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Les 10 et 17 octobre prochains aura donc lieu la primaire de la gauche. Cinq candidats en lice, vous allez les voir, Raphaël Luxman, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Gage et vous, Emmanuel Morel. Bonjour. Merci d'être notre invité, candidat donc à cette primaire, cofondateur de la gauche républicaine et socialiste. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de Ouest France. Bonjour Stéphane.
Auriane, bonjour. Emmanuel Morel, bonjour.
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Emmanuel Morel, on va évidemment parler de votre programme, de votre mesure. Mais d'abord, pour ceux qui vous connaissent peu, peut-être parmi nos téléspectateurs, pourquoi êtes-vous candidat ? Qu'est-ce que vous souhaitez défendre dans cette primaire ?
Je suis candidat parce que je pense que j'ai une voix singulière à gauche, à la fois sur la France et sur l'Europe. Et donc, je ne suis pas au Parti Socialiste. Je l'ai longtemps été. J'ai été, comme beaucoup d'électeurs, déçu par le quinquennat de Hollande. J'ai créé mon propre parti. J'ai emprunté d'autres chemins. Mais quand même, j'ai le sentiment de l'urgence. avec le risque de la victoire de l'extrême droite, et la famille socialiste, parce que ça reste ma famille pour moi, je pense qu'elle a l'opportunité, à l'occasion de cette primaire, d'avoir une vraie discussion, un vrai débat qui nous permettra d'entraîner les Français, et j'espère d'aller jusqu'au deuxième tour de l'élection présidentielle pour battre Marine Le Pen.
Et de faire entendre ces idées, enfin, j'allais dire, les socialistes, ils ne pèsent aujourd'hui pas assez dans le débat politique ?
ne dirais pas ça. D'abord, il y a un réseau d'élus locaux qui est très dense. Les grandes villes sont dirigées par le Parti socialiste. Mais les idées
du Parti socialiste,
est-ce qu'elles infusent ? D'abord, les idées du Parti socialiste. On a un idéal commun, la République laïque, démocratique, sociale. Et ça, je pense que les Français sont attachés. Quand vous parlez de service public, de protection sociale, de salaire, de défense du monde du travail, les Français entendent ce message. La situation à laquelle on est confronté aujourd'hui, la dureté des temps, le chaos du monde, le réchauffement climatique, des réponses de coopération, des réponses de solidarité. Moi, je pense que ça, ça parle aux gens. Après, évidemment, il faut trouver une incarnation et puis il faut se battre. Il faut se battre parce qu'on est dans un monde très violent et très polarisé où l'extrême droite, notamment, progresse. Regardez ce qui se passait en Allemagne ces deux dernières semaines. Il faut relever la tête. Mais pour ça, il faut proposer un certain nombre de choses. Et moi, ce que je propose prioritairement, c'est le redressement du pays avec un grand plan d'investissement.
On va en parler. On va vous poser quelques questions sur vos propositions. Avant ça, juste pour vous situer, vous avez quitté le Parti Socialiste il y a 7 ans. Vous dites que vous êtes passé par d'autres voies. Vous étiez sur la liste de Manon Aubry, la France insoumise aux européennes. Vous avez été élu député européenne. Aujourd'hui, vous vous situez où ? Et GRS, c'est combien de divisions, combien d'adhérents ? Aujourd'hui, on a 2000
adhérents à jour. J'espère qu'on va en faire rentrer un peu plus à l'occasion de cette primaire. Mais oui, c'est vrai. Comme beaucoup d'électeurs de gauche, je me suis cherché et j'ai cru. Est-ce que vous vous êtes trouvé ? Je me suis trouvé parce que je suis cohérent sur mes positions depuis longtemps. Mais c'est vrai qu'en 2019, d'abord j'avais été un peu écoeuré par la fin du quinquennat Hollande, je dois l'avouer. La déchéance de nationalité, la loi travail, c'était douloureux. Et j'ai cru en plus que Jean-Luc Mélenchon, que je connaissais bien, j'ai cru que ça serait le nouveau François Mitterrand. Vous
êtes revenu de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise aussi ?
