurité dont l'Europe s'inspire. Tout est là, tout sauf la décision. Le pire ne serait pas de perdre cette bataille, ce serait de ne pas l'avoir livrée et de découvrir dans 5 ans que pendant que d'autres décidaient, nous attendions. Je vous remercie.
Merci de vos solutions très concrètes. Je pense que votre intervention va tourner en vidéo. Excusez-moi, je retrouve votre nom. Monsieur Péronin, donc Alice et Bob avec les mêmes questions que vous avez posées.
Monsieur le Président, Monsieur le rapporteur, Mesdames et Messieurs les députés, c'est un honneur pour moi d'être ici devant vous et de chercher à ma... de répondre à la problématique que vous posez, qui est absolument triviale, celle du financement de la souveraineté numérique. En guise de propos liminaires, je vous propose trois temps. Le premier, comme vous l'avez demandé, est une présentation sur ce que je fais, qui je suis et qu'est-ce qu'un ordinateur quantique, afin que vous compreniez d'où je positionne mon regard sur la problématique que vous posez. Ensuite, vous proposez une définition de la souveraineté selon trois grands piliers. Et enfin, se concentrer sur... le cycle de financement des startups et où est évidemment le défi, pour conclure sur la nature de la compétition et ses enjeux. Donc moi je suis physicien de formation et de passion, étudié à l'école polytechnique avec une spécialité en physique quantique puis un doctorat à l'école normale supérieure d'abord de Paris puis de Lyon et c'est à l'issue de ces travaux de doctorat que j'ai cofondé Alice et Bob avec mon associé Raphaël Lescan, lui normalien. On monte Alice et Bob en 2020 comme une spin-off en bon français, comme un essai-mage d'un certain nombre de laboratoires, d'ONR, le CNRS, l'INRIA, le CEA, l'ENS Paris, l'ENS de Lyon et l'école des mines, si je n'oublie personne, en embarquant à ce moment-là. à la fois une technologie très prometteuse, celle du bit quantique de Schad-Schrodinger, sur lequel nous pourrons revenir dans la question si vous le souhaitez, et surtout un ensemble de physiciens, de chercheurs qui portent un regard nouveau sur cette grande course technologique qui à l'époque s'annonce comme l'une des plus transformantes du calcul et du numérique. Six ans plus tard, Alice et Bob, c'est l'une des dix meilleures entreprises dans la course internationale à l'ordinateur quantique. On est de l'ordre de 250 personnes. quasiment exclusivement en France, à Paris, où on a construit l'une des plus grandes infrastructures de développement et de recherche sur l'ordinateur quantique, 4000 m² de virgule de mégawatts en Seine-Saint-Denis. Et on a jusqu'à présent mobilisé au capital, enfin en levée de fonds, de l'ordre de 180 millions d'euros jusqu'à présent. Alors pourquoi un ordinateur quantique ? Un ordinateur quantique, c'est avant tout une machine, un hardware, du matériel pour calculer, mais qui... à la promesse de calculer exponentiellement plus rapidement ou en utilisant exponentiellement moins de mémoire qu'une machine classique pour certains problèmes bien choisis. Mais ces problèmes sont absolument clés. Ils sont de deux grandes natures, en tout cas dans les premiers cas d'usage. Le premier est le plus excitant pour moi et celui qui changera probablement le plus profondément la face du monde dans le futur. C'est la capacité à faire de la chimie, des matériaux, de la... la biologie des sciences exactes. Juste pour illustrer ce que j'entends par là, c'est que si vous prenez une molécule relativement simple, comme la pénicilline, une cinquantaine d'atomes, vous connaissez les lois fondamentales qui régissent son comportement, c'est l'équation de Schrödinger et la dynamique de ses électrons de valence. Mais si vous voulez résoudre et donc prévoir le comportement de cette molécule, il faudrait à une machine classique quelque chose comme 10 puissance 83 bits de mémoire, c'est-à-dire plus de bits de mémoire qu'il n'y a d'atomes dans l'univers. Donc ce n'est pas que nos machines actuelles ne sont pas assez grosses, assez puissantes, assez rapides, c'est que c'est juste absolument infaisable avec le paradigme de calcul actuel. L'ordinateur quantique, lui, sous sa forme aboutie, sans erreur, parviendrait à résoudre cela avec quelques centaines de bits quantiques suffisamment performants. On n'y est pas encore, pour