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Bienvenue face aux Outre-mer, 30 minutes d'entretien avec une personnalité politique nationale pour l'amener à développer sa vision des Outre-mer. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Vous êtes député de la Picardie et candidat à l'élection présidentielle. Ex-député insoumis, votre crédo c'est la lutte des classes, la défense des petits contre les gros. Votre premier déplacement en Outre-mer, en toute logique, c'était en Guadeloupe en 2009, lors des manifestations contre la Vichère. Et l'an dernier, vous êtes allé écouter et découvrir peut-être les réalités des habitants de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion et de Mayotte. Et vous êtes revenu avec ce constat.
fin de compte, c'est plus proche de l'Hexagone. Il y a plein de problèmes qui sont un peu accrus ici, mais qui ressemblent à la Picardie.
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points communs économiques et sociaux et une histoire coloniale que vous appelez à regarder en face. Alors, quelle relation entre la France et les Outre-mer ? Le modèle Picard, peut-être.
Et donc, il y a un moment, parce que le creuset, c'est vraiment la Picardie. Tu sais que je suis un... Pour la grande Picardie socialiste, pour la Picardienne de Penanza. Il faut avoir quand même une alliance canne à sucre-bétrave.
Cette alliance, c'était un extrait d'une conversation il y a 7 ans dans votre cuisine avec Jean-Luc Mélenchon lorsque vous n'étiez pas encore fâché. Alors pour les Outre-mer, independenza, statu quo, autonomie ou utopie socialiste et tant d'autres choses à aborder, François Ruffin, vous voilà face aux Outre-mer. Alors commençons par cette rencontre au sommet ce week-end à Saint-Pierre-et-Miquelon. Le Premier ministre du Canada, Marc Carnet, Emmanuel Macron, pourrait affirmer la présence de la France face aux ambitions et expansionnistes de Donald Trump.
France est présente grâce à Saint-Pierre-et-Miquelon, par Saint-Pierre-et-Miquelon, ici, au cœur des enjeux du globe dans cette région. Et ceci nous lie aussi avec le Canada et donc ça sera une manière de parler d'avenir ensemble.
Alors François Ruffin, la France, ce pays sur lequel le soleil ne secoue jamais la grandeur de la France, c'est grâce à ses outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon, notamment là sur si la France peut tenir tête au président américain. Pour paraphraser Emmanuel Macron, est-ce que la France serait moins belle sans ses outre-mer, François Ruffin ?
En tout cas, c'est certain que ça participe d'une vision mondiale et pas d'une vision seulement européenne. Je veux d'abord dire, moi, que je viens en toute humilité, parce que quand on est picard, comme vous l'avez dit, quand on vit ici dans l'Hexagone, c'est pas parce qu'on a passé une semaine en Guadeloupe, une semaine en Martinique, une semaine à Mayotte, une semaine à La Réunion, qu'on connaît ces réalités de loin. Maintenant, j'y suis allé avec beaucoup de curiosité, comme un reporter, et avec ce premier constat que les Outre-mer, ça ne veut rien dire. Quand on regarde ça de loin, on peut se dire, bon, ben voilà, c'est des îles. Alors, moi, je sais que la Guyane n'est pas une île, par exemple. Mais quand on y est de près, on voit à quel point les différences sont immenses, même dans les Antilles, entre la Guadeloupe et la Martinique, qui sont proches. Mais ne serait-ce que le fait que la Révolution a traversé la Guadeloupe et a échappé, puisque c'était sous domination anglaise en Martinique, ça produit deux histoires différentes, avec un côté où il y a une... réformes agraires et une autre où les béquiers continuent à dominer. Donc voilà, en tout cas, bien savoir que je viens parler ici avec humilité et en étant... conscient des immenses différences qui sont pas que de climat entre Saint-Pierre-et-Miquelon et La Réunion.
Et candidat à l'élection présidentielle, vous allez devoir faire des propositions, apporter des solutions tout en étant passé dans ces territoires pendant une semaine seulement. C'est la difficulté d'exercice.