C'est surtout lui qui a beaucoup changé. Moi, quand j'étais un jeune militant, Jean-Luc Mélenchon, c'était vraiment le républicain, laïc, universaliste. Il
a
incontestablement changé. En tout cas, il a infléchi son discours. Et en tout cas, ça m'a beaucoup déçu et décontenancé. Donc, je reste dans cette famille socialiste. Et puis, dans cette primaire, on va essayer de faire en sorte que la discussion se passe bien et que les propositions qui émergent intéressent les Français. Mais vous êtes à gauche
? Jean-Luc Mélenchon, pardon. Il est républicain ou pas ? Il est
républicain, il faut lui demander. Oui, quand même, je pense qu'il est attaché à la République. Après, on a plusieurs façons d'être républicain. Vous vous situez clairement à la gauche du Parti socialiste, le plus à gauche du Parti
socialiste.
Il fallait faire le concours du plus à gauche. Mais ce qui est sûr, c'est que moi, je suis attaché à des fondamentaux qui sont au cœur de la gauche. Le partage des pouvoirs, le partage des savoirs et évidemment le partage des richesses.
Allez, justement, on va parler de vos propositions, les mesures que vous prendriez si vous arrivez au pouvoir. La principale préoccupation des Français, à l'heure où on se parle, c'est la hausse des prix du carburant. 2,41 euros en moyenne le litre, c'est un record. Quelles mesures vous prendriez, vous, Président
D'abord, la première chose, c'est que ça va durer. Je pense qu'il ne faut pas mentir aux gens. Ça va durer. Pourquoi ? Parce qu'il y a des guerres. Ce qui est en train de se passer entre les Saoudiens va aggraver le problème, sans compter la guerre en Ukraine, le fait que les États-Unis se tournent vers le Venezuela. Donc ça va durer. Il eut fallu anticiper. Ça n'a pas été le cas. Il fallait électrifier au maximum. On a beaucoup moins de raffinerie qu'avant. Il y en avait 11 aujourd'hui, il y en a 4. Bref, les politiques publiques n'ont pas anticipé le problème. Maintenant, il y a les urgences. Bien sûr, absolument, oui. Enfin là, ça fait quand même 10 ans que M. Macron est là. Donc ce qui est sûr, c'est qu'on ne pourra pas faire des boucliers énergétiques à chaque fois. Bouclier énergétique, la dernière fois, ça a coûté presque 70 milliards d'euros. On ne peut pas le refaire à chaque fois. Donc il y a des mesures d'urgence à faire. Pour moi, au moins faire ce que font certains de nos voisins, c'est-à-dire le plafonnement. On négocie régulièrement avec les distributeurs et les rachideurs. Il n'y a toujours pas aux
taxes, 60% du prix de l'essence du carburant en
France. Le problème, c'est que vous connaissez l'état de nos finances publiques. Donc déjà, c'est compliqué parce que si on baisse la TVA à 5, comme ça a été proposé, c'est presque 15 milliards d'euros. Donc ce n'est pas simple. Et puis surtout, il y avait cette fiscalité ? C'était une politique écologique pour sortir de notre... dépendance au pétrole et aux énergies fossiles. C'était ça, l'idée, quand même. Et moi, je pense qu'il faut garder ça. Il faut électrifier au maximum. Pour autant, là, il y a des mesures d'urgence, notamment pour les gros rouleurs. Et puis, ce qui m'inquiète le plus, c'est la fracture territoriale. Il y a d'un côté des gens qui vivent en métropole, qui, eux, bénéficient d'un réseau de transports collectifs très dense, des transports qui sont parfois gratuits. Et puis, d'autres qui vivent dans des territoires périurbains ou ruraux, là, qui galèrent. Donc, là, il y a des choses à faire. J'ai vu une proposition, là, en arrivant ici. d'un élu du LOT qui s'appelle Rémi Branco sur le pass navigo rural. Très intéressant, ça. Il dit qu'il faut mettre le paquet sur le leasing social pour les voitures électriques. Il faut que l'État investisse. Et moi, je suis pleinement dans cette logique de l'investissement. Après, il y a une chose à faire, par contre, en termes de TVA. Moi, je pense qu'il faut baisser la TVA sur l'électricité, abonnement et consommation. Ça, ça coûte 5 milliards. J'avais déjà fait la proposition lors du dernier budget. Mais au moins... Ça fait gagner du pouvoir d'achat aux Français et puis ça donne une direction. Cette direction, c'est on électrifie. Là, on est dans un moment de crise et un moment de crise, c'est dur pour les gens. Et en même temps, pour un responsable politique, ça doit être l'opportunité pour changer de politique. On ne l'a pas fait avant, c'est maintenant qu'il faut le faire.
Vous souhaitez, parce que vous parlez effectivement de cette fracture, vous avez tout à fait raison, fracture entre la France des métropoles et la France rurale. Est-ce que vous souhaitez un retour des Gilets jaunes ? Est-ce que vous l'encouragez ? Vous appelez les gens à aller sur les rencontres ?