autant la course s'accélère et l'horizon d'impact pour livrer de tels cas d'usage est autour de 2030 chez nous comme chez nos principaux compétiteurs. La deuxième grande famille de cas d'usage, c'est de manière assez historique. Comme pendant la seconde guerre mondiale, les premiers ordinateurs sont nés pour résoudre des problèmes de mathématiques visant à casser des codes cryptographiques, l'ordinateur quantique, grâce à ses mathématiques plus riches, permet également, potentiellement, de casser un certain nombre de codes cryptographiques et revêtent donc un usage dual. Et à ce titre, on voit les principales nations, en tout cas celles qui ont cette ambition-là, s'engager fortement dans la course à l'ordinateur quantique, motivées par cette finalité, évidemment. Mais pour moi, ce qui rend le sujet... Profondément stratégique, c'est un cran plus profond que ça. C'est la question du rôle du calcul quantique dans le mix complet de calculs. C'est-à-dire qu'au même titre que les cartes graphiques, ces puces d'NVIDIA qui permettent l'intelligence artificielle n'ont pas fait disparaître les processeurs traditionnels, dits les CPU, mais sont devenus l'élément dimensionnant du mix de calcul et ont donc capturé la marge et donc les profits et la capacité d'innovation. On le voit par la capitalisation d'NVIDIA, qui est la principale capitalisation boursière au monde, à plus de 5 000 milliards de dollars. Le calcul quantique, ou les QPU, si on le faisait par analogie, sont amenés à devenir l'élément dimensionnant du mix de calcul. Ils ne remplaceront pas les plus existantes, ils viendront s'ajouter et permettre de répondre à des problèmes nouveaux. Mais pour autant, si on fait un simple raisonnement de microéconomie... On peut très vite comprendre ce principe, c'est-à-dire imaginer le centre de traitement des données du futur, un data center, vous mettez, je ne sais pas, 10 000 GPU, cartes graphiques pour l'intelligence artificielle de dernière génération, et vous ajoutez quelques centaines de bits quantiques sans erreur à côté. Si vous doublez le nombre de cartes graphiques, vous augmentez linéairement avec des rendements décroissants la valeur de votre ensemble. Tandis que si vous doublez... le nombre de bits quantiques, de par sa nature exponentielle, vous décuplez, vous changez considérablement le champ des problèmes adressables. Donc vous voyez bien à la limite des dérivés que la valeur marginale est très en faveur de l'élément quantique et donc devient l'élément dimensionnant et celui qui capture la marge et la décision d'achat. Donc ça c'est pour le caractère stratégique du quantique, je vous ai mentionné l'échelle de temps, 2030, pour l'impact. Maintenant... Qu'est-ce que la souveraineté ? En tout cas pour une entreprise, à mon sens, être souverain, ça signifie être capable de servir les besoins de la nation, quel que soit le climat géopolitique, quels que soient les changements d'intérêt de nos partenaires économiques. Et pour moi, pour être capable de remplir cette condition, il faut trois piliers qu'il faut réunir simultanément. Le premier, c'est l'intelligence, c'est-à-dire les centres décisionnels et les centres d'innovation doivent être sur le territoire. Le second, c'est bien évidemment le capital qui détient l'entreprise et donc qui est capable de dicter sa gouvernance, mais également qui est capable de continuer à la financer pour surmonter les vagues d'innovations successives et la croissance nécessaire à son épanouissement. Et enfin, c'est la résilience de sa chaîne de valeur, c'est-à-dire qui sont ses équipements entiers et en cas de disruption, est-on capable de substituer du matériel européen si on a des éléments extra-européens. Ça c'est assez consensuel comme définition, mais là où l'élément devient très difficile, où l'équation que vous posez est vraiment difficile à résoudre, c'est quand on regarde froidement la nature de la compétition, en particulier sur un sujet comme le matériel de calcul, c'est-à-dire le hardware, qui est une compétition que je considère un peu brutalement comme un jeu quasiment à vainqueur unique. Et là encore, il faut comprendre le raisonnement microéconomique qui amène ça très naturellement. Concevoir une puce, que ce soit classique ou quantique, ça a une barrière à l'entrée énorme en termes