Oui mais bon après ça veut pas dire qu'on n'a pas des attaches, des gens qui vous informent régulièrement, qu'il n'y a pas des personnes qui travaillent à nos côtés comme experts et qui sont issus des territoires d'outre-mer, qui sont porteurs de cette histoire-là. Maintenant, charnellement moi je suis reporter et j'ai besoin besoin d'entendre, de voir, de découvrir, d'être habité par quelque chose. Et je dois dire que quand même, même en une semaine, c'est tellement intense qu'on voit des visages et qu'on est habité par de l'injustice. D'abord, quand même, il y a un rapport à l'injustice qui est vécu et que je viens porter, que j'avais déjà porté dans l'hémicycle avant même d'y être passé. Parce que l'histoire du chlordécone, par exemple, je vois même quelque part, vous savez, des poupées russes d'injustice. Il y a la première injustice qui est l'injustice sanitaire, quand on laisse une terre être polluée pour des siècles et des siècles pour la culture de la banane. Et à l'interdécia, il y a la deuxième injustice qui est qu'on ne peut pas saisir la justice, qu'on construit la prescription.
Justement, laissons tomber Mike Carné et cette rencontre avec Emmanuel Macron ce week-end. Quelle est votre vision des Outre-mer depuis la Picardie ? Avant que vous soyez devenu député, quelle était votre vision des Outre-mer ? Est-ce que depuis la Picardie, depuis Amiens, ça se résume, et c'est bien normal, au soleil, à la plage, aux vacances ?
Pas du tout. Pas du tout. Il y avait une grande conscience que c'était des sociétés de violence qui ont été traversées par une histoire, l'histoire de la colonisation, de l'esclavage, et qui sont porteurs de ça, parce que je lisais quand même et je m'informais. Et par exemple, quand le mouvement du LKP a surgi, tout de suite, on a cherché, donc j'ai travaillé pour Fakir à l'époque, à avoir un émissaire qui vienne en France, qui vienne nous raconter ce que c'était et à qui on propose de faire une tournée pour être quelque part solidaire de... la lutte qui se déroulait là-bas. Donc il y avait la volonté de construire une solidarité avec des terres qui sont différentes de ce qu'on pouvait vivre.
Vous revenez là sans arrêt à l'histoire passée de l'esclavage, de la colonisation. Il y a eu cette polémique autour d'Edouard Philippe qui n'a pas su dire, qui n'a pas dit oui à la question est-ce que la colonisation est un crime. Pour vous c'est impréalable de mettre à place cette histoire ?
Oui, pour mot d'ordre connaître sa honte. Soutenir sa gloire. Une formule, il paraît que c'est de la haute ceux, mais je ne sais pas trop. On a des pages sombres dans notre histoire. Il faut les regarder en face. Je cite toujours le cinéaste René Vautier, qui à la fois était un résistant en France pendant la Deuxième Guerre mondiale, et qui ensuite part en Afrique et suit une colonne. de l'armée française en Côte d'Ivoire, au Cameroun, et derrière, ce sont des crimes, ce sont des massacres, ce sont des femmes violées, ce sont des vieillards assassinés, et qui en témoigne, et qui en permanence dit ça, dit « au nom des gens de France, en notre nom à nous, gens de France », ça parsème son film, c'est pour alerter l'opinion publique française, parce que vous savez, il y a quelque chose que déjà on vit quand on est en Picardie. Loin des yeux, loin du cœur. Déjà quand je vais voir des ouvriers dans leur usine qui sont dans un bled paumé, je leur dis allez à Paris. Parce que c'est là qu'il y a le centre du pouvoir politique, médiatique, économique. Et alors évidemment quand on est encore plus loin des yeux, encore plus loin du cœur en Afrique ou là dans les territoires d'outre-mer, il y a un risque que la violence soit faite au nom du peuple de France alors que le peuple de France ne veut pas ça. Et je dirais qu'il faut se mettre face à cette histoire. pour trois raisons, pour trois publics. Et vous,
président, est-ce qu'il faudrait commencer au préalable par un grand discours, par des excuses, je ne sais pas ?
Moi, je suis pour aller refaire le voyage de René Vautier sur les terres de cette colonne de l'armée française qui a massacré les villages entiers, et où lui, qui était résistant, disait « On fait là-bas des ouradours sur glane », et qui en était d'autant plus insurgé que c'était fait avec des balles françaises, il disait. Et je pense qu'il faut le faire. Il faut le faire parce que...
sur les routes du Bagne en Guyane, sur les sites des essais nucléaires en Polynésie française, j'en oublie, du chlordécone aux Antilles.