C'est pas un responsable politique de surcroît candidat à la primaire de dire... Fabien Roussel le fait à longueur de journée. Fabien, avec son tempérament et avec son enthousiasme, c'est vrai. Moi, si il y a un mouvement des gilets jaunes... Je leur parlerai comme je l'ai fait la dernière fois et j'écouterai leurs revendications. Et d'ailleurs, je pense que les choses auraient beaucoup changé si on avait lu les cahiers de doléances et si on en avait tiré un certain nombre de conclusions. Parce que cette fracture territoriale qui défigure notre pays quand même, elle était présente dans les cahiers de doléances. Et il y avait plein de propositions, elles n'ont pas été prises en compte. Ça c'est une des grandes fautes de M. Macron. Donc je ne suis pas là pour souhaiter un mouvement des Gilets jaunes, mais s'il est là, il faudra l'accompagner, il faudra discuter, il faudra échanger, il faudra surtout… donner un débouché politique. Parce qu'encore une fois, la colère, elle s'exprime, mais le rôle d'un élu et d'un candidat, c'est de donner un espoir et une direction à partir de son colère et ses inquiétudes. débouché politique, c'est qu'on change de système. À la fois, je vous le disais, pour redresser le pays, il faut investir massivement. Et moi, au cœur de mon programme, il y a l'idée d'un grand emprunt national pour décarboner, réussir la transition écologique et justement réduire la fracture territoriale, ce dont je parlais à l'instant. Et puis aussi la défense du monde du travail. Aujourd'hui, on a des salariés du public. Du public. comme du privé, qui ont été malmenés depuis des années, avec des salaires qui stagnent, avec un droit du travail qui a été quand même entamé par les ordonnances Macron, par les lois El Khomri, ça, ça doit changer prioritairement et d'urgence.
– Changer de système, votre programme, c'est démondialiser, démarchandiser, démocratiser. Démondialiser, c'était la proposition phare d'Arnaud Montebourg il y a 15 ans, ça n'a pas formidablement bien marché, mais c'est surtout que c'est une idée qui a été beaucoup reprise par l'extrême droite, par Marine Le Pen aujourd'hui. Est-ce que la gauche... n'a pas abandonné cette idée de protection, de protectionnisme, en fait, sur la démondialisation. – Écoutez, en ce qui me concerne, j'ai jamais
abandonné, j'ai été 10 ans élu au Parlement européen. Dès que je suis arrivé en 2014, la première chose que j'ai dite à la vice-présidente de la commission, qui était chargée du commerce international, c'est qu'il fallait mettre des protections, notamment par rapport à l'industrie chinoise, qui était déjà en train de bouffer des pans entiers de notre appareil productif. – Vous l'avez dit avant les autres. Je l'ai dit au même moment que Montebourg, parce que de ce point-là, il avait totalement raison. Et aujourd'hui... Ce n'est pas l'extrême droite. La plupart des dirigeants politiques, que ce soit en privé ou en public, disent que ça ne peut pas continuer comme ça. Il faut relocaliser. Il y a un consensus sur le sujet ? Non, il n'y a pas de consensus encore. Vous avez une partie de l'élite économico-administrative qui a du mal à se faire à l'idée qu'il faille relocaliser massivement. Et puis il y en a certains. J'ai vu un économiste prestigieux l'autre fois à la télévision qui disait que ça ne sert à rien des usines, ça ne sert à rien de paracétamol, il faut miser à fond sur les biotech. Mais en fait, il ne faut pas opposer les deux. Moi, je pense qu'il faut fabriquer du paracétamol en France. On a longtemps été un leader pharmaceutique. Ça n'empêche pas d'être leader sur les biotech. D'ailleurs, dans le cadre de France 2030, que, hélas, le gouvernement s'apprête à sacrifier encore, à baisser un certain nombre de milliards, la France est très bonne sur les biotech. Elle concurrence les Américains. Donc, ce que je veux dire par là, c'est que la démondialisation, aujourd'hui, ça devient une nécessité parce qu'il faut sortir de nos dépendances. On en parlait sur les carburants. totalement drogué au pétrole et au gaz. Il ne faut plus être addict et donc il faut changer. Et nous, on a de la chance. On a une électricité décarbonée, très bonne qualité et pas chère en France grâce au nucléaire. Ça, c'est quand même un sacré avantage comparatif. Mais ça vaut pour plein d'autres choses. Mais donc, c'était une
erreur de pousser à fermer les réacteurs. C'est ce qu'a fait la gauche. Mais
évidemment, je suis totalement d'accord avec vous. Mais moi, je suis pour qu'on continue dans le nucléaire. Il n'y a pas que le nucléaire. On a l'hydroélectrique, on a les renouvelables. Donc
vous, président, il n'y a plus de fermeture de réacteurs
Moi, président, surtout il y a de l'investissement dans des nouveaux réacteurs. Et il y a un certain nombre de projets qui sont notamment à l'étude à EDF, qui peuvent, oui, nous permettre... de sortir de cette dépendance et puis de redevenir un grand pays industriel. Parce que c'est un drame aussi de voir ces usines qui ferment, ces industries. La France a été quand même un champion. Un champion avec un appareil de production formidable, des travailleurs bien formés. Ça fait partie du projet.