d'investissement. Vous devez investir massivement dans votre recherche et développement avant même d'avoir livré la moindre valeur à un quelconque client, simplement étant donné la complexité technologique de la brique, d'autant plus étant donné son caractère matériel, il a besoin d'équipements de pointe sur toute sa fabrication, son assemblage, sa conception. Et donc vous avez une barrière à l'entrée très importante. Mais ensuite, vous avez un coût marginal de production, ce sont des circuits imprimés, qui est quasiment nul. C'est-à-dire que fabriquer 1000 puces ou 10 000 puces revient sensiblement au même coût. Ce qui fait que dès lors que vous avez passé la barrière à l'entrée, vous avez une capacité à inonder le marché avec des marges très importantes, il suffit de regarder les résultats financiers d'NVIDIA, qui vous permettent donc de réinvestir massivement dans votre recherche et développement, et ainsi... consolider une position très difficilement challengeable, encore une fois en bon français, défiable. Donc quand on regarde ça, l'équation précédente avec ces trois piliers n'est absolument pas triviale puisqu'une position intégralement défensive, on le comprend immédiatement, ne peut pas être bonne. Ce qu'il faut comprendre comme haute conséquence, c'est que pour un acteur comme nous, il ne suffit pas d'être le meilleur en France, il ne suffit même pas d'être le meilleur en Europe. Le seul moyen de survivre durablement, c'est de devenir un champion international. C'est ça l'échelle de la compétition, c'est le seul monde dans lequel nous faisons sens durablement et nous ne sommes pas continuellement biberonnés à l'aide publique. Maintenant pour comprendre où est-ce qu'on en est dans le défi, puisque vous sentez bien que le sujet ça va être un sujet de masse, de masse de capitaux qu'on est capable d'engager justement pour franchir cette barrière avant les compétiteurs et ainsi installer ce cycle vertueux qui finance tout seul cette position désirable, et bien regardons le cycle de vie d'une startup qui est pour moi à 4 grands temps. D'abord, la création d'entreprises. Là-dessus, la France a fait un progrès remarquable ces 20 dernières années et qui n'est pas complètement étranger à l'action de BBI France et de France 2030 pour faciliter, encourager, notamment dans les domaines d'innovation de rupture, en encourageant l'essaimage d'entreprises depuis les laboratoires. Et si on prend le quantique comme exemple... La France fait figure d'exception en Europe en ayant cinq acteurs, chacun sur une modalité, sur une plateforme, une façon de construire la machine très différente qui sont aujourd'hui en lice dans cette compétition internationale, là où peu de nos partenaires européens peuvent se targuer d'en avoir ne serait-ce qu'un. Ça, ça vient d'un héritage scientifique très fort, mais aussi d'un rapprochement de ces deux mondes historiquement très disjoints entre le monde de l'entreprenariat et celui de la recherche fondamentale. Ensuite vient l'époque de la start-up, celui des tours de financement. Dans le jargon, on va parler de tours d'amorçage, puis de série A, série B. Là-dessus, encore une fois, l'écosystème de financement français a maturé extrêmement bien ces 10-15 dernières années. On a une scène de capital risque d'amorçage mature, là encore soutenue par une action de fonds de fonds de BPI de France et un encouragement pour certaines thématiques prioritaires par France 2030 qui est très bienvenue. Le défi, c'est l'étape d'après, celle de scale-up, une fois que la start-up a bien défini sa promesse technologique et qu'il s'agit maintenant de la passer à l'échelle, d'aller se projeter à l'international, d'aller mettre en production des objets de grande échelle et de grande complexité d'ingénierie et pour laquelle il faut mobiliser des sommes de capitaux très importantes. Et là, je vais dire que mon camarade est renvoyé au rapport Draghi et à un certain nombre d'autres rapports qui ont parfaitement bien identifié ça. Moi, j'aime bien exemplifier le défi par un simple enchaînement de petites règles arithmétiques. Prenons l'expérience de pensée suivante. Mettons que vous souhaitez lever 500 millions d'euros. C'est une expérience fictive. Les canons de l'exercice veulent que vous alliez chercher un investisseur principal, dit lead