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On bascule sur l'autre thématique politique. Elle l'a dit hier soir, on va parler d'Ukraine et de ce qu'a annoncé Marine Le Pen, candidate à la présidentielle pour le Rassemblement national. C'était chez nos confrères de LCI. Écoutez ce qu'a dit la candidate du RN et on ouvre le débat juste après.
Est-ce que nous pouvons continuer à aider financièrement ? l'Ukraine à proportion de ce que nous faisons jusqu'à présent, qui est considérable. Nous nous disons que nous ne pouvons pas le faire. Ce n'est pas un acte d'hostilité à l'égard de l'Ukraine. On peut continuer à former leurs soldats, leur armée, on peut continuer à leur apporter du matériel pour pouvoir se défendre, mais financièrement, nous ne pouvons plus.
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Céline, on va ouvrir le débat. Je présente évidemment rapidement nos invités que tout le monde connaît dans cette émission. Guillaume Ancel, ancien officier et chroniqueur, auteur du site d'information « Ne pas subir ». Votre dernier article, « Ukraine, quand Jordan Bardella, le président du RN, raconte n'importe quoi ». Ce sont vos termes, Guillaume. Mais en tout cas, on est dans le débat du soir. Richard Verli, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes éditeurialiste international pour France Info. Et puis Céline, on continue avec vous. Céline, vous avez juste travaillé sur cette question-là aussi concrètement. ça pourrait signifier quoi ? Voilà, on est en mai 2027, Marine Le Pen s'installe à l'Elysée, l'aide financière à l'Ukraine, ça veut dire quoi ?
Je vous ai préparé un petit tableau pour qu'on comprenne bien. C'est assez simple, je reprends ce qu'a dit Marine Le Pen. En fait, il y a premièrement cette fin annoncée, ou cette très forte réduction de l'aide financière à l'Ukraine. Et ça, c'est la grande annonce, en tout cas, c'est ce que nous avons retenu des annonces de Marine Le Pen hier soir. Le deuxième point... C'est le maintien possible, mais pas sûr, de la formation des soldats ukrainiens. Et enfin, un maintien annoncé, mais sous condition de l'envoi de matériel défensif et de l'aide humanitaire en Ukraine. Factuellement, c'est ça qui pourrait se passer après une élection possible de Marine Le Pen à l'Élysée.
Financièrement, Guillaume Richard, on a une idée. Je vous pose la question de combien la France paie chaque année pour aider l'Ukraine. Je vous pose cette question parce qu'il y a des pays qui publient très précisément leur chiffrage d'aide à l'Ukraine. La France ne l'a pas toujours fait, y compris pour des raisons stratégiques
ou de sécurité. Oui, effectivement. La France est connue pour payer nettement moins que l'Allemagne. Le premier contributeur net européen à l'aide à l'Ukraine, c'est l'Allemagne. La France répond que dans les 90 milliards d'euros de l'Union européenne qui ont été prêtés à l'Ukraine pour... son assistance budgétaire, il y a bien sûr de l'argent français. Donc il est faux de comptabiliser seulement ceux qui partent de Paris vers Kiev. Il y a aussi ceux qui partent de Bruxelles, parce que Paris... Paris, Bruxelles... Exactement. Mais ce qui est certain, c'est qu'en termes numéraires, la France a toujours été en retard. La France donne aussi moins d'armes et paye moins d'armes que l'Allemagne. Je rappelle que depuis que Donald Trump est arrivé au pouvoir, tout ce que l'Ukraine reçoit comme arme américaine est payé. par les Européens. Donc, est-ce que ce serait véritablement un problème pour l'Ukraine si la France cessait de payer ? Si on regarde les chiffres, pas... On a une idée ?