parliez des milliards. Sébastien Lecornu a dévoilé les premières lignes du budget 2027. 54 milliards d'économies. Vous allez vous prononcer dessus dans quelques semaines. En l'état, que voterez-vous
Là, je ne peux pas voter pour ça. D'ailleurs, c'est vraiment troublant de voir à quel point le gouvernement, alors même qu'il voit ce qui se passe sur le terrain, il continue dans une forme d'indifférence au sort des gens qui est préoccupante.
Il voit aussi peut-être le compteur de la dette tournée.
– Oui, mais attendez, le compteur de la dette, il en est en partie responsable. S'ils n'avaient pas baissé la fiscalité à ce point, notamment sur les plus riches ou sur les grandes entreprises, on n'en serait pas là quand même. Quand vous commencez par supprimer la taxe d'habitation, supprimer l'ISF, supprimer une grande partie de la CVAE, vous n'étonnez pas après qu'il y ait un trou dans la caisse. Mais surtout là, franchement, on ne peut pas rentrer compte tenu de la crise, vraiment de la prégnance de l'urgence sociale. Dire on gèle les APL, on va désindexer un certain nombre de retraites, on continue le gèle du point d'asie des fonctionnaires. Il faudrait qu'il y ait un débat dans ce pays sur la fonction publique. Aujourd'hui, la baisse de pouvoir d'achat pour un fonctionnaire, c'est 16% par rapport au prix de l'alimentation qu'on manque de 25. Ça, ça ne peut pas durer. Bref, il y a toute une série de mesures. Sans parler de, par exemple, le budget travail-emploi. J'en suis rapporteur à l'Assemblée nationale, en commission des finances, qui baisse chaque année 2 milliards. Alors qu'on parle de... formation professionnelle, d'apprentissage, d'insertion économique. Ça, c'est des mesures que je ne peux pas supporter. Et à l'inverse, vous avez le président Macron qui a dit par contre, pour ce qui est des plus fortunés, on ne touche rien, voire même on baisse. Vous avez vu qu'on baisse la surtaxe de l'impôt sur les sociétés qui avait été votée l'année dernière. En l'État, ce n'est évidemment pas votable. Mais surtout, ce n'est pas bon pour le pays. Si on veut relancer un peu l'activité, si on veut redonner confiance aux Français dans une période pleine d'inquiétudes et d'incertitudes, il ne faut pas faire un budget pareil. Ce n'est
pas bon pour le pays, ce n'est pas votable. Mais est-ce que vous iriez jusqu'à voter la censure du gouvernement ? Je ne déclare pas la censure a priori. Il y en a qui le font. – Oui, ben c'est pas mon cas. – Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure, enfin il y a... –
Moi je pense que ce qui est important c'est le débat budgétaire, et puis d'arriver à faire passer des choses. Ça arrive, regardez, l'année dernière, à l'issue d'un débat qui était un peu costaud, on avait fait passer le CRUS, les restaurants universitaires, à 1 euro. Les gens pensaient que c'était cosmétique. Aujourd'hui... En tenue de la pauvreté, en plus, en milieu étudiant, non seulement c'est un énorme succès, si j'ose dire, c'est-à-dire qu'il y a vraiment des queues interminables devant les restaurants universitaires, mais en plus, le gouvernement lui-même reconnaît qu'il va falloir augmenter parce qu'il y a un besoin. À partir des besoins, ça, ça me paraît fondamental.
