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-Alexandre, madame la ministre, chère Agnès, mesdames et messieurs les parlementaires, les parlementaires européens, mesdames et messieurs les élus, monsieur le président exécutif de Latitude, cher Stanislas Maximin, monsieur le directeur général de Latitude, cher Philippe Tria, que je remercie tous deux de nous accueillir dans vos locaux avec toutes vos équipes pour nous présenter vos projets qui sont réjouissants et enthousiasmants. Mesdames et messieurs, s'engager en politique, ce n'est pas seulement vouloir gérer ou ajuster le présent. S'engager en politique, c'est porter une vision, c'est rêver pour son pays. Et je me suis engagé en politique parce que je crois qu'il y a des projets qui nous dépassent, parce que nous sommes traversés par des idées et qui nous incombent de leur donner une réalité. Alors aujourd'hui, je veux réveiller le rêve européen. Parce que je crois que le moment appelle, pour la France et pour l'Europe, un pas supplémentaire sur le fil de leur histoire. Le plus grand danger qui menace l'Europe est la lassitude. Cet avertissement, c'est le philosophe Husserl qui le prononce à Vienne. Nous sommes en 1935, les totalitarismes déferlent sur l'Europe, mais face à la menace... et à une guerre inévitable, c'est bien la lassitude que dénonce Husserl. La lassitude de défendre la liberté, la démocratie, l'humanisme, toutes les valeurs qui font pourtant le creuset de l'histoire de l'Europe. Je crois que cette lassitude nous menace à nouveau. Elle se reconnaît à des phrases que l'on entend chaque jour. Les Américains seraient trop puissants. Les Chinois auraient trop d'avance, les Européens seraient trop en retard, l'Union européenne décidément trop complexe et la France trop petite pour changer quoi que ce soit au cours de l'histoire. A force, nous finissons par douter, douter de notre avenir, douter de nous-mêmes et accepter avec fatalisme les augures des déclinistes professionnels. Il faut en finir avec ce doute français et européen. C'est pour cela que je suis candidat, pour rassembler toutes celles et ceux qui refusent de renoncer, pour réunir toutes celles et ceux qui croient dans notre avenir, qui croient encore que la politique commence par le rêve, qui savent que nos plus belles pages sont encore devant nous et n'ont en rien renoncé à notre ambition de puissance et à nos rêves de grandeur. Parce que je n'imagine la France que grande. Et l'Europe, que forte. Je suis candidat parce que nous avons toutes les cartes en main pour réussir. Moi, je crois en nous. Je crois en la France, en l'Europe, en notre talent, en nos ressources, en notre ingéniosité. Je crois dans notre avenir. Nous sommes le continent de l'imprimerie et du téléphone. du vaccin et de la machine à vapeur. Nous sommes le continent de la voiture, de la photographie, du cinéma. Chaque jour encore, partout à travers l'Europe, des femmes et des hommes travaillent, recherchent, innovent. Méfions-nous de ceux qui caricaturent l'optimisme. Ils font en général recette du déclin. Nous avons dessiné le monde, nous l'avons changé, et ce n'est pas prêt de s'arrêter. Nous avons toutes les forces pour réussir, mais pour cela, Il faut regarder le monde tel qu'il est. Il faut regarder l'Europe telle qu'elle va. Hier, Ursula von der Leyen dressait un bilan du fonctionnement de l'Union. Je crois que ce bilan a occulté nos difficultés les plus fondamentales. La surchauffe normative de l'Europe, son incapacité à mettre en œuvre le rapport Draghi où pourtant tout est écrit, les humiliations que l'Europe a subies ces dernières années face aux États-Unis, à la Chine ou à la Russie. C'est trop tard, trop peu, alors qu'il faut aller plus vite, plus loin. Réveillons-nous. Réveillons-nous et regardons les choses en face. La France et l'Europe sont attaqués. Nos rivaux ont une volonté, une stratégie, des moyens. Ils comptent sur nos divisions, ils comptent sur notre découragement. La grammaire de la géopolitique a changé. Nous étions habitués au monde des États-nations. Nous vivons aujourd'hui dans celui des continents puissances. La Russie, d'abord, attaque notre sécurité. Dirigée d'une main de fer par un pouvoir qui exègue notre modèle démocratique, nos valeurs progressistes, elle poursuit sa guerre sans merci contre l'Ukraine, bombarde ses villes, frappe ses infrastructures civiles, cherche à briser ce peuple qui a choisi d'être libre, avec comme objectif clair de menacer le continent européen tout entier. Ces drones menacent maintenant même jusqu'aux abords de l'Union européenne. Ces ingérences et ces cyberattaques cherchent à désorganiser nos sociétés et nos élections. La Chine, ensuite, mène une attaque en règle contre notre économie et notre industrie. Elle a décidé de faire payer aux Européens leur arrogance passée. Pendant des décennies, l'Europe a transféré des technologies vers la Chine. délocalisées des productions, avec la conviction confortable qu'elles conserveraient toujours l'invention et que la Chine se contenterait de la fabrication. Cette condescendance nous a coûté cher. Les Chinois ont formé, investi, appris. Aujourd'hui, dans pratiquement tous les secteurs, ils nous ont dépassés. Et maintenant, la Chine passe à l'attaque. Leur surproduction industrielle inonde notre marché et mette nos entreprises en faillite. Aujourd'hui, une entreprise chinoise sur quatre exporte vers l'Europe à perte, subventionnée par l'Etat chinois. C'est une stratégie délibérée pour que nos industries soient incapables de rivaliser et pour les couler. Ce ne sont pas des mots, ce n'est pas un avenir craint. C'est d'ores et déjà notre quotidien. Chaque jour, l'Europe a un déficit commercial d'un milliard d'euros vis-à-vis de la Chine. Un milliard d'euros par jour. Ils ont réussi avec le textile, ils sont en train de réussir avec l'automobile, ils veulent réussir avec la chimie qui est pourtant au fondement de toute notre industrie. Et ce n'est pas tout. Leurs algorithmes font défiler des millions d'heures de contenu devant les yeux de nos enfants sans que nous ayons le moindre contrôle et avec pour objectif assumé d'attaquer leur intelligence cognitive, de stimuler leurs addictions, voire, dans certains cas tragiques, leurs troubles mentaux. Là aussi, la stratégie est délibérée. Ils ont compris que s'attaquer à l'intelligence de notre jeunesse, c'était s'attaquer à l'avenir de l'Europe. Je ne veux pas livrer nos enfants à des algorithmes chinois dont ils protègent eux-mêmes leurs propres enfants. Les États-Unis, enfin, nous défient eux aussi. Une guerre commerciale. Un chantage à la défense permanent. Nos entreprises soumises aux droits américains partout dans le monde au risque de se voir couper l'accès au dollar. Notre économie dépendante de modèles d'IA dont nous ne maîtrisons rien. Autant d'attaques qui ne sont que les leviers de la guerre réelle que nous ont déclarés les dirigeants actuels. Une guerre culturelle contre nos valeurs. Les menaces de Donald Trump contre un rapprochement entre l'Europe et le Canada aujourd'hui en sont encore une preuve flagrante. L'Europe... reste marqué par le discours du vice-président des Etats-Unis à Munich en février 2025. Il venait mener un réquisitoire contre les démocraties européennes. Il venait remettre en cause notre capacité à exister et à décider librement. Et cinq mois plus tard, même rengaine, même renoncement. Lorsqu'a été accepté sans rechigner un accord commercial imposé par les Etats-Unis qui a sacrifié les intérêts de l'Europe, là encore, pour éviter de froisser les Américains. Et quel contraste ? Quel contraste alors que l'Europe reçoit le Premier ministre canadien aujourd'hui même ? Quel contraste entre l'obstination de Marc Carnet à défendre son peuple et refuser de se plier devant les Etats-Unis et ce que nous avons dû accepter en juillet 2025 ? Mais au-delà de cet accord, il faut comprendre la réalité. Avec les États-Unis, la servilité ne paye jamais. Les États-Unis tels que nous les avons connus il y a malheureusement fort longtemps n'existent plus. Les successeurs de Donald Trump seront peut-être plus polis, moins brutaux. Mais l'Amérique d'abord, c'est l'Amérique contre nous. Donald Trump ne fait qu'accélérer un mouvement qui a été entamé depuis des années. Nous sommes plus seuls qu'avant. Cela peut être une faiblesse si nous avançons en ordre dispersé, mais cela peut être une force immense si nous assumons notre puissance. A chaque fois qu'elle a assumé sa puissance, l'Europe a réussi. L'Union européenne a accompli des succès considérables. La paix, la PAC, le marché unique, l'euro sont des réussites politiques, économiques et historiques incontestables. Le décrochage massif du Royaume-Uni