Est -ce qu'on a quand même une idée de combien on paye ? Alors, je
vais vérifier et
quand vous me redonnez la parole, je le sors. Guillaume, est-ce que ce serait un coup dur militaire, tactique sur le terrain, coup dur symbolique ? Ce serait dramatique. Là, c'est à l'ancien militaire que je parle. Donc là, vous parlez d'un point de vue sur le terrain,
ce serait dramatique. Ce serait dramatique, pourquoi ? Parce que, comme l'a expliqué Richard, la France n'est pas le plus gros contributeur, mais c'est un des leaders. de la coalition des volontaires. C'est-à-dire que ça fait partie des trois pays qui ont vraiment mis sur la table une énergie considérable pour aller chercher toute la coalition des volontaires, pour la monter. Pourquoi on a monté une coalition des volontaires ? Parce que l'OTAN, à cause des États-Unis de Donald Trump, n'est plus fiable. Normalement, c'est l'OTAN qui devrait fournir ce soutien à la résistance ukrainienne. Et là, ce que nous annonce Marine Le Pen, vous voyez, pour moi, c'est un espèce de mensonge continuel. Quand elle nous dit qu'on ne pourra pas continuer à financer la résistance ukrainienne, elle oublie de dire qu'elle ne l'a jamais financé. Ses députés se sont toujours opposés, que ce soit en France et en Europe, à toutes les aides à l'Ukraine. D'ailleurs, exactement comme le fait l'autre parti extrémiste et les filles. Donc il faut bien avoir en tête qu'aujourd'hui, à l'élection présidentielle, on a deux partis extrémistes qui sont des partis destructeurs de la nation. C'est-à-dire qu'ils ne considèrent pas la sécurité nationale et la sécurité de l'Europe comme une priorité. Et pour moi, ils sont extrêmement graves parce qu'au fond, ils ont toujours cité historiquement... Vladimir Poutine comme étant un modèle. C'est comme ça qu'on veut vivre ? On veut que nos amis de demain, ce soit l'Iran et la Corée du Nord ? Je suis désolé, mais moi j'espère autre chose de l'Europe et de la France que cela. Et ce qu'annonce Mme Le Pen, c'est d'autant plus pervers que de toute façon... Quand elle dit qu'on pourrait continuer à leur livrer des armes, mais les armes, il faut les payer. Donc à partir du moment où on coupe les finances, il n'y a plus rien qui part vers l'Ukraine. Et quand elle parle de la formation des militaires, alors c'est là où on voit qu'en plus, le Rassemblement national n'a aucune culture militaire, ils ne connaissent rien sur le sujet. Aujourd'hui, ce sont les Ukrainiens qui nous forment. Sur le combat opérationnel, c'est eux qui nous apportent l'expérience. On va chercher
notamment l'expérience, j'imagine, sur les drones. Bien sûr, sur les drones aujourd'hui, c'est grâce aux
Ukrainiens qu'on progresse et on a intérêt à progresser. Parce qu'on voit une nouvelle génération de drones à réacteurs fournis par la Chine, un autre ami de Vladimir Poutine. C'est ça auquel on peut être confronté demain et comment on va se défendre ? Comment on
l'explique ? Est-ce que pour vous c'est un problème de courte vue ou est-ce que des Français qui nous regardent, des téléspectateurs qui nous regardent peuvent dire très légitimement et honnêtement, j'allais dire de bonne foi, on compatit ? avec les Ukrainiens. Mais voilà, X milliards d'euros. Alors je vais y venir. Et
ces
milliards d
'euros, en ce moment, les caisses sont vides. Par an, sous ses différentes formes, c'est-à-dire l'aide militaire ou ce qu'on appelle l'appui budgétaire, c'est-à-dire de l'aide donnée au gouvernement ukrainien pour boucler ces 20 mois, la France verse environ 3 milliards d'euros par an à l'Ukraine depuis 2022. L'Allemagne en verse environ 10 milliards. Donc l'Allemagne paye trois fois plus que la France. Alors, est-ce qu'il serait légitime de couper cette aide ? Je dirais qu'il y a une différence. Si vous coupez l'appui budgétaire, vous mettez le gouvernement ukrainien en difficulté, mais vous pouvez estimer que d'autres donateurs viendront à la rescousse. Si vous coupez l'aide qui sert à acheter des armes, vous désarmez l'armée ukrainienne. C'est-à-dire que vous lui enlevez des capacités de résistance à la Russie, et par conséquent... vous affaiblissez le front et vous donnez à la menace russe davantage de prise. Alors, qu'est-ce qu'on dit à nos téléspectateurs qui se
disent 3 milliards, au passage 3 milliards ? Ça fait énorme comme chiffre, mais 3 milliards dans des échelles de budget d'État, ce n'est pas énorme. C'est factuel ce que je dis. Mais il y a quand même des téléspectateurs qui nous écoutent qui vont se dire, c'est 3 milliards, je les aurais bien mis dans l'éducation nationale, je les aurais bien mis dans la justice après l'affaire Liana. Comment on explique à quel point c'est important ? Parce que c'est notre sécurité future qui est en jeu. C'est très grave, dans ce genre de discours,
l'aspect complètement propagandiste. On ment aux Français quand on leur dit ça, parce qu'on n'oppose pas 3 milliards qu'on aurait versé aux retraités versus 3 milliards qu'on verserait à l'Ukraine. C'est ça le discours de Mme Le Pen, qui est un discours complètement démagogique. La réalité, c'est que si demain on est en guerre contre la Russie, tous nos sujets de partenaires sociaux, de pêcheurs en grève, seront complètement de côté, parce que de toute façon, on sera dans un état d'urgence permanent. Donc la question, c'est de savoir, est-ce qu'on veut sécuriser l'Europe ? face à un empire de plus en plus menaçant. Et à un moment, on est lâché par les États-Unis de Donald Trump, qui ne cesse ses provocations. C'est vrai que la Pologne, encore aujourd'hui, a dit, attention, on est au bord du clash avec la Russie, parce qu'elle nous provoque tous les jours. Comment est-ce qu'on réagit demain ?