allez faire entendre vos idées. Dans cette primaire, il y aura des débats. Est-ce que cette primaire, c'est un référendum anti-Mélenchon
pourquoi ? Est-ce
qu'il y a deux lignes ? Il y a la ligne de ceux qui sont contre LFI et la ligne de ceux qui prononcent ? Je
crois que la première des choses, c'est arrêter de dire qu'on est la gauche non-mélenchoniste ou anti-mélenchoniste. On ne se positionne pas par rapport à quelqu'un, on se positionne par rapport à nous-mêmes. On se définit de façon autonome. Quand François Mitterrand, je prends cet exemple pour les plus anciens d'entre nous, il devient secrétaire national du parti après le Congrès d'Épinay, il ne dit pas comment on se positionne par rapport aux communistes, comment on se positionne par rapport à l'extrême-gauche. À l'époque, l'extrême-gauche était puissante. Il dit, c'est quoi être socialiste aujourd'hui ? Quel est le projet ? Quel est le dessin ? C'est exactement ce qu'il faut qu'on fasse. Donc on n'a pas à se positionner par rapport aux autres. C'est quoi être socialiste aujourd'hui ? En quoi être socialiste, c'est pertinent dans la période actuelle, et moi je le crois, quand on est confronté au chaos du monde, aux guerres, mais aussi au réchauffement climatique, à l'extinction de la diversité, à l'explosion des inégalités, il faut un grand projet. C'est pour ça que moi je dis démondialiser, démocratiser, démarchandiser, parce que je pense que sortir de la société du tout marché... du tout jetable, cette montagne de déchets. Il faut un autre système, un autre modèle de développement. Et moi, c'est ce que je vais porter avec passion dans cette primaire. Et pourquoi vous présentez
la primaire ? Vous pensez que vous pouvez vraiment la gagner ? Ou alors, vous avez un certain nombre d'idées fortes à faire entendre ? C'est les deux. D'abord, porter des idées,
c'est noble.
Mais vous pensez que vous pouvez gagner
? Vous savez... Je ne sais pas moi ce que voteront les militants, si ça va au-delà des militants. Parce que là, on a une base de départ, c'est les adhérents des trois partis qu'organise la primaire. Mais si les débats sont intéressants... PS, place publique et le vôtre. Voilà, PS, place publique et la gauche républicaine et socialiste. Si ça intéresse les gens, si les débats sont suivis avec passion, s'il y a des propositions intéressantes, s'il y a beaucoup plus de votants que prévus, tout est incertain. Vous êtes
confiant sur le bon déroulé de cette primaire ? Sur le fait que le vote se déroule de manière transparente
? Ah, le vote, oui. Je peux vous dire, on a une batterie d'experts comptables et d'huissiers de justice qui vont vérifier le déroulement des votes. Donc ça, il n'y a pas de problème. En plus, il faut être très vigilant parce qu'il y a tous les problèmes de cybersécurité, d'ingérence, tout ça. Donc là-dessus, on est complètement d'équerre. Après, le bon déroulement entre les candidats, vous voulez dire ? Oui, c'est ma
question d'après. Quand vous entendez hier, c'est Golan Royal qui dit Raphaël Glucksmann, c'est un stagiaire en politique.
Son entrée en campagne, c'est ça. Ça vous fait un peu sourire quand même. Ce qui me fait sourire, c'est Ségolène Royal. C'est le côté flingueuse. Elle va rentrer dans le débat comme ça. Je ne suis pas sûr que l'horizon d'attente des gens qui vont voter, c'est juste qu'on s'envoie quelques claques ou qu'on sorte des punchlines. En fait, je pense que c'est ça. Sortir des punchlines et faire des vraies propositions qui intéressent les gens, qui les soulagent dans leur vie quotidienne, tout en ayant un... Parce que ce n'est pas que des mesures d'urgence. Une campagne de primaire, c'est aussi... C'est quoi notre modèle de société ? C'est quoi le nouveau modèle de développement ? Il n'y aura pas d'invectif de votre part ? Absolument pas.
C'est un stagiaire pour vous ? Je vais vous dire...
Non mais surtout, il y a une bonne raison à cela. Moi, j'ai participé à des primaires comme militant ou comme responsable. J'avais soutenu Martine Aubry, par exemple, en 2011. J'ai soutenu Arnaud Montebourg aussi la dernière fois. Si vous vous tapez dessus et si vous affaiblissez celui qui va gagner, après, il faut ramer derrière pour expliquer que ce que vous avez dit avant, finalement, n'est plus vrai. Vous soutiendrez
celui qui va gagner ? Si vous ne remportez pas la première, vous soutiendrez celui qui va gagner ? C'est un
peu l'idée. Ça n'a
pas été fait la dernière première sociale. Justement,
le sort qui avait été fait à Benoît Hamon était vraiment dégueulasse. C'est-à-dire qu'à un moment... Il a été lâché notamment
par Manuel Valls ? Il a été
lâché par beaucoup de gens, à commencer par Manuel Valls. Et je pense que ça a été un moment de basculement dans l'élection. Donc évidemment, si vous présentez une élection, il faut en respecter les règles. Les règles, c'est qu'il y aura un gagnant ou une gagnante et qu'il faudra le soutenir. Ben, je le ferai. Puis alors franchement, sans problème.
Mais c'est Raphaël Glucksmann.
Mais qui que ce soit, je veux dire, à partir du moment où on participe à une compétition, on accepte le verdict quand les gens votent. Vous disiez tout à l'heure,
vous êtes à la gauche du bloc, Raphaël Glucksmann est à la droite du bloc, s'il gagne, vous le soutiendrez sans réserve, ça c'est promis.
J'espère qu'on est tous de gauche déjà, c'est un peu le principe. Après, il y a différentes nuances de gauche. De toute façon, il y a 50 nuances de gauche dans le pays. Ce qui compte, c'est de faire en sorte qu'en dépit de ces nuances, on arrive à faire du compromis politique. Moi, j'ai une
autre question qui pique un peu. Imaginons, vous gagnez la primaire. C'est vous qui êtes le candidat pour la gauche sociale démocrate. Ça n'a pas l'air de vous faire rêver. Non, non, mais ce n'est pas la question. Ma question, elle est beaucoup plus pernicieuse. Est-ce qu'il y a une chance qu'Emmanuel Morel se désiste avant la présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon, en disant qu'on a besoin d'un seul candidat ? Compte tenu de vos proximités passées avec la France, votre position
? Non, mais ça ne se pose pas comme ça. Ce qui m'obsède dans la période, c'est que la gauche... Le problème, ce n'est pas le nombre de candidats. Le problème, c'est que pour l'instant, la gauche tout mouillée, c'est 30%. Pour gagner, il faut 50%. Donc de toute façon, il faut s'adresser à des gens, soit qui nous ont tourné le dos parce qu'ils ont été déçus par nous, notamment quand la gauche était au pouvoir, soit qui ont voté ailleurs et qui doivent revenir vers nous. Donc la question, encore une fois, il y aura un candidat socialiste comme il y aura un candidat insoumis, ça c'est sûr. La question, c'est comment on fait pour élargir le socle de la gauche, comment on retrouve les classes populaires qui, quand même, nous font défaut. On parlait notamment dans les territoires. ruraux et périurbains, c'est ça qui est intéressant et c'est ça qui doit nous obséder.
Comment on fait pour qu'il n'y ait pas 4, 5 candidats de gauche ? sur la ligne de départ. Je ne sais pas si vous avez vu, mais il y a eu un conseil fédéral hier chez les écologistes qui devait se mettre d'accord sur quelle stratégie. Ils se sont compieusement engueulés et en fait, ils n'arrivent pas à trancher. On pourrait très bien avoir un Jean-Luc Mélenchon, un Emmanuel Morel, un Fabien Roussel, une Marine Tondelier et d'autres sur la ligne de départ. Peut-être un
François Hollande.
C'est l'assurance d'être balayé, exactement, et c'est l'assurance d'en avoir aucun au second tour.
Je viens de vous répondre, je ne crois pas. Je crois qu'en fait, la question du nombre de candidats, ce n'est pas le plus important. Le plus important, c'est la capacité. de la gauche à rassembler au-delà de ce qu'elle a fait jusqu'à maintenant. Le nombre de candidats, ça a
son importance.
Ça vous a éliminé
en 2002, par exemple.
En 2002, il y a eu plein d'autres raisons qui nous ont éliminés. Déjà, le fait d'avoir sous-estimé la progression du vote RN dans un certain nombre de territoires ouvriers où la gauche était jadis hégémonique et où elle ne l'était plus. On parlait de démondialisation, mais c'est ça aussi. Les effets de la désindustrialisation, les effets des délocalisations, du dumping social, concrètement, ça affecte la vie des gens. Si la gauche ne s'en rend pas compte et si elle ne trouve pas des réponses, après, elle est punie électoralement. Donc, c'est ça le plus intéressant et c'est là-dessus qu'on va se battre.
Merci Emmanuel Morel. Merci à vous et bonne journée.