investor, qui abonde à hauteur de la moitié de ce montant-là, soit 250 millions d'euros. Mais lui, cet investisseur, il est contraint par un certain nombre de règles, de bonnes pratiques, et dont la plus importante dans le cas présent, c'est qu'il ne souhaite pas s'exposer à hauteur de plus de 5% de son véhicule d'investissement sur un investissement unique. Et ça, ça veut dire directement que pour financer ce tour de 500 millions, en réalité je dois identifier un fonds d'investissement, ou plus exactement un véhicule d'investissement, d'au moins 5 milliards d'euros. qui est capable de financer de l'innovation de rupture sensiblement pré-revenu. Autant vous dire que si vous faites le tour des popotes en Europe, vous n'en trouverez pas beaucoup. Il y a depuis peu le fonds Scale-up Europe, et c'est à peu près tout. Là où Outre-Atlantique, ils sont pléthores. Et donc c'est exactement par des règles d'arithmétique comme celle-ci qu'on se retrouve dans une très grande difficulté, ou en tout cas à garder une équation aussi pure et parfaite qu'on l'aurait souhaitée, eu égard aux trois piliers que j'ai mentionnés, notamment celui du capital. Ensuite vient une étape que je maîtrise moins, parce qu'elle n'est pas d'actualité pour nous, qui est celle de l'entreprise mature, épanouie économiquement, et qui est une question de liquidité sur des marchés de capitaux. Et là, je me contenterai de rappeler quelques évidences sur le fait que les marchés des capitaux européens, sur les valeurs technologiques, ont une profondeur bien moindre que les marchés anglo-saxons, en particulier le Nasdaq, ce qui est, encore une fois, un sujet... parfaitement identifié et qui n'a pas de réponse simple. En conclusion, je conclurai en disant que penser la question de la souveraineté numérique, c'est avant tout bien comprendre la nature de la compétition, sa non-linéarité profonde et son échelle globale. Et à ça, si l'équation n'était pas suffisamment complexe, il faut rajouter comment est-ce que tout ce schéma vient d'être percuté par la mécanisation de la science. C'est quelque chose que je serais ravi de développer dans les questions. Il ne vous aura pas échappé que des modèles d'intelligence artificielle se sont mis à se substituer aux mathématiciens, aux informaticiens. Très prochainement, ils en feront même pour les physiciens. Ce qu'il faut comprendre là-dedans, c'est qu'aujourd'hui, dès aujourd'hui, innover, ça veut dire mobiliser de la puissance de calcul. Mobiliser de la puissance de calcul, ça se résume à mobiliser du capital et de l'électricité. Aujourd'hui, Alice et Bob ne construisent plus l'ordinateur quantique, on construit la machine qui construit l'ordinateur quantique. Et donc, quand on regarde le problème sous cet angle-là... eh bien, il faut se donner les moyens collectivement de notre ambition. Faire masse, comme on a su le faire, pour garantir notre autonomie énergétique ou l'autonomie de notre accès à l'espace.
Merci, messieurs, de ces introductions très intéressantes. Je n'ai pas mal de questions à vous poser avant de passer les paroles à mes collègues, qui en auront certainement aussi. Je vais commencer par vous, parce que... De ce que je perçois de la différence, c'est que vous, il vous faut des commandes sur quelque chose qui est de façon déjà utile. Vous, c'est quelque chose qui est en devenir encore. C'est-à-dire l'ordinateur quantique, vous l'avez dit, c'est 2030, c'est ça ?
une machine suffisamment performante, pour les cas d'usage, oui.
Donc là, on est plus, j'allais dire, dans un cadre d'investissement, de recherche. Je ne sais pas si c'est le bon terme, vous me répondrez. Du coup... Vous dites en gros que, globalement, pour l'échelle start-up, vous trouvez en France... ce qu'il vous a fallu pour être à cette échelle jusqu'à maintenant. Alors je suppose que ça veut dire que vous avez eu, j'allais dire, le soutien financier public nécessaire, les pays France et autres, là-dessus. Maintenant, après, vous parlez d'une nouvelle, ce que vous appelez scale-up. qui correspondrait justement à l'investissement nécessaire dans le numérique. Vous parliez de la... Et vous disiez, bon, il faut trouver des fonds d'investissement, finalement, qui pèsent 5 milliards. C'était
ça dans votre... Dans l'expérience de pensée, mais c'est dire... C'est un exemple.
Donc, important pour pouvoir, quelque part, vous financer. Alors, ma question, c'est qu'à partir du moment où on est sur un domaine où on voit bien, et vous l'avez bien dit, la question, là, pour le coût de la souveraineté, ne se discute pas. C'est-à-dire que la nécessité de la souveraineté ne se discute pas, ou au moins de la dépendance, on va dire. Pourquoi ça ne pouvait pas être l'État ? Qui, quelque part, vous assure cet investissement, quitte à prendre des parts de votre entreprise ? Est-ce que là-dessus, ce n'est pas une solution qui pourrait être entrevue ? C'est une première question que je voulais vous poser là-dessus. La deuxième, c'est qu'on a des risques de pression extérieure. Et là-dessus, je voudrais que vous me disiez si vous pensez que les services de l'État, qu'il s'agit du secrétaire général de la Défense, sécurité nationale, les services de renseignement économique, vous apportent un bouclier que vous jugez efficace sur un domaine où on voit bien que là, pour le coup, l'espionnage... peut être absolument terrible, puisque j'ai bien noté ce que vous avez dit, c'est un jeu à vainqueur unique. J'ai bien noté ça. Donc voilà, c'est un peu mes deux questions que je vais vous poser, puis après, je vais poser des questions à votre collègue. En tout cas, on va dire ça, parce que vous êtes complémentaires en plus.
Merci, M. le Président, pour vos questions. Sur le premier point... L'élément, je voudrais en réalité souligner le point que vous avez initialement écarté qui est celui de la commande publique. Puisqu'en réalité, c'est déjà le vecteur employé. par l'Etat au sens large pour soutenir le domaine et qui, moi, me semble faire preuve d'une très grande intelligence dans son déploiement. Le programme que j'ai en tête, c'est le programme dit Proxima, avec un Q au milieu, qui est opéré par la DGA, par la Direction générale de l'armement, pour le compte et sur un financement de France 2030. Ce programme est extrêmement sain et très, très bien construit. On verra qu'il est perfectible. C'est un programme de compétition qui reprend quelques-uns des codes des Américains pour financer le même genre de domaine, comme ils l'ont fait d'ailleurs dans les années 50, 60, 70 pour faire émerger le calcul classique. Les militaires, la défense, c'est probablement le seul domaine qui sait acheter des machines qu'on ne sait pas encore construire. C'est exactement le point. Et suivre un programme de développement sous une forme de compétition. Et c'est la nature du programme Proxima. Aujourd'hui, on est cinq entreprises françaises engagées dans ce programme qui a vocation à nous retenir progressivement, jalon après jalon, en augmentant la barre des performances attendues sur les prototypes à livrer progressivement. pour ne retenir que les deux meilleurs. Et ça, c'était extrêmement simple, parce que ça permet à l'État de faire un choix éduqué sur une obligation de résultat et non sur une obligation de moyens, et qui donc juge les entreprises sur lesquelles sont capables de développer les bons muscles. C'est-à-dire pas qui est capable de faire un joli dossier de subvention, mais qui livre, qui livre du progrès tangible sur des performances mesurables. Et ça, c'est extrêmement simple. Progressivement... grâce à ça, l'État peut concentrer son soutien, parce que tout le sujet, à mon sens, c'est celui du choix. C'est comment est-ce que l'État choisit ses batailles, comme vous l'avez mentionné, mais le choix, c'est pas choisir ce qu'on fait, c'est choisir ce qu'on ne fait pas. Et donc, il faut trouver une bonne méthode pour sélectionner, pour concentrer, et quelque part, encourager le darwinisme. Et ça, je vais dire quelque chose au risque d'être légèrement polémique. Il faut que les startups meurent plus vite. On se targue beaucoup trop de la survie à N en ont des startups, là où au contraire, un écosystème dynamique doit faire ce cycle. de sélection pour progressivement et rapidement concentrer les talents et les capitaux dans ces géants, étant donné la non-linéarité de la compétition. Donc, à mon sens, l'État a très bien commencé avec ce programme. Je ne cracherai pas un quart de seconde dans la soupe en disant qu'il faudrait y abonder davantage. Je pense qu'on a d'autres leviers qu'on peut exploiter, notamment accélérer le risque. de sélection pour concentrer plus rapidement l'effort ou communiquer davantage. Je crois malheureusement qu'on fait preuve d'un petit peu trop de pudeur sur les commandes à venir que l'État pourrait être amené à passer, ce qui fait qu'on perd une partie de l'effet levier. Tout l'intérêt d'avoir de la commande publique, c'est que derrière, moi je peux aller valoriser... cette commande publique comme du revenu pour lever des capitaux privés. Et le multiple est très important. Aujourd'hui, une entreprise quantique, si on prend certaines des valeurs qui sont échangées sur Nasdaq, vont avoir une valorisation qui est de l'ordre de 40 fois leur revenu annuel actuel. Donc vous imaginez le multiple que ça amène directement sur l'action parce qu'ensuite, jouir d'une bonne valorisation... c'est réduire le coût d'accès au capital et donc le risque de dilution par des capitaux étrangers et donc renforcer notre position. Donc c'est comme ça que je répondrai à la