En tout cas, cette histoire, il faut la regarder en face, parce que sinon, un, on ne peut pas s'adresser au reste du monde, aux pays du Sud, au Brésil, à l'Inde, à l'Indonésie, qui ont vécu aussi de temps de colonisation, si on ne vient pas dire, nous avons balayé devant notre porte, nous ne sommes plus des impérialistes, et on veut parler avec vous d'égal à égal. La deuxième chose, c'est qu'on a, en hexagone... Une diaspora algérienne, marocaine, camerounaise, sénégalaise, ainsi de suite. Si on veut leur dire vous êtes les bienvenus chez nous et on doit construire un avenir commun, il faut que ça se fasse en ayant balayé notre passé. Et la troisième chose, c'est à l'égard des Outre-mer. Comment construire l'avenir si jamais... On n'est pas clair sur notre passé. Alors que finalement, si on ne travaille pas ça, ça continue de nous travailler. Je veux dire, le chlordécone, c'est la poursuite de l'histoire coloniale. Le groupe Bernard Hayotte, c'est la poursuite de l'histoire coloniale. Les enfants de la Creuse à La Réunion, c'est la poursuite de l'histoire coloniale. Donc c'est pas comme si ça appartenait au passé, que c'était dépassé. Il y a des effets sur le président encore aujourd'hui. Ça a des effets. Et le fait qu'on ne permette pas un développement de la Guadeloupe, de la Martinique, et que quelque part, ça soit... une économie sous perfusion. C'est la poursuite d'une histoire coloniale. Donc si on veut sortir de cette histoire-là, il faut l'avoir pleinement regardée en face.
Quel bilan est-ce que vous tirez du double quinquennat d'Emmanuel Macron pour les Outre-mer ?
pense que la situation s'est considérablement aggravée. Alors je regarde ça notamment d'un point de vue social, d'un point de vue économique. Il n'y a pas eu de développement proposé aux Outre-mer. Quand je passe là-bas, je veux dire, moi, une grande question par exemple, c'est la question de l'autonomie alimentaire. Ça doit commencer par là. Je dis pour la France, pas grand pays sans grande industrie et sans une agriculture qui assure notre autonomie. Mais ça doit être vrai aussi pour les Outre-mer. Alors ce que j'ai vu en allant en Guadeloupe ou en Martinique par exemple, c'est... des agriculteurs qui ont souhaité sortir de la canne à sucre ou de la banane, de la monoculture, pour aller vers des légumineuses, pour aller vers le manioc, pour servir le marché local, et qui n'ont pas été appuyés, ni par l'État, qui n'est pas venu créer un marché comme pour la Bretagne, on a créé Rungis et Léal, on a fait des grandes autoroutes, ben voilà, là il n'y a pas eu de logistique qui a été mise, donc ces agriculteurs sont revenus. dans la monoculture, canne à sucre, banane. Et je trouve ça regrettable. Il n'y a pas de vision, il
n'y a pas de stratégie, en tout cas pour les Outre-mer. Il
n'y a pas de question sur comment on fait pour qu'il y ait un développement propre, et donc évidemment avec une industrie, pour moi. La Réunion est par exemple une situation différente, où à peu près la moitié de leur consommation est quand même assurée du local.
Une dernière question, même deux, pour terminer sur cette partie historique, sur votre vision des Outre-mer. La statue de Colbert devant l'Assemblée nationale et même le salon d'honneur de l'Assemblée qui porte le nom du rédacteur du Code Noir, est-ce que ça vous dérange
tout cas, à minima, il faut des explications. Je suis plus pour moi pour de l'information, pour dire voilà ce qu'a été Colbert, voilà ce qu'il a porté dans l'histoire de France, voilà ce qu'il a fait avec le code nègre, le code noir. Donc voilà, ça devrait être à minima, il devrait y avoir ça. Et en tout cas, que la question soit posée, c'est légitime. Donc il y a le passé, mais il y a quand même... Je veux dire, aujourd'hui, ce dont souffrent les Guadeloupéens, les Martiniquais, les Réunionnais, aujourd'hui, très concrètement, c'est la vie chère. Et c'est de ça dont il s'agit de sortir. C'est vrai, pour l'Hexagone, on le voit avec les pompes à essence, mais là, qu'il n'y ait pas de grande interrogation sur la place du groupe Bernard Ayotte, qui est quasiment en situation de monopole, qui se gave avec des prix qui sont en moyenne de 50% supérieurs, qu'on ne sache même pas quelle est la part de transport... Eh bien,
patientez 5 minutes, on va... On va en parler de Bernard Ayotte et de la vie chère promis dans 5 minutes. On reste sur ces questions institutionnelles. D'abord, un mot d'explication. On l'a entendu dans le sonore très rapide dans l'introduction. La Picardie indépendante et socialiste. C'était quoi ? C'était un programme ? C'est une blague d'adolescents ? Non, mais vous savez, c'est plutôt
une blague. Il est évident que quand on est Picardie Independenza, vous savez, c'était les Fatales Picardies. Ils avaient un t-shirt qui imitait le bandeau corse. C'était une betterave. Donc voilà, il est évident qu'il y a là-dedans une grande part d'ironie. C'est une blague d'adolescent. J'entends bien qu'il y a beaucoup moins d'ironie quand il s'agit de la Nouvelle-Calédonie qu'Annaquie.