Je ne pense pas que ce soit ça, en fait, le projet de Marine Le Pen. Marine Le Pen ne parle pas de sécurité et d'Europe. Là, elle parle aux Français dans le but de l'élection présidentielle à venir. Et elle parle uniquement de cette prostitution. Je pose la question, est-ce que ça peut être ça ? Je m'interroge parce qu'effectivement, il y a ces votes en permanence contre l'aide ukrainienne au Parlement européen. Et en même temps, quand on regarde un tout petit peu ce qui s'est passé ces dernières années depuis l'invasion russe en Ukraine, on regarde la posture du Rassemblement national et c'est vachement intéressant. En 2022, juste au moment de l'invasion, évidemment, tout de suite, le Rassemblement national va condamner. Tout de suite, immédiatement, cette invasion. En 2024, c'est-à-dire deux ans après, Jordan Bardella va préciser que sous un gouvernement RN, donc entendez avec lui en tant que Premier ministre, la France continuerait à fournir du matériel à l'Ukraine, mais exclurait notamment les missiles de longue portée et l'envoi de troupes françaises. Et puis, là, juste au mois de septembre, donc en ce début de mois, là par contre, on commence à durcir le ton. Au moment où, bien sûr, on va commencer à parler du budget. C'est le moment où tout le monde durcit le ton. Et là, le RN, sous la voix de Louis Alliot, passablement énervé d'ailleurs, déclare, il y a 12 jours, on coupe le robinet, tout le monde est à l'os et on trouve de l'argent pour financer des armes, c'est trop. Donc peut-être que là... On peut se poser la question à 8 mois de l'élection présidentielle, en pleine période de discussion du budget, avec des coups de rabot, avec des aides sectorielles certes, mais des coups de rabot annoncés et 54 milliards d'économies à trouver. Effectivement, on peut se poser la question.
Richard et Guillaume, question, est-ce que ça a coupé le robinet ? Est-ce que c'est électoraliste ? Et le RN n'est pas le seul parti à faire des promesses et à agir en fonction de l'élection présidentielle. Ou est-ce que c'est aussi lié aux liens ? j'allais presque dire, historique, entre le Rassemblement national et la Russie de Vladimir Poutine. On se rappelle notamment de la dernière élection présidentielle, il y a eu un prêt souscrit dans
une banque russe. Écoutez, je pense que la plupart des cadres du Rassemblement national, bien sûr depuis l'agression de l'Ukraine par la Russie, ils ont quand même changé de cap, mais fondamentalement, ils ne croient pas à la menace russe sur la France. Ils ne croient pas à cette menace russe. Beaucoup de cadres du RN estiment, et ils l'ont dit à une ou autre occasion, que la France est loin de la Russie, qu'elle est protégée par d'autres pays qui sont au milieu, et que la préoccupation première n'est pas d'armer les Ukrainiens. Donc, certes, il y a un propos électoraliste, mais il y a quelque chose de plus profond. Et ce quelque chose, c'est quoi ? C'est de dire que la Russie et l'Ukraine feraient mieux de négocier. On n'est pas loin du discours. de Donald Trump. Et la deuxième chose, c'est que de toute façon, la défense de l'Europe pour le Rassemblement National n'est pas la priorité puisque le Rassemblement National est un parti nationaliste qui pense que ce qui compte, c'est la défense de la France dans ses frontières. Donc là, il y a quand même, derrière cette éventuelle suppression de l'aide française, un a priori politique et stratégique clairement établi. Guillaume, le mot de la fin,
ça veut aussi dire que si la Pologne, si Varsovie tombe, si Berlin tombe, ce n'est pas grave tant que ce n'est pas à Strasbourg. Ça
n'a jamais été un parti nationaliste. Pardon, c'était un parti de destruction nationale. Pourquoi ? Je vais vous donner le point de vue des Russes. C'est intéressant d'entendre les Russes sur le sujet. C'est publié dans un média russe comme Skolkaia Pravda en janvier 2026. Les changements de pouvoir. n'auront pas lieu en Russie, en Biélorussie, mais en Europe, où ils s'appuieront sur les forces patriotiques de l'extrême droite prêtes à prendre les commandes. Voilà. En fait, pardon, mais il y a une connivence entre la politique d'ultra-violence de Vladimir Poutine et nos partis extrémistes aujourd'hui en France. Et c'est ça dont il faut avoir conscience quand on parle de politique étrangère. Ce n'est pas du tout une politique nationaliste, c'est une politique de soumission à une puissance étrangère qui est devenue un empire menaçant pour la France. Et pourquoi ? Pour des...
Pourquoi cette fascination ? Je ne sais pas, pour la Russie, pour Vladimir Poutine, c'est quoi ? C'est des valeurs supposément
partagées ? Parce que comme pour Donald Trump, finalement, ce qui fascine nos extrémistes, c'est cette imposition par la force plutôt que par la loi et par le droit. C'est ça qu'ils cherchent à prendre. Et pardon, regardez ce qui s'est passé en Allemagne. Le gouvernement allemand va être obligé d'empêcher l'AFD, qui est l'équivalent du Rassemblement National en France, d'accéder au plan de défense. du land qui est concerné, pour être sûr que les informations ne partent pas immédiatement à Moscou. On en est là. On en est à protéger nos secrets de défense contre des gens qui nous compromettent.
Merci, merci à tous les trois. Évidemment, on reviendra sur ces questions en Ukraine.