première facette de la question. Ensuite, aujourd'hui, Alice et Bob, au sein de son actionnariat, a déjà indirectement l'État à travers des entreprises comme BPI France. Ce n'est pas directement l'État, c'est important de le souligner. Mais pour autant, si on prend une définition large, comme l'entendrait un entrepreneur, aujourd'hui, au capital d'Alicebob, c'est à peu près un tiers de notre capital qui est détenu directement ou indirectement par des acteurs publics. Donc on est déjà quelque part dans ce cas de figure. Et de toute façon, sur un domaine aussi stratégique, qu'on le veuille ou non, l'État est déjà présent. On est soumis au contrôle aux investissements étrangers, bien qu'ils ne soient pas actionnés, puisqu'on... Il n'a pas de raison. Aujourd'hui, 93% du capital d'Alicebob est détenu par des Européens. Puisqu'il est déjà présent, l'État a son mot à dire sur le devenir capitalistique. La question, c'est collectivement... Comment est-ce qu'on va chercher le meilleur effet de levier ? Pour aller faire cet enchaînement de levée de fonds, prouesse, levée de fonds, prouesse, et progressivement accumuler la masse qui permet d'engranger cette roue d'entraînement vertueuse.
donc du coup, de ce point de vue-là, vous me dites que ça a déjà lieu ? Mais qu'est-ce qu'il vous faudrait en plus ? C'est quoi pour assurer la finalité de ce que vous êtes en train de faire, dont je mesure bien l'aspect stratégique
Si on met quelques chiffres pour éclairer votre question. Aujourd'hui, Alice et Bob, on va brûler de l'ordre de 50 millions d'euros par an. Des estimations simples vous feront conclure que nos principaux compétiteurs anglo-saxons dépensent de l'ordre de 10 à 20 fois plus que nous par an. Donc aujourd'hui en termes de masse, on est proche, on doit être un facteur 2 en termes de nombre de personnes, en termes de performance sur un certain nombre de métriques, on va même être leader mondial sur certaines métriques et on a encore quelques jolis coups d'éclat à venir dans les prochaines semaines. Mais il ne faut pas se voiler la face. On ne sera pas dix fois plus intelligent que tout le monde en définiment. Je crois qu'il y a un travers très français, je suis le premier à l'avoir, de penser que notre génie, au sens 19e siècle du terme, pourra l'emporter par une allocation beaucoup plus intelligente des capitaux. Il y a une part de vrai. mais clairement pas dans ces proportions-là. À un moment donné, il y a une question de la masse engagée, comme dans toute compétition, et ensuite de supériorité mécanique. Et ça, c'est vraiment la déferlante qu'il faut comprendre. C'est que... Les deux siècles d'excellence scientifique française qui nous amènent dans la position inespérée dans laquelle on est aujourd'hui, par rapport à nos voisins européens, dans ces courses technologiques, on est quand même extrêmement bien positionnés. Vous parlez de la qualité des ingénieurs, des chercheurs, etc. Exactement. Ça renvoie à la révolution française et à l'idée qu'il faut former une certaine élite scientifique pour les grands projets de la nation, qui est exactement ce qui nous anime aujourd'hui. Il faut comprendre. qu'avec la mécanisation de la recherche, tout cet avantage, tout cet héritage peut être nullifié. Et donc on a une fenêtre de tir de quelques mois pour faire levier sur cet avantage actuel et accumuler la masse qui ensuite s'entretient par elle-même, par le cycle que j'ai mentionné précédemment. Et c'est d'ailleurs une partie de la réponse à la seconde question. Donc oui, aujourd'hui, sans trahir le moindre secret, c'est quelque part assez évident qu'on est extrêmement bien suivi par un grand nombre de services de l'État sur l'ensemble de ces sujets. Et encore une fois, il n'y a pas de position défensive qui soit forte. Et là, je veux dire par là, il faut aller innover. Aller innover, ça veut dire aller chercher les meilleurs talents, et ça veut dire qu'il faut aller recruter des profils internationaux, ça veut dire qu'il faut aller s'exporter, qu'il faut aller travailler avec les meilleures universités. C'est autant d'éléments. qui crée de la surface de contact mécaniquement. C'est là où on a besoin d'une très grande intelligence collective pour opérer main dans la main avec les services de l'État. Comme disent les parachutistes, on a besoin d'être souple, félin, manœuvrier pour l'emporter. Juste parce qu'on n'a pas la capacité, juste en termes de volume, de... de jouer une partie d'autarcie, contrairement à d'autres puissances mondiales qui peuvent se le permettre. Donc ça, c'est délicat pour tout le monde, bien évidemment. C'est très facile de dire non, n'y allez pas. Ne vous engagez pas dans ce programme de recherche conjoint avec ce laboratoire national américain, ça vous met à risque sur tel ou tel élément. Mais c'est encore une fois ne pas comprendre la nature de la compétition. notre position est très forte. Je trouve qu'il y a une très grande intelligence. Le français a la critique facile, mais il y a quand même une très grande intelligence dans les services de l'État pour essayer collectivement de trouver la ligne de crête qui permet d'atteindre l'effet majeur recherché, qui est celui de faire émerger un leader mondial aux racines résolument françaises ou européennes.