Justement, je ne sais pas ce que vous pensez de la situation en Nouvelle-Calédonie. Je n'ai pas vu un tweet de votre part depuis 2024, depuis près de deux ans. Alors, les élus calédoniens attendent la présidentielle pour reprendre les discussions institutionnelles. En juin prochain, si vous êtes à l'Elysée, qu'est-ce que vous leur direz
'abord dire que j'étais jeune, j'avais 12 ans, au moment... à la fois des massacres de la grotte d'Ouvéa et des accords de Matignon. Mais c'est un moment dont je me souviens très bien et où je me suis dit finalement il y a une grandeur de la politique. Il y a une grandeur de la politique parce que voilà, on part du sang qui coule, de deux peuples qui se haïssent et on a leurs leaders, Jacques Lafleur, Jean-Marie Tchibahou, qui sont capables. de passer par-dessus ça, passer par-dessus des haines dans leur famille, et de chercher un chemin commun pour dépasser la détestation et construire un avenir. Et là c'est
très compliqué d'unir, de rassembler des non-indépendantistes et des pro-indépendants. Et là ils
l'ont fait. Ils l'ont fait sous la houlette de Michel Rocard à l'époque, et ça a débouché sur des accords de Matignon dont, je rappelle, le préambule, la décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable. Donc il est évident que le chemin doit demeurer celui de la décolonisation. Et comment
on fait le... Je vais commencer à vous presser, mais en tout cas Marine Le Pen qui propose un référendum dans près de 40 ans, Jean-Luc Mélenchon qui propose l'indépendance-association six mois après son élection. Vous, quel est votre... Le
chemin de l'indépendance-association... on convient. Maintenant, il faut qu'il y ait un dialogue qui soit renoué, en local, qu'il y ait de la concertation qui soit établie, il faut que les discussions avancent de ce côté, et sous le regard du peuple français dans son entier, et qui, je dirais, en l'occurrence, a plutôt un rôle de médiateur. On l'a bien vu, les accords de Matignon, il me semble, ont été validés à hauteur de 80% par les Français à l'époque, donc là, il y a plutôt un rôle d'aider à aller vers un chemin commun. Mais pour que ce soit
une demande qui vienne de la... Nouvelle-Calédonie ? Il
faut que la Nouvelle-Calédonie, que ça soit Kanak et Kaldosh, ait, leur mot à dire, évidemment sur ce chemin-là, sur la temporalité, qui ne peut pas être repoussée ad aeternam, et quand les Kanaks disent non, on est en deuil, on ne veut pas de référendum maintenant, c'est non.
Sur la Guyane, qui demande une autonomie élargie depuis très longtemps, la Martinique, qui veut pouvoir mieux s'intégrer dans la région Caraïbe, qu'est-ce que vous leur dites ?
En tout cas, mieux s'intégrer dans la région caraïde, pour moi, ça va de soi. Je veux dire que... Mais les
questions d'autonomie, d'indépendance, ce n'est pas vraiment votre sujet. En tout cas, ça vous met un peu
mal à l'aise. Non, ça ne met pas mal à l'aise. Vous m'avez entendu sur la Calédonie sans difficulté. L'ONU dit qu'il y a aujourd'hui deux territoires français qui sont en situation coloniale. Il s'agit de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie. Et donc, moi, je suis conforme au droit international. Et le droit international dit, voilà, il faut aller vers une décolonisation de ces deux territoires. territoire-là, sans fixer de temporalité immédiate, sans mettre le couteau sous la gorge à quelconque. Maintenant, et même, vous savez, quand je me suis rendu en Corse, je ne veux pas que les questions d'indépendance, d'autonomie, de statut viennent masquer une question qui est celle de l'égalité. de l'égalité, qu'on soit citoyen picard ou citoyen guadeloupéen. Et je pense que, parfois, les questions institutionnelles viennent noyer des choses beaucoup plus concrètes, l'accès à l'eau, l'accès à l'éducation. Vous voyez par exemple... Et par exemple,
sur la Guyane, vous leur direz quoi ? Oui à une autonomie élargie, comme vous le souhaitez ? Il peut y
avoir une discussion sur un chemin où ils ont davantage de marge de manœuvre. Il ne faut pas en faire un tabou, il faut qu'il y ait des discussions de ce côté-là. Mais je pense que... Le grand sujet pour les Guyanais, c'est se vêtir, se loger, se nourrir. Exploiter du pétrole s'il y en a dans leurs eaux pour se développer. C'est éduquer. Je ne suis pas favorable à ce qu'on a eu un dumping, qu'il soit social ou qu'il soit environnemental. Donc, voilà. Donc, je pense que ça reste les grandes questions. Mais vous regardez, là, ce qui se passe... Mais leur donner
la possibilité d'exploiter leur pétrole qui serait dans leurs eaux, comme ils l'avaient demandé au mois de juin.
Je le dis, je ne suis pas favorable à un dumping. Et je pense que le grand sujet, aujourd'hui, de dumping... C'est-à-dire que la loi... Le pétrole, on le laisse là où il est ou est-ce qu'on peut l'utiliser ? La loi française dit qu'on n'ouvre pas des réserves de pétrole. Je ne suis pas pour qu'on revienne sur des normes environnementales ou des normes sociales. S'il faut faire du plus élevé, on le peut. Moi, je pense que si jamais on leur donnait les ressources pour qu'ils puissent vivre correctement, la question du pétrole ne se poserait pas, vous voyez. Et puis par ailleurs, la France, dans sa totalité, doit avoir pour but de sortir... des énergies fossiles. C
'est encore l'absence de stratégie en long terme. Là, on est dans
une grande absence de stratégie. Je vois, quand je passe à La Réunion, le fuel, la bagasse de la canne à sucre, mais enfin, le fuel est la grande source d'énergie. Quelle est la place du solaire ? Quelle est la place de la géothermie ? Ce sont des questions qui doivent se poser.
On va parler de la question économique et du pouvoir d'achat tout de suite. Quel modèle de développement économique pour les Outre-mer ? On va en parler avec votre concept de travaillisme climatique dans un instant. On commence par une question de votre collègue, la députée socialiste de la Martinique, Béatrice Bellet, sur la vie chère.
Monsieur François Ruffin, cher collègue, si tu es président de la République, quelles seront les trois premières mesures, ou les trois mesures prioritaires, que tu mettrais en place pour lutter contre cette réalité qu'est la vie chère dans les pays des océans dits d'Outre-mer ?
Et bien voilà François Ruffin, question concrète, réponse ? Non, je
réponds à Béatrice. D'abord, quel est le constat ? C'est un quasi-monopole, là en Martinique, mais également en Guadeloupe, du groupe Bernard Ayotte, qui se gave pendant que les Martiniquais, les Guadeloupéens sont, eux, en train de se rationner. On a du sucre qui est deux fois plus cher là-bas, on a de l'huile qui est deux fois plus cher là-bas. Et donc, la première chose à faire, c'est un contrôle des prix et des marges. qui existait jusqu'en 1986. Voilà, on savait, grâce à la répression des fraudes, qui se gavait, ou bien, finalement, est-ce que les marges étaient limitées. Donc il faut qu'on sache là, simplement, très concrètement, sur le sucre, qui est-ce qui marge là-dessus ? Comment ça se fait qu'on en arrive à deux fois plus cher ? Et comment ça se fait par
un simple décret ?
De fixer les prix, accorder une marge raisonnable, comme vous dites. Vous savez, c'est un choix qui a été fait dans les années 80, de déréguler tout. Le grand choix que nous faisons, c'est de réguler à nouveau. Donc là, ça veut dire des agents. qui font ce qui est fait en ce moment dans les stations essence, mais on ne se limite pas à l'essence, l'alimentation notamment doit y passer, et qu'on sache finalement quelle est la part de Bernard Ayotte là-dedans. Si elle est faible, on le saura, mais si elle est importante, on dira non, ça c'est la surmarge, ça n'est pas acceptable, c'est la première chose. C'est le
blocage des prix.
