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Bonjour à toutes et tous. J'espère que vous allez bien. Merci beaucoup d'être venues aussi, nombreuses et nombreux. Je vous préviens juste, j'ai amené mes lunettes de soleil parce que j'ai fait un fond d'œil et que potentiellement je ne vois absolument rien avec les lumières. Mais je vois que vous êtes très nombreux et nombreuses. Je vous demande de l'indulgence si jamais je vois mal mes papiers et que je me perds. Mais normalement ça va aller. Alors on est là sur le stand de la France Insoumise. Moi je viens vous présenter mon nouveau bouquin qui s'appelle « Pour une politique de l'amitié » qui est sorti le 27 août. Et je voulais remercier avant tout les équipes de l'Institut La Boétie qui vont être là pour la séance de dédicace juste après et qui m'ont beaucoup accompagnée dans ce livre, les équipes du siège pour le stand, le service d'ordre, tous les camarades volontaires de la fête de l'humanité pour nous permettre de passer un aussi beau moment, toutes et tous ensemble. Et je veux bien le timer. qui est à 12,50 mais j'ai pas encore parlé de 12,50 donc je vous présente ce livre c'est un ouvrage que j'ai mis plusieurs mois à écrire et en réalité il y a eu différentes phases de travail On a commencé à l'Assemblée nationale par avoir l'idée de faire une proposition de loi qui visait à accorder davantage de droits nouveaux, de droits fondés sur la volonté de rétablir de l'égalité matérielle et de reconnaître différentes formes de solidarité affective et matérielle qui aujourd'hui sont méprisées. En écrivant cette proposition de loi, je me suis rendu compte qu'il y avait déjà un corpus assez important sur la question de l'amitié. Et donc j'ai voulu rendre hommage à celles et ceux qui ont pensé cette question bien avant moi. Et donc on a organisé un colloque à l'Assemblée nationale où il y avait Geoffroy de Laganerie, où il y avait Alice Rébeau, où il y avait Hélène Giannachini et plein d'autres à qui je veux rendre hommage parce que véritablement, ils ont pour moi ouvert une voie intellectuelle, un chemin intellectuel qui m'a permis ensuite de faire mon travail. Et puis au moment où je me suis dit que ça pouvait faire un livre, on a posé un questionnaire sur mes réseaux sociaux et on a eu 7000 réponses en 24 heures. Peut-être il y en a parmi vous qui ont participé à ce questionnaire. Quand j'ai reçu ces 7000 réponses, on avait laissé de la place pour que les gens puissent s'exprimer. Je me suis rendu compte du fait qu'au-delà d'une intuition politique, il y avait peut-être une vraie question politique et que cette question, elle était traversée par beaucoup de sentiments d'injustice, de souffrance qui avaient pu être vécues dans les trajectoires individuelles des uns et des autres. Et quand il y a de l'injustice et de la souffrance, il me semble que la gauche radicale doit s'en emparer et doit pouvoir proposer des réponses. Donc c'est venu confirmer une intuition et c'est venu pour moi aussi nourrir de chair humaine, de récits humains, tout ce que je pouvais pressentir avec des témoignages absolument magnifiques. Et donc voilà, je voulais rendre aussi hommage à ces 7000 personnes qui m'ont permis finalement d'écrire le livre avec leur voix et avec leurs mains. Et donc je me suis rendu compte qu'il y avait à la fois des théoriciens de l'amitié. qui avaient pu ouvrir ce chemin-là, et à la fois des artisans et artisanes de l'amitié qui, dans leur vie, ont mis en pratique ce que j'essaye de saisir dans ce livre, c'est-à-dire qu'ils et elles ont décidé, et ça depuis très longtemps, d'organiser leurs existences différemment de ce qui correspond au modèle dominant, c'est-à-dire le couple hétérosexuel, bien sûr, et la famille biologique nucléaire, bien entendu aussi. Ce modèle dominant a été questionné et donc il y a des gens qui depuis très longtemps bricolent, essayent avec des chemins de traverse d'organiser leur vie différemment. Et je me suis nourrie de ça pour écrire ce livre en me disant qu'il me semblait qu'il fallait... Aujourd'hui, je ne vais pas vous résumer le livre parce que sinon vous ne prendriez pas la peine de le lire par la suite, mais j'essaye de vous donner envie de le lire. Il fallait que je puisse expliciter dans ce livre pourquoi je me suis saisie de cette question. Je critique la famille dans ce livre. Les réactionnaires de tout poil