Vous avez dit, vous c'est 50 millions, les autres c'est 10 fois plus, donc il vous faut combien quand même ?
C'est très simple, si vous posez la question à ChatGPT, il vous fera une construction horriblement précise, et qui vous donnera de l'ordre, on doit mobiliser de l'ordre de 1 milliard d'euros, en ordre de grandeur, en bon physicien, d'ici 2030, si on veut rester pertinent dans la course. C'est très différent de rester pertinent dans la course que de garantir succès. Et ça, c'est vraiment l'échelle avec une accélération formidable. On peut reprendre les ordonnances aux US où les dernières vagues d'investissement, la dernière vague en date, unilatéralement, l'État américain a déployé 2 milliards dans 9 entreprises américaines engagées dans la course. Et on le voit dans ces actions répétées en Chine. C'est très difficile de savoir exactement ce qui se passe, mais les estimations sont plutôt entre 10 et 20 milliards dans l'échelle du grand programme, là où la France, et c'est déjà remarquable, a su mobiliser à peu près 1 milliard, sauf jusqu'à présent, dans cette compétition.
Bien, pointer les mérites de la Révolution française me va toujours droit au cœur. Monsieur Lescope, j'avais une autre question à vous poser, un petit peu différente. J'ai bien compris les... Les besoins, vous les avez dit, en parlant, un, de la commande, c'est ce que j'ai noté, et deux, de mobiliser l'épargne. Alors, juste sur la commande, s'il y a commande, d'abord, j'y reviens là-dessus, je comprends bien l'intérêt de le faire à l'échelle européenne. Mais sauf qu'on est quand même dans un registre, et on vient de l'entendre, où il y a aussi des intérêts. J'ai bien aimé votre lapsus quand vous avez parlé, au lieu de nos partenaires, vous avez dit compétiteur. Je trouve que c'était un lapsus parce que parfois on est compétiteur. Est-ce que là il y a une dimension qui peut s'entendre au niveau seulement national ? Mais ce n'était pas le centre de ma question. Le centre de ma question c'est, à partir du moment où il y a des commandes publiques, Qu'est-ce que vous donnez en échange ? Vous l'avez dit, c'est par exemple l'idée d'assurer que pendant 10 ans, vous restez sur le fait que les bénéfices de votre politique sont en Europe. Vous avez peut-être m'explicité. Oui, je peux revenir. Mais est-ce que vous croyez que 10 ans, c'est une échelle suffisante pour garantir... sur quelque chose qui est en devenir, et où la question de la souveraineté va dépasser 10 ans, pour garantir, je vais le faire vite, je ne dis pas que c'est ce que vous voulez faire, mais vous avez des commandes publiques, ça marche bien, vos sociétés se développent, et puis dans 10 ans, vous décidez de devenir encore plus grand, et là, pour le coup, il faut dépasser certaines choses. Qu'est-ce que vous donnez comme garantie, ou vous pourriez donner comme garantie
? Déjà, 10 ans, ça veut dire que pendant 10 ans, vous avez fait un régime de subvention. En fait, il y a deux mécaniques. La mécanique des subventions, la mécanique des commandes. La mécanique des subventions, moi, ce que je dis, c'est qu'aujourd'hui, sur ce qu'on disait avec le quantique, on n'est pas au même étage de maturité technologique. Nous, il y a un marché, et le marché devrait suffire pour financer notre recherche et développement. À cet instant, il y a un fléchage des marchés qui va plus vers les... américains et pas suffisamment vers les français et européens et on se bat contre ça. Sur la partie commande publique, nous ce qu'on dit c'est que l'État a un projet de simplification, de modernisation, profitons-en et ils ont probablement plus besoin, il y a un vrai besoin de budget pour financer cette transformation. Je pense que l'État est plutôt en train globalement de réduire ses budgets, et je pense que vous êtes beaucoup plus experts que moi sur le sujet, que de prévoir des poches budgétaires de transformation numérique complémentaire. Mais