Non, ça n'est pas le blocage des prix. Parce que si jamais... Quelle est la
différence ? Parce que le blocage des prix, c'est la proposition de la France Insoumise, c'était la proposition du NFP. Je vous explique, mais sans chercher à prononcer avec
qui que ce soit. Mais je vous dis quelle est la différence. Qu'est-ce qui est mieux avec votre proposition ? Là, on a eu par exemple un grand problème agricole cet été. Il est évident que les prix agricoles vont augmenter. Vous ne pouvez pas demander à l'industrie agroalimentaire de maintenir les mêmes prix. Ça va augmenter. Il va y avoir de l'inflation de ce côté, simplement parce que les rendements agricoles ont diminué. les prix, il n'aurait pas de sens. Mais en revanche, savoir qui marche dessus, qui se fait du gras là-dessus, et dire, voilà, c'est 5%, vous avez le droit de relever les prix de 5%, mais pas plus, ça doit être contrôlé, et aujourd'hui, ça ne l'est pas du tout. Et vous savez, j'ai même envisagé, moi, de faire un merci patron aux Antilles, à propos du groupe Bernay-Rayott, qui m'a dit, bon, voilà, je recommence, j'avais fait... Tout dépendra du
résultat de la présidentielle. J'avais fait Bernard Arnault,
bon, écoutez, j'ai même été un député reporter qui faisait des films... Pourquoi pas un président reporter qui fait des films également ? Autre mesure, toujours en matière de régulation, l'indexation des salaires sur l'inflation. Là, on a une inflation qui est importante, à la fois sur le plan alimentaire et sur l'essence. Les salaires doivent suivre, et ce n'est pas aux salariés de se restreindre sur leur pouvoir d'achat. Et enfin, strictement sur la question du gasoil, qui est quand même une question pour tout le monde, et y compris dans les Outre-mer, le fait qu'on ait une taxe sur les produits pétroliers qui se... On diminue la taxe quand les cours augmentent, de manière à stabiliser, et quand les cours diminuent, on remonte la taxe. Mais qu'on ait une taxe flexible pour pas vivre là avec du gasoil à 2,50€, 3€, etc.
Parlons de votre concept de travaillisme climatique. On avait une question de la présidente du MEDEF de La Réunion. On va la laisser tomber, mais en tout cas je vais la résumer pour vous. Il travaille sur une hypothèse, sur un rapport, c'est « Et si demain, l'île de La Réunion était coupée du monde ? » et donc travailler sur les dépendances. Vous parliez de cette autonomie alimentaire, par exemple. Et quand vous étiez allé à La Réunion, vous disiez, tiens, c'est un endroit qui pourrait servir de laboratoire pour ce travaillisme climatique. En un mot... Une minute, expliquez-moi.
D'abord, nous, on pense que le grand défi à résoudre pour les Français comme pour l'humanité, c'est le climat, qui suppose à peu près tout transformer logement, déplacement, industrie, énergie, etc. Et la Réunion paraît assez propice pour une expérience comme celle-là, sachant qu'ils ont déjà des temps d'avance. Ils ont une architecture, par exemple, vous savez, l'aéroport de Saint-Denis, il n'y a pas de ventilateur, il n'y a pas de climatiseur, c'est juste l'air. Donc ça, il faut qu'on se dise qu'il y a des bonnes idées dans les Outre-mer, il y a des bonnes idées dans les pays du Sud. et que maintenant que ça se réchauffe chez nous, il faut les importer. Mais par exemple, sur la question de l'énergie, je l'ai dit, la Réunion peut-être se poser des questions sur la géothermie, avec la présence de ces volcans, évidemment sur le solaire, sur le fait qu'il faut avoir davantage de souveraineté alimentaire, moins dépendre de l'Hexagone, mais peut-être même à proximité avec Madagascar, avec des terres qui sont plus proches d'elle. Je pense qu'il y a à progresser, peut-être, mais sans donner de leçons, et vu de loin, de ce côté. Et je pense qu'il y a une grande question sur... je le réemploi. le réemploi à la fois de gens, de gens qui sont éloignés du marché du travail classique parce qu'ils n'ont pas les compétences, parce qu'ils sont fatigués, parce que ça les a usés, et le réemploi des matières qui, aujourd'hui, sont très peu recyclées, très peu utilisées. Et je pense que La Réunion, en l'occurrence, et si le MEDEF de La Réunion se pose cette question-là... Travaillons ensemble avec le MEDEF de La Réunion. Mais oui, vous savez, moi, j'ai travaillé avec Sarah Salman, une avocate qui était très anti-salariée au départ et elle a changé, avec Bruno Bonnel, député macroniste, sur les médias... Et il a changé. Donc je suis prêt à avoir une discussion avec le MEDEF de la Réunion. Peut-être un prochain
film avec Katia Oaro, la présidente du MEDEF de la Réunion. Une question sur Mayotte avant de... Il nous restera plus que 5 minutes. Mayotte en approche des 2 ans après le passage du cyclone Chido. Le mois dernier, le Premier ministre a reconnu que la construction est trop lente. Vous comprenez-vous pourquoi l'État n'y arrive pas à Mayotte ? Et qu'est-ce que vous feriez de différent ? Ah écoutez, moi,
en tout cas, je sais ce que je ferai à Mayotte. Je suis revenu, alors il y a une grande question sur l'immigration, qu'il ne s'agit pas de nier, mais on a partout... On me parlait de l'éducation. Pourquoi ? 60% de la population a moins de 25 ans. Mais vous avez chez les cadres malaurés, ils se disent « je mets mes gamins dans le privé, ça me coûte 200 euros par mois, peut-être que je vais les envoyer à Madagascar parce que ici, ça ne va pas. » Là, vous avez une grève dans un lycée, à quoi ? Ça fait trois semaines que les mamans se rassemblent le matin. Pourquoi ? Parce que les gamins, ils ne peuvent pas aller à l'école normalement.
Et vous avez près de 70% des classes qui tournent en rotation, les enfants qui vont à l'école le matin. Est-ce que vous avez une proposition d'engagement ? Le plan
Chido, c'est l'éducation, c'est annexe. Et on dit que ce sera la fin des rotations en 2031. Je pense que la France, le gouvernement français, doit miser, mais alors... très très fortement sur l'éducation, y compris dans les bangas, dans les bidonvilles.
Vous, président à Mayotte, qu'est-ce que vous ferez ? On
met le paquet sur l'éducation. Il faut que Mayotte devienne un gigantesque centre de formation pour que les gens en sortent avec des qualifications et que, possiblement, ensuite, ils puissent venir en hexagone, mais en étant professeur, en étant infirmier, en étant électricien, en étant chauffagiste, vous voyez, en sortant avec des compétences. Or, aujourd'hui, c'est tout le contraire qui est fait plutôt que d'être dans un surinvestissement sur l'éducation à Mayotte. On est dans un complet sous investissement. Et ça, je pense que oui, la France devrait mettre le paquet là-dessus à Mayotte.
Ça va tellement vite. Il nous reste 4 minutes. On va parler de vous et de votre candidature. J'ai trouvé une phrase, j'ai entendu une phrase que vous avez prononcée il y a quelques jours à la fête de l'humanité, je l'ai dit hors contexte, et moi je suis un cancre, je fais ce que je veux. Je l'explique quand même, c'était lors de votre rifina d'une discussion avec votre sœur, et c'était en comparaison avec votre sœur, maître maire de Grenoble et très bonne élève, mais ça donnerait quoi à l'Elysée un cancre qui fait ce qu'il veut
pense que, alors pas de manière isolée et solitaire, mais le temps est à ne plus respecter la grande doxa qui s'est déroulée pendant 40 ans, c'est-à-dire compétitivité, marché, mondialisation, enfin vous voyez, et donc d'essayer des choses nouvelles. Et je vous dis, alors, par exemple, sur Mayotte, je ne le ferai pas tout seul dans mon coin. Je consulterai des enseignants, leurs syndicats. Je ferai des réunions avec les Mahorais, avec les gens des Bangas. Mais je veux dire, voilà, allez, on avance, on met le paquet de ce côté-là. Et alors, voilà. La crancre, ça
veut dire mettre un coup de pied dans le système économique et tout ça, c'est ça.
Mais oui, il faut mettre un coup de pied dans le système économique. Là, aujourd'hui, on voit très bien comment... Les gens qui... travail, qui tiennent le pays debout dans les écoles, dans les usines, dans les bureaux, dans les hôpitaux. Ils sont obligés de se serrer toujours plus la ceinture, de ne plus partir en vacances. Moi, je vois des soignantes dans les EHPAD. qui s'occupent des personnes âgées toute la journée et qui se privent sur leur petit déjeuner, pour qui il n'y aura pas du poney pour leur gamine. Alors ça paraît anecdotique, mais voilà. Donc voilà le pays dans lequel on vit. Il est évident que dans ce temps-là, les 500 fortunes françaises, elles sont passées dans le classement Challenge, qui n'est pas un magazine marxiste, mais de 6% du PIB en 1996, 20% à l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, on a aujourd'hui dépassé les 40%. Donc on voit très bien que... il y en a qui se gavent là-haut, pendant qu'on rationne les autres en bas. Il s'agit simplement de rééquilibrer les plateaux de la balance.
