Chargement...
Chargement...
On se lève, on va écouter les allocutions. Marie, on reviendra vers vous juste à l'issue de ces deux allocutions très attendues, en particulier celle de Léon XIV, la première depuis son arrivée en France. Très Saint-Père, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, c'est pour la République française un grand honneur et aussi une grande joie que de vous accueillir aujourd'hui sur notre salle. Un grand honneur et une grande joie en ce que, confronté souvent au spectacle des misères du monde, beaucoup de nos compatriotes ressentent, avec votre visite en France, une espérance. Oui, comme il est dit dans l'Ecclésiaste, il ne faut pas s'attrister comme ceux qui n'ont pas d'espérance, et c'est un sentiment, je le sais, que vous partagez. 18 mois après le commencement de votre pontificat. Et vous voici pour un temps long que vous nous offrez et qui nous touche. C'est ici que débute ce chemin de foi, si j'ose dire, qui va vous mener du cœur de Paris à Notre-Dame, de l'Elysée à l'UNESCO, de la place de la Concorde à Saint-Denis, du Stade de France à la Maison Bakhita, de Lourdes, ville de Bernadette-Soubirous, à Metz, carrefour des mémoires chrétiennes de notre Europe. Autant d'étapes qui disent votre lien personnel avec notre pays. Très Saint-Père, nous sommes fiers de vos racines normandes et vous verrez que nous avons même trouvé des racines béarnaises et bigourdanes. Autant d'étapes, comme autant d'épisodes qui racontent aussi cette histoire si particulière qui lie le christianisme à notre pays. Histoire deux fois millénaire dont témoignent ces paysages de France, parsemés de cathédrales, basiliques, églises, monuments venus du fond des âges, inestimables dons de ceux qui nous ont précédés et qui se faisaient de notre pays une certaine idée. Il fut long. Ce temps où la religion chrétienne, ambitieuse d'être l'architecte de l'universel, guidait nos ancêtres à tailler la pierre afin de laisser inscrite dans la chaîne des temps la trace visible de leur idéal. Croire, c'est créer. Et c'est au nom de cet héritage que nous avons œuvré Après le terrible incendie de Notre-Dame de Paris, pour qu'elle puisse être rebâtie en cinq ans et rendue non seulement aux catholiques, mais à tous les Français et au-delà encore au monde entier. Et tant de talents, d'artisans, d'apprentis, de bénévoles s'y sont donnés avec cette espérance chevillée au cœur. Car Notre-Dame est une part de nous, un emblème de cette volonté si française d'offrir au monde toutes les beautés que peut engendrer l'esprit humain dès lors qu'il est mu par un idéal de fraternité universelle. Oui, cette histoire deux fois millénaire a créé un lien singulier entre la France et l'Église catholique. Et lorsque la République décida, il y a un peu plus de 120 ans, de la séparation entre l'Église et l'État, elle donna forme à une laïcité française qui n'est nullement la négation de la religion. La République se fait un devoir de permettre à chacune et à chacun en conscience de penser et d'exprimer son point de vue dans toutes les sphères de son existence, de croire ou de ne pas croire, dans l'intimité comme dans la sphère publique, à condition d'en respecter les lois. C'est dans ce cadre très Saint-Père que vous solliciterez la conscience de tous les Français qui s'associent en pensée et en action à ce que vous représentez. A eux, à tous ceux qui, en France comme ailleurs, sont attentifs à ce que vous avez à dire au monde, et je m'en réjouis. La République veille aussi. Depuis 15 ans, les actes commis à l'encontre de personnes ou de biens en raison de leur religion ont malheureusement connu une recrudescence. Et ces insupportables démonstrations d'intolérance frappent la religion chrétienne au cœur. Les communautés juives et musulmanes en sont aussi victimes. Et c'est un combat essentiel que nous menons et mènerons pour protéger les lieux de culte, continuer de former les esprits à la tolérance, en même temps que nous encourageons le dialogue interreligieux si vivant dans notre pays. La quête de la paix... sur tous les fronts, est une nécessité existentielle. Et il n'est pas un catholique qui ne puisse être sensible à ce combat pour le bien commun. Et j'ajouterai, pas un juif, pas un musulman, pas un protestant, ni un orthodoxe ou un bouddhiste. Il n'est personne en France, croyant ou non, qui puisse refuser de faire sienne cette quête. La paix est aussi cet horizon pour lequel nous œuvrons ensemble. Vous avez placé les premiers mois de votre pontificat sous le signe d'une paix désarmée et désarmante. Exigence qui prend une force particulière alors que la guerre meurtrit notre continent et que partout tensions et conflits ressurgissent. Exigence qui rappelle aussi que la paix est davantage que le silence des armes et qu'elle suppose justice, sécurité, respect des droits de l'homme, souveraineté des nations et droits des peuples à disposer d'eux-mêmes. Et plus fondamentalement, la capacité à reconnaître l'autre pour ce qu'il entend être. La France se tient du côté de la paix, du multilatéralisme d'action, du respect du droit international et de la Charte des Nations Unies. Et nous nous y tenons partout, sans double standard, avec cohérence et constance. Car une vie vaut une vie et tous les peuples sont à défendre. Ce combat pour la paix est inséparable de celui pour la dignité humaine et la lutte contre les injustices. Partout, ce sont toujours les plus fragiles qui paient le prix des crises et des conflits, qui contraignent tant de femmes et d'hommes à fuir leur pays. A la maison Bakhita, vous rencontrerez celles et ceux qui accueillent les exilés, les plus pauvres, les plus isolés. Là encore, la République et l'Église croisent souvent les mêmes visages. Le visage de ceux qu'il nous faut voir en face, le visage de ceux dont la voix peine à porter, de ceux qui nous rappellent l'exigence de fraternité, celle la même qui fait de l'autre son frère en République, cette attention que nous devons aux plus fragiles. Et je veux saluer ici l'engagement quotidien. de tant de Français, de bénévoles, d'associations et notamment chrétiennes qui servent quotidiennement leurs prochains. Leur dévouement, leur solidarité disent un formidable élan d'espoir. Comme je veux saluer l'engagement de tous ceux qui contribuent à l'éducation de nos enfants, qu'il s'agisse de l'enseignement public ou de l'enseignement privé dans notre pays. Tous sont aussi au service de la défense du bien commun que nous partageons par-delà les frontières, notre planète et le vivant. C'est pour cela que la France a porté l'accord de Paris il y a 11 ans et s'est battue pour obtenir l'accord sur les océans l'année dernière. C'est pour cela aussi que nous continuons de défendre le pacte de Paris pour les peuples et la planète, afin que nul pays n'ait à retarder sa transition faute de moyens ni à choisir entre son développement et la préservation de la planète et du vivant. Climat et biodiversité irriguent les choix de notre siècle. L'Église catholique, avec le pape François, puis avec vous-même, l'a toujours rappelé sans ambiguïté. Nous vous en rendons grâce. Ce n'est pas seulement affaire de technologies ou d'ajustements. Cela relève notre manière d'habiter le monde, d'y produire, de consommer, de concevoir ensemble la voie du progrès humain. Telle est notre responsabilité commune. Et elle ne s'arrête pas là. Les ruptures technologiques de notre époque risquent d'engendrer des ruptures anthropologiques inédites. L'être humain ne doit pas être lié par le numérique, mais libéré. Question vertigineuse pour notre génération, parce qu'elle touche non seulement à ce que nous faisons, mais plus encore à l'essentiel, à ce que nous sommes. L'intelligence artificielle bouleverse déjà le travail, la création, la recherche, l'éducation, l'information, le lien social. Elle décuple nos capacités mais substitue la prédiction au jugement, la performance à la conscience et nous conduit à déléguer une part de notre liberté. Dès les premiers mois de votre pontifica, vous lui avez consacré l'encyclique Magnifica Humanitas. Et ce message est essentiel. Face à la puissance de la machinerie numérique, l'être humain doit garder la place qui est la sienne. L'intelligence artificielle doit être un serviteur et non un maître. La révolution numérique doit entraîner et non enchaîner. La responsabilité nous revient donc de ne pas permettre que les modèles les plus performants ne se retrouvent entre quelques mains qui auraient à décider pour toute l'humanité, ni que ces avancées les plus exponentielles ne nous conduisent à perdre le contrôle. C'est pour cela que nous devons trouver la voie d'une organisation internationale réconciliant progrès technologique, justice et humanisme. De la même manière, comme nous sommes en train de le faire pour les réseaux sociaux, il nous faut protéger nos enfants et accompagner nos adolescents. Leur développement affectif et cognitif suppose en effet de les protéger pour pouvoir transmettre et les préparer à la vie. L'apprentissage, les arts et la culture, le sport et le temps avec les autres sont des trésors à leur donner et à protéger des écrans, des algorithmes comme des chatbox. Protéger nos enfants, accompagner notre jeunesse dans ses interrogations et accueillir son besoin de sens et son engagement sont nos plus beaux devoirs. La veillée des jeunes que vous présiderez au Stade de France aura une force toute particulière. Des milliers de jeunes y seront, en demande d'une parole de responsabilité et de lucide espérance. Leur soif d'engagement dit toute leur vitalité. Ils ne demandent pas qu'on leur promette un monde facile, ils demandent à pouvoir bâtir un monde meilleur. Très Saint-Père. Lors de votre visite, vous allez rencontrer la France, pays de la diversité, comme le disait l'un de nos plus grands historiens, Fernand Braudel. Et c'est précisément parce qu'elle est patrie de liberté et d'esprit que la France est diverse, nation qui nourrit une passion particulière pour le débat permanent. Ainsi faut-il la considérer pour bien l'aimer. Les grands débats sociaux et sociétaux de ces dernières années en attestent, l'éthique est l'un de nos grands sujets français. Où est la frontière entre le bien et le mal ? Comment concilier les progrès technologiques, notre conscience, notre attachement à la dignité humaine ? Ainsi sommes-nous attentifs toujours à toutes les réponses qui peuvent être apportées à ces questions fondamentales. Et soyez assurés, très Saint-Père, que tous les Français, moi le premier, vous écouteront avec le plus grand intérêt. Je veux vous redire mon attachement à cette écoute qui a pour vocation de nourrir un dialogue exigeant avec l'Église catholique comme avec tous les autres cultes, avec les croyants comme avec les non-croyants, avec toutes les traditions philosophiques et humanistes qui font notre pays. parce que la République ne craint pas les consciences libres, parce que notre nation est forte du dialogue nécessaire entre toutes les opinions, en demeurant fidèle à notre humanisme, notre attachement à la dignité humaine, en fondant nos décisions sur la science tout en veillant aux plus fragiles. Très Saint-Père, je forme le vœu que ces quelques jours vous permettent de rencontrer la France dans toute sa vérité. ses forces, sa diversité, ses débats. Une France empreinte de spiritualité et cherchant toujours l'universel. Une France émancipée, attachée à son projet de liberté, d'égalité et de fraternité, diverse et unie. Une France engagée, sensible à votre présence et dont vous sentirez la ferveur. Très Saint-Père, c'est cette France qui vous reçoit aujourd'hui avec beaucoup d'humilité, avec beaucoup d'honneur et une très grande joie. Soyez le bienvenu.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.