après le Brexit en est une autre preuve. L'Europe nous renforce. Encore ces dernières années, chaque fois que l'Europe a été en crise, elle a su trouver les ressources de son renouveau. Après la crise de 2008 et celle des dettes souveraines, elle a su développer une politique monétaire et bancaire autonome des Etats-Unis. Pendant la crise du Covid, elle a développé une stratégie vaccinale qui a permis de protéger l'ensemble des citoyens européens. Acculée par la perspective d'une récession, elle a émis pour la première fois des titres de dette communes pour financer sa relance. Menacée par l'armée russe à ses frontières, elle a affirmé son soutien indéfectible à l'Ukraine et en est aujourd'hui le principal soutien. Provoquée par Donald Trump, qui menaçait d'envahir le Groenland, elle a d'une seule voix dit non au président américain lors du forum de Davos. D'ailleurs, ce non... a pris le visage d'un homme à qui l'Europe doit beaucoup et le son d'une formule qui a marqué les esprits. Oui, j'affirme ici clairement ce que l'Europe doit à la vision portée par le président de la République, Emmanuel Macron. Oui, grâce à l'action d'Emmanuel Macron, l'Union européenne a su faire sa propre introspection et évoluer sur des sujets décisifs. Parler de souveraineté européenne, d'intérêts stratégiques européens, de commandes publiques européennes, de défenses européennes, de mécanismes carbone aux frontières. Tout cela n'est plus tabou en Europe. Tout cela, nous le devons au président Macron qui a su s'imposer comme le principal leader européen ces dernières années. Alors, face à une Europe capable de faire, tous les continents puissances ont bien compris que la division de l'Europe était leur assurance vie. Ils ont fait du proverbe diviser pour mieux régner la maxime de leur politique à l'égard de l'Union européenne. Pourquoi pensez-vous qu'Elon Musk exalte dans chacun de ses tweets le nationalisme européen ? Parce qu'il sait pertinemment que si nous sommes divisés, ils resteront maîtres. À ses rivaux, à ses adversaires qui ne prennent même plus la peine d'avancer masqués, s'ajoute une menace qui n'a ni capital ni drapeau, le dérèglement climatique. Il brûle nos forêts, assèche nos terres, fissure les murs de nos maisons. Il est devenu le quotidien d'agriculteurs qui perdent leurs récoltes, de villages privés d'eau, de personnes âgées qui étouffent dans leurs appartements. Depuis bien longtemps, le dérèglement climatique n'est plus une perspective lointaine. C'est une épreuve qui exige de nous des décisions à la hauteur. L'actualité, en ce moment même, montre combien l'Europe n'a pas d'autre choix que la force et l'unité face au continent puissance et face au dérèglement climatique. Depuis le 28 février, les États-Unis mènent une guerre contre l'Iran. Ils l'ont décidé seuls. En représailles, Téhéran a fermé le détroit d'Ormuz par où transitent un cinquième du pétrole et du gaz de la planète. Six mois plus tard, il est toujours fermé. Regardons ce que cela nous coûte, ce que cela coûte à chaque Européen, à chaque Français. Le prix du gaz augmente pour la deuxième fois en deux mois. Les prix à la pompe montent semaine après semaine, mettant au pied du mur la France qui travaille. Dans certaines stations, les prix frôlent, voire dépassent déjà les 2,50 euros le litre. Et la perspective d'une essence à 3 euros devient crédible. Quant à notre économie, elle est lestée par cette guerre décidée seule par les Etats-Unis. Notre prévision de croissance vient d'être abaissée de moitié, à 0,4% à peine. Et pour l'expliquer, l'INSEE cite explicitement la fermeture du Détroit. Alors comprenons bien ce qui se joue. Washington n'a évidemment pas pensé au prix de l'essence dans les stations-services françaises avant de frapper. Pourquoi l'aurait-il fait ? Un continent puissant agit selon ses intérêts. C'est même à cela qu'on le reconnaît. Les Etats-Unis sont aujourd'hui exportateurs nets d'énergie. Nous, nous importons 97% de notre pétrole. Les intérêts européens et américains ne sont plus alignés depuis bien longtemps et nous sommes les seuls à ne pas en avoir encore tiré les conséquences. Car face à cette guerre sans cap qui semble s'éterniser, quelle voie portons-nous ? Aucune ou si faible. Aucun dirigeant européen seul ne pèsera assez pour obtenir la fin de cette guerre. Ni le président français, ni le chancelier allemand, aucun. Car si les prix du carburant explosent, C'est parce que Donald Trump, l'allié de Marine Le Pen, s'est engagé dans une guerre sans fin au Moyen-Orient. De la même manière qu'en 2022, les prix du gaz avaient explosé parce que Vladimir Poutine, autre allié de Madame Le Pen, avait lui engagé une guerre sans fin contre l'Ukraine. Voter Le Pen, c'est soutenir Trump. Voter Le Pen, c'est favoriser Poutine. C'est soutenir ceux qui allument des conflits dont nous payons chèrement la facture. Pendant ce temps, la facture arrive chez nous et avec elle, la colère, cette colère que nous connaissons, celle qui monte lorsqu'il faut faire le choix entre un plein d'essence et faire 20 euros par 20 euros. Face à la crise, il faut gérer l'urgence, aider ceux qui travaillent et il faut préparer l'avenir aussi. Ne nous contentons pas du court terme. Une campagne présidentielle, c'est le moment de regarder plus loin. Face à ces dangers qui menacent l'Europe, elle doit faire un choix fort, le choix de l'unité, le choix de la puissance. Parce que la puissance, c'est la prospérité. Et la prospérité, c'est le pouvoir d'achat. Il n'y a qu'au sein d'une Europe unie et puissante que nous bâtirons les conditions de notre indépendance énergétique et de l'électrification de nos modes de vie. Le seul chemin pour une augmentation massive des salaires, c'est l'innovation et donc c'est l'Europe. Et pour cela, l'unité et la puissance à l'échelle européenne. Ce n'est qu'à sept conditions que nous parviendrons à être plus innovants, plus productifs. Regardez les États-Unis. Ce sont les familles américaines qui bénéficient en premier lieu de la rente de leur puissance. Un ménage sur deux aux États-Unis touche plus de 7 290 dollars par mois. Le taux de pauvreté est au plus bas historique quand chez nous, les salaires stagnent. Nous pouvons et nous devons suivre le même chemin. L'augmentation du carburant liée à une crise s'encaisse plus facilement dans un pays où les salaires augmentent et où les salaires sont plus élevés. Et si les salaires augmentent et ils sont plus élevés aux Etats-Unis, c'est parce qu'ils ont plus d'investissements, plus d'innovations et un plus grand marché. Et bien c'est possible d'avoir en France, grâce à l'Europe, plus d'investissements, plus d'innovations et un plus grand marché. Nous pouvons et nous devons suivre le même chemin. La puissance, ce n'est donc pas abstrait, c'est la prospérité. Face à ces crises, face à ces défis, l'Europe n'est aujourd'hui pas suffisamment à la hauteur. Face à la force, nous montrons le visage la dispersion. Aujourd'hui, l'Europe est fragmentée, divisée. Elle avance avec des boulets qu'elle s'est elle-même attachée aux pieds. Nous avons un marché commun, mais des entreprises qui doivent encore franchir un parcours d'obstacles pour passer d'un pays à l'autre. Nous avons une monnaie commune, mais des circuits de financement qui restent fragmentés. Nous avons une politique commerciale commune. mais qui fait trop souvent passer les intérêts étrangers avant les intérêts européens. Nous avons des intérêts industriels communs, mais des États qui continuent à se faire concurrence. Les autres puissances, elles n'ont même pas besoin de nous diviser sur tous les sujets. Sur la plupart, nous faisons le travail à leur place. La fragmentation économique de l'Europe, c'est comme si nous mettions entre nos pays européens l'équivalent de 45% de droits de douane sur les biens et 110% sur les services. Nous nous taxons nous-mêmes bien plus que ce que les Etats-Unis menacent de nous taxer. Nous nous handicapons nous-mêmes. C'est le cœur du problème. Cette division, cette fragmentation, c'est la principale entrave à notre prospérité et à notre puissance. Et je le dis avec force. L'Europe actuelle à 27 a atteint ses limites. Nous ne pourrons pas aller plus loin dans le système actuel. Nous ne pourrons pas peser si nous voulons tout conserver à l'identique. Sur des décisions essentielles, l'unanimité permet à un seul gouvernement de retenir tous les autres. Regardez l'Ukraine. On ne peut pas dépendre de la défaite électorale de Viktor Orban pour les déplainements face à la Russie. L'équilibre des pouvoirs. Et donc celui des responsabilités est éclaté entre une commission peu légitime, un Parlement peu puissant et un Conseil démuni par la recherche de l'unanimité. Prenons un exemple. L'Union européenne dispose depuis deux ans de la feuille de route du retour de sa puissance. Elle est en ligne, chacun peut la consulter. Cette feuille de route, c'est le fameux rapport Draghi. L'Union européenne a entamé certains chantiers. La boussole pour la compétitivité, le pacte pour une industrie propre, l'union de l'épargne et de l'investissement, la proposition d'un fonds européen de compétitivité. Ces initiatives existent et elles vont dans le bon sens, mais elles vont trop lentement. Alors que le monde entier accélère, seuls 30% des recommandations du rapport ont été engagées. Et le cœur de ce que nous devons bâtir, à savoir la puissance financière, le marché unique du capital et de l'énergie, reste largement inabouti. Et à force, ce système produit de la frustration et de la colère. La frustration et la colère de savoir ce que nous devons faire, mais de ne pas être en capacité de le faire. C'est ça la vétocratie européenne. La vétocratie européenne. Nous sommes sur beaucoup de sujets face à une union bloquée. Et face à ce blocage, il n'y a que deux choix politiques possibles. Le vieux cauchemar du Frexit. ou un rêve nouveau, un rêve atteignable, un rêve que je suis venu porter devant vous aujourd'hui, préparer les Etats-Unis d'Europe. Ce rêve est ancien. Il a pris sa source tout à la fois dans l'héritage gréco-romain qui nous a légué la démocratie et le droit, Et dans la tradition judéo-chrétienne qui nous a enseigné que chaque homme, chaque femme, quel qu'il soit et d'où qu'il vienne, doit être traité avec une égale dignité. Par le fil des idées et de l'histoire, cet idéal s'est enrichi. Les idées se sont propagées, les lumières sont nées, qui ont éclairé l'Europe et le monde. Ce rêve n'a jamais eu de patrie parce qu'il les avait toutes. On l'a vu poindre à la Renaissance. quand les idées ont cessé de s'arrêter aux frontières et ont circulé dans toute l'Europe. Pendant deux siècles, un savant d'Europe pouvait aller de Lisbonne à Varsovie sans jamais être tout à fait un étranger. Voltaire s'est formé en Angleterre, a correspondu avec Berlin et s'est exilé à Genève. Voltaire n'a jamais été un exilé, parce que, dans son esprit, l'Europe était déjà une seule âme. Et puis il s'est trouvé un homme pour donner un nom à ce rêve. Victor Hugo, à Paris, en 1849, devant le Congrès de la Paix. C'est à lui que nous devons ce mot, cette expression, des États-Unis d'Europe. Il a dit qu'un jour viendrait où les nations du continent, sans rien perdre de leur qualité distincte ni de leur glorieuse individualité, se fonderaient dans une unité supérieure et formeraient la fraternité européenne. Cette âme européenne, c'est le sens profond de notre histoire. Et ça doit être le fil de notre avenir. Et aujourd'hui, où en sommes-nous de notre histoire ? Nos grands-parents ont fait naître l'idée européenne sur les décombres de la guerre. Ils ont renoué le fil de l'histoire européenne qui s'était brisée en 1870, 1914 et 1939, lors des trois guerres qui ont opposé la France et l'Allemagne. Ils étaient la génération de Schumann et de Monet qui, le 9 mai 1950, ont su faire renaître le rêve européen. Ils ont commencé par le charbon et l'acier, des matières même qui avaient attisé les rivalités et fait le terreau de la guerre. En les mettant en commun, les pères fondateurs de l'Europe ont changé le sens de notre puissance. Ils nous ont offert un chemin, celui de la paix et de la grandeur. Nos parents, après eux, ont uni et lié encore davantage. Ils ont créé le marché commun, la monnaie unique avec le traité de Maastricht, qui nous ont rendu plus solides, plus capables de peser. Et maintenant, quelle est la mission de ma génération ? Quel est son destin ? Que doit-elle laisser aux générations qui viendront après elle ? Je refuse que ma génération soit condamnée à voir le déclin de l'Europe, à voir le rêve européen se disloquer, étouffer sous ses propres contraintes, à voir l'Europe dépérir. Je ne veux pas que ma génération voit l'Europe devenir le 51e Etat américain ou la 24e province chinoise. Le temps de la vassalisation heureuse est révolu. Nous avons un rôle à jouer, un destin à accomplir. Et donc, je considère que la grande mission de ma génération est d'accomplir le rêve européen et de faire naître les Etats-Unis d'Europe.
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