il y en a cruellement besoin sur le terrain. Je vais vous donner un indicateur de la modernité de l'État. Je vous ai dit aujourd'hui que le marché français avait transféré à peu près 35% de ses données, de ses infrastructures, vers le cloud. L'État, c'est 1%. C'est un bel indicateur de modernisation de l'État. Il y a des clouds interministériels que je ne prends pas en compte dans mon calcul, mais globalement, ça ne changerait pas grand-chose à la mesure. On passerait peut-être de 1 à 3 ou 1 à 2. Mais il y a un manque cruel de projets de modernisation et un problème de budget derrière. Moi, ce que je dis, c'est conditionner ces financements à des commandes derrière, vers des acteurs, vers qui on veut flécher, parce que c'est les futurs champions français ou les futurs champions européens. Tout à l'heure, vous parliez de souveraineté, vous disiez finalement, ce que j'ai compris dans votre question, est-ce que la souveraineté, c'est européen ou c'est plutôt français ? C'est une question qui est très complexe et en fait, on est extrêmement limité par l'Europe. Aujourd'hui, déjà, on est dans un marché qui est très libéral, donc il est interdit de flécher une commande publique vers un acteur européen. C'est
une autre question que je vais vous poser. Là, ça implique de la flécher.
D'ailleurs, le mot flécher n'est pas dit au hasard parce qu'en fait, on se rend compte que quand on dit flécher, on n'est pas complètement dans la loi. Donc l'Europe nous impose en fait de rester libéral dans nos commandes publiques. On a créé un véhicule en France qui s'appelle Sechnim Cloud. C'est une certification qui permet de vérifier le niveau de sécurité des fournisseurs de cloud. Et il y a un pan dans la sécurité qui est l'immunité aux lois extraterritoriales. Donc c'est le fait qu'un gouvernement étranger, par hasard les Chinois, les Américains, ne peuvent pas demander à des acteurs français des données. Ce qui est régulièrement le cas pour Amazon, Google, etc. Et d'ailleurs, ils font des rapports en toute transparence sur le nombre de demandes qu'ils reçoivent des gouvernements étrangers. Donc l'Europe nous contraint, en France on a trouvé un mécanisme pour orienter, pour flécher cette commande vers des acteurs, encore si ce n'est que maintenant on voit des acteurs qui arrivent, qui s'appuient sur des technologies Google et Microsoft et qui ont également ce niveau de sécurité. Et je reprends en fait ce que vous disiez tout à l'heure, ce qui est important quand on investit, quand on finance, quand on commande, c'est de créer la puissance là où on le souhaite. La puissance, c'est les cerveaux qui ont le savoir-faire, c'est les emplois. Et ça, c'est important. Donc, second cloud ne suffit plus. Et on a aujourd'hui une impossibilité de flécher plus volontairement vers les acteurs français. Deuxième chose qui est très importante dans la technologie. Déjà, je reviendrai sur la souveraineté. La souveraineté, excusez-moi, je vais un peu plus loin que votre question, mais on parle souvent de protection. En fait, il faut être indépendant, il faut avoir sa capacité de décision, on perd nos partenaires. Mais en fait, la vraie souveraineté, c'est une souveraineté offensive. Quand vous prenez un coup, vous êtes capable de renvoyer le même coup. Donc ça passe par de la puissance, par de la croissance, et c'est pour ça que je vous rejoins sur le fait qu'il faut être international, même si aujourd'hui on a un marché qui nous suffira en Europe. En fait, à un moment, si on veut être capable de renvoyer les coûts qu'on reçoit, il faut qu'on soit international également.
Voilà,
en tout cas
pour... être international, ça n'empêche pas d'être indépendant au niveau de sa technologie. Exactement. Je veux dire, dans l'armement, on est international. Enfin, il y a une technologie réservée française, etc. Le savoir
-faire qui reste... Merci.
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