500 familles, vous en êtes où de vos promesses de parrainage ? 500 familles ne me
parrainent
pas. On est aux
alentours de 150, donc voilà, ça avance de ce côté-là, laborieusement, avec du travail de terrain, mais ça ne sera pas ce qui sera bloquant dans ma candidature. Les finances ne seront pas bloquantes dans ma candidature.
Lors du premier tour de la présidentielle en 2022, Jean-Luc Mélenchon a fait 56% en Guadeloupe, 40% la Réunion. Comment vous comptez faire mieux que lui dans les Outre-mer ?
D'abord, je ne prétends pas faire mieux. Il a réussi quelque chose de bien, parce que ça veut dire qu'il a marginalisé. En fait, la réunion... Au fond, qu'est-ce que vous lui reprochez ? Non, non, c'est pas... Je considère qu'il a réussi à trois endroits, d'accord ? Il a réussi chez les plus précaires du pays. Il a réussi dans la jeunesse du pays. Il a réussi dans les Outre-mer. Et c'est très bien. Mais maintenant, c'est comment on réussit ailleurs aussi ? Comment on réussit chez les plus âgés ? Comment on réussit dans les campagnes ? Comment on réussit chez les salariés ? non pas précaires mais modestes. Et si jamais on n'a pas ça, on ne fait pas 51% au deuxième tour de la présidentielle et avec un moment dans lequel on vit où il est possible que ça soit, je n'ai pas jusqu'ici agité la menace de l'extrême droite, mais cette fois-ci elle est bien réelle, Marine Le Pen qui se trouve sur le siège à l'Elysée.
L'an dernier, lors de votre passage en Guadeloupe, vous êtes allé devant le micro de Guadeloupe la première et vous disiez ceci à propos de votre candidature.
Mais je n'ai jamais dit que j'irai tout seul et quoi qu'il en coûte. Non, je dis en revanche que je me prépare.
Alors aujourd'hui, François Ruffin, où est-ce que vous en êtes ? Est-ce que vous vous sentez prêt à devenir l'an prochain président de la République
? Oui, je me prépare. Maintenant, la question du rassemblement, moi j'étais pour une grande primaire de la gauche qui aille de Poutou à Hollande, et qui embrasse tout le monde, qui réunissent, qui rassemblent, qu'on soit forts. Vous souhaitez unir,
rassembler, pour l'instant, vous êtes une candidature de plus.
Je le constate, je le déplore, je vais regarder ce qui se passe du côté de la petite primaire. Bon, donc, on se donne du temps pour voir comment les choses évoluent. absolue dans le petit jeu politique qui, vous l'aurez compris, est parce qu'il me passionne le plus. Je suis bien mieux à pointe à pitre en train de discuter avec des habitants de leurs soucis d'eau que je ne le suis à Paris à discuter avec les partis.
Mais candidat, jusqu'au bout ? Jusqu'à quand
Je ne dis pas moi, j'irai jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte. Vous voyez, je suis fidèle à ce que je racontais. Mais il reste quelques mois. Eh bien, il reste quelques mois pour faire entendre une voix, dire la conscience qu'on a des soucis qu'ont les gens... de la Picardie jusqu'à Mayotte et d'essayer de rassembler ça et de ne pas construire une France qui se déchire.
Et si ça ne marche pas, vous porterez sur un autre candidat ? On verra,
d'accord, pour l'instant je suis là, et je vous dis, je porte ma candidature, et je fais entendre une voix, une voix que j'espère qui est fidèle à celles et ceux qui ont parlé pour moi. Vous voyez, il y a un visage qui me revient de mon passage à Mayotte, Aruna, qui est le président des jeunes agriculteurs de Mayotte, qui a construit des ateliers pour faire du poulet, qui a développé une filière de poulet, qui s'est mis en relation avec des coopératives, qui a monté, voilà, et donc qui... fait de son mieux pour aider son petit pays, sa patrie. Je veux que les Harounas soient aidés, accompagnés, soutenus. Et ça sera ça, le vrai développement des Outre-mer. Ça ne sera pas du Choose France à la Banque de France. Ça, ce
sera le 1er octobre. Non,
mais voilà. Mais ça sera quelles sont les bonnes volontés. Et elles existent. Moi, j'en ai vu partout. Et bien voilà. Voilà. Et s'appuyer dessus, les nourrir.
Le modèle de développement des Outre-mer pour François Ruffin, c'est donc Aruna Amayot. Voilà une image concrète et très précise. Merci François Ruffin d'être passé nous voir face aux Outre-mer.
Un grand merci à vous.
bientôt.