ne s'y sont pas trompés depuis quelques semaines que le livre est sorti. Donc j'ai eu les réactions absolument éclairées de Madame Eugénie Bastier, de Monsieur Bruno Rotaillot, du JDD. Du JDD qui m'a accusée d'ouvrir un chemin vers le totalitarisme, puisqu'ils sont toujours très nuancés dans ce qu'ils proposent. Valeurs actuelles, le point, tout ce que vous voulez, tout y est passé. Je me suis dit qu'il y avait là une véritable panique morale qui s'ouvrait et que donc, il y avait une intuition qui avait été la bonne. qui était de dire que je touche avec ce sujet à des grands tabous de la société française, à savoir la famille comme institution économique, notamment de reproduction des inégalités, à savoir aussi la norme dominante, je l'ai dit, et que donc peut-être il y avait un chemin progressiste à poursuivre. Et donc, voilà, je voulais à la fois critiquer la famille et à la fois ne pas faire de l'amitié dans ce livre un espace totalement idéalisé. Celles et ceux parmi les journalistes qui n'ont pas lu le livre, je le vois immédiatement parce qu'ils m'accusent de mièvrerie, d'une grande naïveté, etc. Alors que je prends, je crois, beaucoup de précautions pour dire que... Nous sommes toutes et tous insérés dans une structure sociale et que l'amitié, comme le reste, dépend de rapports de force, de rapports genrés, d'homophilie sociale. Ça veut dire qu'on est amis principalement avec des gens qui sont du même milieu social que nous et qu'on peut, par ailleurs, avec ce lien, tout autant qu'avec un lien romantique, amoureux, familial, subir des ruptures, que c'est un lien qui peut aussi faire souffrir. Donc je suis très loin d'une idéalisation de l'amitié, mais comme ils n'ont pas lu le livre, ils pensent... ce que je fais, ce que eux veulent faire, c'est-à-dire hiérarchiser, en l'occurrence renverser une forme de hiérarchisation que eux opèrent, c'est-à-dire faire supplanter les liens amicaux par rapport aux liens familiaux. C'est pas du tout le propos du livre, je respecte profondément le fait que les liens familiaux amoureux, biologiques, comptent et rendent heureux plein de gens. Malgré tout, ce que je constate, c'est que quand il y a trois enfants dans chaque classe de CM2 dans ce pays qui a subi des violences incestuelles, quand on voit qu'autant de femmes subissent des violences conjugales, on peut se dire intuitivement que non, la cellule familiale n'est pas qu'une cellule de protection, d'amour, de douceur, de lien réconfortant. Et donc je veux questionner ça et je veux proposer un contre-modèle et c'est la première raison pour laquelle j'ai écrit ce livre. Il me semble que l'amitié est à elle seule porteuse d'un horizon anticapitaliste, antifasciste, progressiste et que les inégalités dont on peut être victime peuvent être pensées à cette aune-là. J'ai voulu montrer qu'à la fois l'amitié peut être un refuge, un abri pour plein de gens. Je vais y revenir juste après. mais que pour moi, beaucoup plus puissamment encore, c'est véritablement un contre-modèle idéologique à aborder et à promouvoir dans la société réactionnaire, en voie d'extrême-droitisation, homophobe, transphobe, raciste, que les gouvernants aujourd'hui veulent nous imposer. Donc c'est un livre offensif qui fait une véritable proposition, et j'espère pouvoir vous en convaincre à l'instant. Premier point donc, un livre... sur l'anticapitalisme. L'amitié dans la sphère productive est un lien qui échappe à la marchandisation, en partie. Elle échappe à la marchandisation parce que c'est un lien souple, un lien gratuit, un lien aussi où les gens font sécession d'un système marchandisé. Ils troquent des choses, ils se rendent des services, ils se donnent des conseils, tout ça échappe en quelque sorte à la marchandisation. Au niveau reproductif, dans la sphère capitaliste toujours, là aussi l'amitié est une forme de relation qui propose autre chose, qui propose un refuge et qui propose un contre-modèle. Puisque, vous le savez sans doute, la famille est une instance principale de reproduction des inégalités. Et l'instance où les femmes continuent de s'appauvrir, je parle là du couple. Je ne sais pas si vous savez par exemple qu'au moment d'un divorce, c'est une femme sur cinq qui bascule dans la pauvreté, donc c'est 20% des femmes, alors même qu'aujourd'hui on divorce beaucoup plus souvent qu'auparavant. Et donc ébranler la conjugalité comme une évidence, la famille comme une évidence, est aussi une façon pour moi de résister au capitalisme et au système implacable qui s'abat sur nous. Le deuxième point, c'est la résistance antifasciste. Aujourd'hui, les personnes qui sont les plus menacées par l'extrême droite et l'extrême droitisation, d'ailleurs, sont les personnes LGBT, sont les personnes racisées, sont les personnes migrantes, sont les femmes aussi, évidemment. Ce sont des communautés qui, pour moi, sont déjà très largement dépendantes de l'amitié et les mettent en avant dans leurs existences. C'est très souvent la base de la sécurité et de la vie affective de la communauté LGBT, par exemple, qui a promu depuis très longtemps les familles choisies. L'amitié, c'est aussi un contre-modèle. à la famille traditionnelle qui est celle qui est fantasmée par l'extrême droite. Pas celle qui existe réellement, mais celle qui est fantasmée par l'extrême droite. Dans le programme du Rassemblement national, il y a toujours la promotion de politiques. natalistes, généralement avec un fond xénophobe, c'est-à-dire que les enfants qui doivent être faits sont les enfants qui ont au moins deux parents français. Elle propose régulièrement à l'Assemblée nationale que les enfants dont les parents bénéficient d'aides sociales pour participer à renverser les inégalités soient des enfants qui ont deux parents français. Et donc ces politiques natalistes sur fond xénophobe n'ont jamais comme base de questionnement les causes. de pourquoi les gens font moins d'enfants, pourquoi peut-être les femmes aujourd'hui faire des enfants, ça signifie très souvent interrompre une carrière, ça signifie très souvent avoir des baisses de salaire, pourquoi l'incertitude avec le changement climatique qui nous attend fait sans doute hésiter des gens à faire des enfants, pourquoi le problème massif de la fertilité dans notre pays qui n'est absolument pas prêt en compte là aussi peut freiner l'envie d'avoir des enfants, tout ça, ce sont des questions que l'extrême droite ne se pose évidemment jamais. Et ça va aussi de pair avec le processus d'extrême-droitisation de la société qu'on a déjà décrit à plusieurs reprises, quand M. Macron a parlé de réarmement démographique, quand il s'est permis d'envoyer une lettre à tous les jeunes de 29 ans pour leur dire de faire des enfants. Il participe de ce phénomène de réaction et de remettre au devant de la scène la famille traditionnelle. Et donc faire une politique de l'amitié qui promeut d'autres liens, qui promeut d'autres solidarités, qui promeut d'autres façons d'organiser son existence, c'est aussi opposer une résistance très ferme à l'extrême-droitisation de notre société. Et enfin... Et enfin, troisième point, c'est une évidence, mais c'est un horizon progressiste. Les féministes qui ont participé, moi, à mon éducation politique nous ont toujours dit que le privé était politique. Et donc se saisir de ces liens qui sont relégués à la sphère intime, privée, domestique, dont on ne parle pas et s'en emparer politiquement. fait aussi partie pour moi de ce chemin féministe qu'on doit continuer à poursuivre, même si celles qui nous ont précédées ont évidemment mené des combats extrêmement difficiles. C'est en réalité venir subvertir à tout le moins questionner l'ordre patriarcal des choses et cette reproduction de la domination des hommes envers les femmes. Et donc, pour moi, porter une politique de l'amitié, c'est porter un projet d'émancipation pour toutes et tous. La deuxième raison pour laquelle j'ai voulu me saisir de ce sujet, c'est que j'estime qu'en fait je parle d'une situation qui est déjà là, qui est déjà importante pour plein de gens dans la façon dont ils configurent leurs existences. Vous le savez, on aspire à gouverner, et donc évidemment, quand on est parlementaire, j'ai le sentiment qu'on est toujours en retard par rapport à ce qui existe déjà, mais que notre devoir, c'est de le formaliser, de le transcrire pour le rendre universel et pour formaliser ce qui peut être des nouveaux droits. Et donc, dans la vie des Français aujourd'hui... les liens alternatifs à ceux de la famille biologique traditionnelle sont déjà absolument fondamentaux. Quand on voit les bouleversements anthropologiques qu'on a vécu en 70, 60, 50 ans, c'est absolument massif. Par exemple, le fait qu'aujourd'hui, une majorité de la population n'habite plus dans le même département que celui de sa naissance, que celui de ses parents, et donc que le département de là où on a grandi en étant petit. Ça provoque de fait un changement des configurations puisque au 19e siècle, c'était deux personnes sur dix seulement qui avaient connu cet exode, cet éloignement, cette distance géographique. Donc ça provoque évidemment des nouveaux liens qui sont importants dans le quotidien des gens. Deuxième point, on ne se marie plus nécessairement pour avoir des enfants et on divorce beaucoup plus souvent qu'avant. C'est six personnes sur dix désormais qui sont des enfants nés hors mariage. Dans les années 80, c'était 1 personne sur 10. Donc on voit à quel point ce phénomène est allé extrêmement vite, c'est-à-dire que le mariage comme institution centrale, comme passage obligé dans l'existence, etc., n'est déjà plus dans la société française. Et le nombre de divorces a, lui, été multiplié par 3 dans les 50 dernières années. Et aujourd'hui, on est dans une situation où les façons de faire famille sont déjà extrêmement différentes. Un quart des familles françaises sont des familles monoparentales. où le couple n'est déjà plus le quotidien des gens. Et donc il me semble qu'on doit se saisir de ce déjà-là en disant il existe, il faut le reconnaître, il faut le permettre et il faut l'accompagner. Et pour moi, le code civil tel qu'il est aujourd'hui, je vais y venir après, est complètement archaïque en cette matière pour accompagner les existences des gens. Ensuite, et j'avais à cœur de mettre un focus là-dessus dans le livre, Il me semble que l'amitié permet de saisir le fait que si elle est déjà là dans les existences des gens pour plein de gens dans la population française, elle prend une valeur absolument primordiale et fondamentale, parfois même jusqu'à la survie, pour celles et ceux qui sont déjà les premières victimes du néolibéralisme et du système économique, de la compétition de tous contre tous, de l'individualisation, de l'atomisation des individus. Je parle là par exemple des personnes qui habitent dans des quartiers populaires. Il y a des études qui ont montré que c'était trois fois plus d'ouvriers et d'employés qui habitent dans des quartiers populaires que de cadres qui ont trouvé leur emploi actuel grâce à des amis, grâce à leur réseau de sociabilité, grâce à leur réseau d'interconnaissance. Et donc on voit que le capital économique ou culturel, qui dans d'autres endroits est plus important, est contrebalancé par ce capital social. Et que donc nos liens, nos solidarités sont aussi inégaux. sont aussi censitaires d'une certaine façon et que donc ils sont absolument indispensables pour ces personnes. Les personnes migrantes aussi, qui dans leur parcours de migration... font de leur survie nécessaire le fait d'atterrir dans un endroit où elles connaissent déjà des personnes, où elles ont des liens d'interconnaissance pour savoir quelles informations trouver. A fortiori, avec des politiques répressives de non-accueil ou d'accueil absolument inhumain et indigne dans un pays comme le nôtre, ces liens-là sont absolument primordiaux. Je pense aussi aux mères isolées. Je l'ai dit, c'est un quart des familles qui sont monoparentales. Pour 90% de ces familles, ce sont des femmes seules avec leurs enfants. qui développe là aussi des solidarités alternatives puisqu'elle ne bénéficie pas de tous les avantages qui sont réservés aux couples dans le système socio fiscal pour permettre l'éducation des enfants. Et puis je pense aux seniors. Il me semble que c'est un point aveugle de trop de politique publique. Les seniors pour qui le modèle conjugal n'est plus une évidence, parce que même quand il y avait couple, les deux personnes n'arrivent pas à la fin de la vie au même moment, évidemment. Et pour qui l'horizon aujourd'hui qui est proposé, c'est la fin de la dépendance. C'est très rarement de rejoindre un logement où il y a les générations plus jeunes. C'était bien plus le cas avant. mais où l'horizon qui s'offre à eux et à elles, très souvent, c'est les EHPAD privés, payants, donc là aussi avec une inégalité flagrante, et avec tous les scandales de maltraitance dont on a pu avoir connaissance ces derniers temps. Et donc là aussi, il me semble qu'il y a quelque chose à penser pour lutter contre l'isolement des individus, leur permettre de reconnaître ces solidarités matérielles auxquelles ils ont besoin. Et puis plus largement... On affronte aujourd'hui des défis existentiels qui sont très importants. Je pense à l'épidémie de solitude qui atteint nos sociétés. Je viens d'en parler. Le néolibéralisme est un système économique qui promeut l'atomisation des individus, qui les isole les uns des autres. Dans les collectifs de travail, c'est de plus en plus difficile d'avoir des luttes collectives, d'avoir du temps hors du temps productif réservé à la production. Et ça a pour conséquence que dans notre pays, il y a une personne sur quatre qui se dit seule quotidiennement ou très régulièrement. 25% des Français et 750 000 personnes qui se disent en situation de mort sociale. Mort sociale, ça veut dire que dans la semaine, dans la journée, elles n'ont strictement aucun contact social avec personne. Pour beaucoup, ce sont des seniors, mais on pense aussi aux très jeunes, aux étudiants. Au moment du Covid, on en a un petit peu parlé de cet isolement social, mais je trouve que depuis, ça n'est plus vraiment un sujet alors que c'est absolument massif. Deuxième défi existentiel, c'est celui du changement climatique. On va devoir, dans les années à venir, et on l'a déjà un petit peu vécu cet été, la chaleur aujourd'hui nous y replonge. On a vécu dans notre chair la multiplication de ces catastrophes climatiques, les canicules en l'occurrence, mais autres événements climatiques extrêmes. Et je me suis appuyée sur des travaux. issus du champ de la collapsologie notamment, mais qui montrent à quel point la volonté de survivalisme individuel ne menait nulle part. Et à quel point nous avions au contraire besoin de liens de solidarité, de liens, Pablo Servigne appelle ça les liens voisinotaires avec nos voisins, celles et ceux qui nous entourent, pour être plus résilients et résilientes face au changement climatique. Et donc cultiver une politique de l'amitié qui, vous l'avez compris, est plus ample que ça, qui est une politique de lien, d'entraide, de solidarité, c'est aussi une réponse à la société d'aujourd'hui, mais aussi à la société qui nous attend demain. Et c'est ce que j'essaye de montrer dans le livre. Et puis enfin, la raison essentielle, elle est venue avec les témoignages. c'est de répondre aux injustices auxquelles on peut faire face avec nos relations et aux inégalités matérielles que ça peut engendrer. D'abord parce qu'on vit dans le système néolibéral, mais on vit aussi dans la France de Macron où tout coûte cher. Et il y a deux obstacles principaux au fait de cultiver nos solidarités, nos amitiés, nos liens avec les gens qu'on aime. C'est l'argent et c'est le temps. Ce sont des conséquences du système économique dominant tel qu'il est promu. Mais pour l'argent, il y a une personne sur deux dans notre pays qui trouve que l'amitié, entretenir des amitiés, ça coûte trop cher. Il y a des témoignages édifiants sur la multiplication des cagnottes litchi pour les anniversaires, combien ça coûte d'aller à un mariage dans l'été, mais donc combien ça coûte d'aller à deux mariages, à des anniversaires, etc. Et tout ça, pour moi, est le symptôme aussi d'une société dans laquelle les espaces publics ne tolèrent plus les gens. Ne tolère plus les simples lieux de rencontre. Les bancs publics, par exemple, ont disparu des politiques urbaines parce que le but est de chasser les personnes sans abri, sans domicile, qui peuvent y trouver un peu de repos quelque temps, et parce que plus globalement, les politiques répressives, racistes, contre les jeunes... On fait disparaître de l'espace public tous ces endroits où il était possible juste de se rencontrer et de passer du temps ensemble gratuitement et sans consommation. Et donc, j'ai lu une étude qui montre que les plus pauvres se privent 25 fois plus que les plus riches dans notre pays. pas les plus riches, pas les 0,1%, les plus riches au-dessus du salaire médian, de pouvoir aller boire un verre ou aller au restaurant avec des amis dans la semaine. Il en résulte une privation de liens sociaux qui, là aussi, est parfaitement inégalitaire et censitaire, et donc qui accable encore celles et ceux qui sont déjà les plus précarisés et les plus pressurisés. Et puis le temps, c'est la même chose. L'accélération de ce temps, l'accélération de la productivité, les discours réactionnaires qui reviennent sur l'augmentation du temps de travail. