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L'une des personnalités politiques les plus clivantes du pays à l'ascension fulgurante, égérie pour les uns, danger pour les autres. Complément d'enquête, dresse ce soir le portrait de l'eurodéputée insoumise Rima Hassan, avec des révélations qui mettent dans l'embarras le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez. Bonsoir, Livia Melconian. Bonsoir. C'est vous qui avez réalisé cette enquête, une enquête diffusée donc ce soir, mais qui fait déjà beaucoup de bruit, provoquant même chez les insoumis des... appels à la démission du ministre de l'Intérieur et vous allez nous expliquer pourquoi dans un instant. Mais d'abord, pourquoi avoir décidé de faire un portrait de Rima Hassan
c'est une personnalité politique qui fait régulièrement la une de l'actualité. Elle est considérée comme clivante, elle est régulièrement accusée d'antisémitisme. Elle va jouer un rôle important dans les semaines et dans les mois à venir dans le dispositif insoumis dans le cadre de cette campagne présidentielle. Et les Français la connaissent peu ou mal, donc on a estimé que c'était un portrait politique intéressant.
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Une enquête qui, avant même sa diffusion, fait énormément réagir, en cause le rôle supposé de Laurent Nunez dans la diffusion de fausses informations sur Rima Hassan. Plusieurs médias avaient en effet affirmé il y a quelques mois que des stupéfiants avaient été retrouvés dans ces affaires. En réalité, c'était du CBD, on l'apprendra quelques jours plus tard. Selon plusieurs témoignages que vous avez recueillis, c'est le ministre de l'Intérieur lui-même qui aurait aidé à propager cette rumeur.
côté du Premier ministre Sébastien Lecornu, la fausse information sur la présence de drogue de synthèse dans le sac de Rima Hassan a alors été abordée par le premier flic de France lui-même, selon des témoins présents ce jour-là.
Dans le train, on a demandé à Nunez si c'était vrai que Rima Hassan avait de la drogue dans son sac. Et il nous a dit, il se peut, que ce soit exact.
Il nous donne le point de vue de Rima Hassan qui, lors de sa garde à vue, explique qu'elle a acheté ses substances en Belgique et qu'elle pensait que c'était autorisé. J'ai noté
drogue de synthèse dérivée de la cocaïne. Il confirme cette histoire. C'est pour ça que moi, je rentre à la rédac et je leur dis, je vous assure. En fait, c'est étonnant que ça vienne de si haut.
Vous avez recueilli plusieurs sources de différents médias qui vous rapportent cette discussion qui a été venue dans un wagon-bar avec le ministre de l'Intérieur.
et si ces sources ont accepté de se confier à nous, c'est qu'ils ont eux-mêmes été surpris par la teneur de ces échanges et dans ce cadre-là. Donc moi, mon travail, ce qu'on a fait, c'est simplement vérifier, recouper quasiment mot pour mot cet échange, quasiment minute par minute, on va dire, avant de pouvoir les raconter à l'antenne. Et c'est ce qu'on a fait avec l'extrait que vous avez vu là. On a essayé d'être le plus précis possible.
Pourquoi vous avez décidé, en complément d'enquête, de révéler cette information ?
Écoutez, le parquet... a annoncé avoir ouvert une enquête pour violation du secret de l'enquête. Le parquet a annoncé avoir saisi l'IGPN. Gérald Darmanin a annoncé avoir saisi l'inspection générale de la justice pour enquêter sur ces fuites. Et puis nous, à complément d'enquête, notre travail, c'est aussi de faire de l'investigation et d'enquêter. Et donc c'est aussi ce qu'on a fait parallèle. Et quand on estime que d'une information est d'intérêt général, et là on a estimé que c'était le cas, c'est notre rôle aussi de les révéler et de les informer.
Et il a réagi, Laurent Nunez, aujourd'hui face à ces accusations. Et lui, il assure n'avoir orchestré aucune fuite dans la presse.
Interrogé en offre par des journalistes qui ont toutes les informations, ce que je regrette, et je l'ai dit et je le redis, ça n'est pas normal que des journalistes aient ce niveau d'information, mais ça s'arrête là. Voilà, je n'ai organisé aucune fuite, je n'ai organisé aucune fuite. Je suis dans un déplacement, je suis dans un déplacement, les médias ont tout, ils ont tout. Ils ont tout, toutes les informations. Je ne sais pas comment ils les ont eues. En tout cas, moi, je suis interrogé en off. Et dans cette conversation, j'incite à la prudence.
'entends Gilles qui dit, je ne sais pas comment ils ont eu les informations, ils ont travaillé. Il y a
un travail.
Revenons sur ce que vient de dire Laurent Nunez. Il explique, il dit, ce n'est pas moi qui ai donné cette information-là, qui plus est fausse, aux médias, aux journalistes en question. Ils m'ont posé la question, moi je n'ai fait que répondre. Gilles, le problème c'est que derrière, les résultats montrent qu'en réalité, ce n'était pas de la drogue, c'était du CBD, ce qui est complètement légal. Est-ce qu'il a fauté ?
C'est assez compliqué de se prononcer. Il y a du off en politique. Pour une affaire importante comme ça, un ministre doit faire attention à ce qu'il dit. Et si effectivement, et je ne doute pas une seconde que l'enquête de Lilia soit rigoureuse, s'il a divulgué des fausses informations concernant une affaire judiciaire en cause, On ne sait pas si c'est une faute ou si ce n'est pas une faute, mais ce n'est pas ce qu'on attend d'un ministre de l'Intérieur.
Est-ce qu'il peut, Nora, échanger des informations sur une enquête en cours avec des journalistes qui, plus est, sur une opposante politique ?
Normalement, il y a un secret de l'instruction. J'entends qu'on échange en off, dans le cadre de les déplacements. Mais lui, il dit encore une fois, ce n'est pas moi qui ai mis sur le sujet de la soignante. Non, mais le problème, c'est que la responsabilité qui est la sienne, c'est de dire, écoutez, il y a un secret de l'instruction, la garde à vue est en cours, comprendrez que je ne peux pas discuter de cette affaire. Point. Et on voit bien que l'emballement médiatique qui s'en est suivi a été absolument délétère. Alors là-dedans, il s'avère que très vite, et des chaînes d'information, notamment des sites, ont affirmé, et sans doute aussi, et c'est bien dit dans l'extrait qui a été monté et qu'on découvrira, si l'un des rédacteurs qui est au sein de ce off avec le ministre dit... Il nous l'assure. Donc moi, je rentre à la rédac, je dis il faut y aller. Bon, en fait, on voit bien que cet emballement a été construit aussi. au gré de ces affirmations du ministre.
Est-ce que ça le fragilise ? Les insoumis réclament sa démission
Alors que les insoumis réclament sa démission, c'est normal. Évidemment qu'on est dans un moment politique où les insoumis ont raison de se saisir de ce moment pour travailler un fait politique. Parce que c'est d'abord un fait politique avant tout. Évidemment qu'il n'y aura pas de démission. Ça me paraît... Est-ce que ça
le fragilise en tout cas ? Mais ça
le fragilise d'autant qu'on voit bien qu'au travers des... les dernières affaires qu'il y a pu avoir avec l'affaire Liana. Moi, ce que je vois surtout, c'est la défiance qui est en train de se mettre en oeuvre vis-à-vis de l'institution policière, judiciaire. La plupart de nos concitoyens, on aura le bol d'entendre à quel point ils ne se sentent pas, ils estiment qu'ils ne sont pas protégés par les institutions. Et par ailleurs, vous avez un ministre qui est capable, au gré d'une rencontre avec des journalistes, de faire ce genre de choses. qui sont plutôt des formes de déstabilisation finalement. Et c'est comme ça que ça peut être perçu.
Cet extrait, c'est une partie seulement du documentaire. Gilles, vous voulez rajouter un mot ? Oui, un
mot sur Laurent Nunez. J'ai surpris, si je puis dire, un certain nombre de responsables LFI de haut niveau, il y a quelques mois, me dire que ça se passe bien avec Laurent Nunez. On n'est pas d'accord avec lui, mais c'est un ministre républicain. Et en gros, il pointait la différence avec la façon dont ça se passait. avec Bruno Retailleau. Bruno Retailleau, en l'occurrence, une autre responsable insoumise, m'a dit qu'il est républicain. Quand il y a des problèmes de manif, on parle, etc. Ça se passe bien. C'est pour ça que cette montée de ton entre les insoumis et Laurent Nunez est vraiment, d'une certaine manière, dommage. Parce que voilà, c'était... C'est le moment politique, Gilles. C'est logique, c'est le jeu. Je ne le rapprochais à personne, ils ont parfaitement raison, je le comprends très bien. Alors pour le coup, je le comprends très bien et qu'ils protestent. Mais ce n'était pas si mal pour des gens qui ne sont pas d'accord sur grand-chose, ce n'était pas si mal parti entre les deux.
Alors je le disais, cet extrait, c'est une partie du documentaire, parce que le documentaire s'attache à la personnalité, au parcours de Rima Hassan. Et forcément, vous revenez sur les accusations d'antisémitisme dont elle fait l'objet, vous avez demandé... à un spécialiste de décrypter ses tweets pour déterminer s'il relève réellement de l'antisémitisme. Regardez.
fait, il y a une petite musique qui est racontée depuis le début des années 2000. C'est une petite musique qui traverse le débat public qui dirait que les institutions juives auraient le pouvoir d'influer sur les décisions de... de l'État français en matière de politique étrangère, et notamment vis-à-vis d'Israël. Il y aurait un pouvoir juif qui dicterait les choses à faire à Emmanuel Macron et aux ministres. Là, ce récit rejoint l'antisémitisme. Et
elle cite très régulièrement le CRIF dans ses tweets. Avant de nous expliquer ce que dit précisément ce spécialiste, juste un mot sur son profil. Ce n'est pas n'importe qui que vous avez été choisir.
Oui, effectivement. Jonas Pardo, il est à la tête d'une association antiraciste. C'est un militant issu de la gauche radicale. Il critique régulièrement, publiquement, la politique de Netanyahou. Il lutte depuis des années contre l'antisémitisme. Il organise même des formations sur ce sujet. Il est un peu spécialiste de l'antisémitisme 2.0, on va dire. Et donc, effectivement, il a passé au crible tous ses tweets. Et donc, il nous paraissait totalement légitime pour analyser ce de Rinas.
Et alors, ce qu'il dit, il dit, ces messages sont toujours sur le fil. Ils sont toujours à la limite du dérapage. Mais selon lui, ça ne relève pas intrinsèquement de l'antisémitisme. Par contre, ça suscite un flot de réaction de haine anti-juif.
Oui, c'est ça. En fait, la démonstration qu'il nous fait, c'est que les tweets ne sont pas racistes et antisémites à proprement parler. D'ailleurs, elle n'a aucune plainte. Elle va être jugée bientôt. Pas pour antisémitisme, pour le coup. Elle dit qu'elle n'a aucune plainte pour antisémitisme. Alors, effectivement, elle a beaucoup d'autres plaintes pour apologiterisme, mais en l'occurrence, pas sur ce motif-là. Mais par contre, ce qu'on découvre avec Jean Aspardo, et c'est frappant, c'est la quantité de messages qui sont sous ses tweets. Alors là, c'est des messages à caractère antisémite. Et c'est en ça que la démonstration de Jean Aspardo est intéressante, c'est qu'il nous montre. Comment elle alimente, en fait, l'antisémitisme ? Comment elle alimente consciemment ? Ça, je ne peux pas vous répondre, mais je ne sais pas quelle est son intention. En tout cas, moi, quand je l'interroge là-dessus, c'est vraiment une question qui la braque. Elle ne comprend même pas qu'on puisse la lui poser. D'ailleurs, vous verrez ce soir dans l'interview, c'est un moment où l'interview se tend très rapidement. Elle considère que les accusations d'antisémitisme, en fait, sont portées pour la faire taire et pour empêcher la défense de la question palestinienne.
Gilles, elle entretient cette ambiguïté ? Selon vous, volontairement
je ne peux pas sonder les cœurs et les âmes, les cœurs et les cerveaux. Je ne peux pas vous dire si c'est volontaire ou non. Mais alors pour l'avoir fréquenté politiquement, je confirme ce que dit Lilia, c'est-à-dire qu'elle est toujours sur un discours de rupture. La défense de la cause palestinienne est parfaitement légitime. On peut défendre les Palestiniens le matin, le midi, le soir, la nuit, il n'y a aucun problème. On peut attaquer la politique de Benjamin Netanyahou autant qu'on veut. L'attaque de la politique d'un pays étranger est parfaitement libre. Elle place toujours sa défense de la cause palestinienne et son attaque de l'État d'Israël. sur une position extrême. Par exemple, elle a popularisé ou beaucoup fait populariser en France le slogan « From the river to the sea », ce qui veut dire un État palestinien de la mer à la rivière. Quand on regarde une carte du monde, un État palestinien de la mer à la rivière, ça veut dire sans Israël. Aujourd'hui, la position officielle de LFI, c'est deux États. C'est une solution à deux États. Bon, elle, disant ça, elle ne dit pas qu'elle est contre une solution à deux États, mais elle, disant ça, milite. Si je regarde une carte, de la mer au fleuve, du Jourdain à la Méditerranée, c'est une solution dans laquelle il n'y a pas de place pour Israël. Pour autant, on peut militer un Moyen-Orient qui serait sans Israël. Pour autant, on pourrait dire que ce n'est pas antisémite. C'est contre l'État d'Israël, ce n'est pas antisémite.
Je voudrais
juste terminer. Dans ça, Dans son attaque contre la politique de Benjamin Netanyahou, qui encore une fois est parfaitement légitime, il y a souvent une tendance à rendre chaque juif de France responsable de la politique de Netanyahou. Ce qui n'est absolument pas le cas. Aucun juif de France n'a à se justifier. de la politique du gouvernement israélien.
Encore une fois, vous le disiez, Lilia, elle n'a jamais été condamnée pour antisémitisme. Et quand elle va être jugée, là en octobre, c'est effectivement pour apologie du terrorisme. C'est pour un de ces tweets qui remontent au 26 mars où elle y cite Kozo Okamoto, qui est un ex-membre de l'armée rouge japonaise, qui est l'un des auteurs des massacres qui avaient été perpétrés pour le compte du Front populaire de libération de la Palestine en 1972 à Tel Aviv. Et là, encore une fois, dans sa justification... Elle joue aussi sur l'ambiguïté. Elle, elle dit, et c'est la justice qui décidera si ça relève de l'apologie du terrorisme ou non, elle, elle dit, moi, je n'ai pas parlé de l'attentat. Moi, je n'ai fait que citer une phrase, mais en fait, le cite pour son combat pour la cause palestinienne.
Mais c'est toujours un peu la difficulté avec la manière dont les militants, les élus de la France insoumise et pour le coup, Jean-Luc Mélenchon le premier. joue sur cette espèce de ligne extrêmement fine qui renvoie à des grilles de lecture qui de fait font débat. Souvenez-vous aussi de la manière dont Jean-Luc Mélenchon a cité Glucksmann, Glucksmann, Epstein, Epstein. Il y a quelque chose de toujours assez délicat et qui permet justement, surtout quand c'est repris sur les réseaux sociaux, d'assister à des déferlements et à... à une ouverture de vannes d'une parole largement antisémite. La question, c'est qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi est-ce qu'on n'est pas en capacité aujourd'hui, a fortiori quand on est Rima Hassan ou Jean-Luc Mélenchon, de poser cette question de manière claire de l'avenir du Proche-Orient aujourd'hui, un État, deux États, un État binational, etc., et la politique du gouvernement israélien qui va être amenée à subir des élections dans quelques semaines ? Quoi qu'il en soit, on voit bien qu'il y a quelque chose d'une stratégie électorale qui dit de manière peut-être même un peu sale, de manière déguisée, ce qu'on ne peut pas vraiment dire, mais ce que tout le monde entend très bien, de telle sorte à alimenter un petit peu ce discours, et ce qui est un peu gênant quand même.
Lilia, en un mot, elle l'a vu, ce documentaire, elle a réagi comment ?
Alors écoutez, elle l'a vu, elle y a participé déjà, et puis surtout, elle sera dans les fauteuils rouges de Tristan Wallet que ce soir, donc elle répond à l'interview de Tristan qui suit le documentaire. Vous verrez sa réaction à la fin du documentaire. Elle a disparu
à un moment donné. Oui, alors
pendant nos tournages, elle a participé, elle a répondu à beaucoup de mes questions. Puis il y a eu une rupture très claire et très nette, on le raconte aussi dans le documentaire. Elle a estimé qu'on avait donné la parole dans un autre reportage à Raphaël Enthoven et que c'était inacceptable pour elle que nous avions franchi une ligne rouge et donc on a arrêté de travailler ensemble. Kéfié,
tweet et polémique, la méthode Rima Hassan, une enquête de Lilia Melconian, Elodie Delevoye, Benjamin Poulain et Baptiste Rimbert, à retrouver ce soir, 23h, sur France 2.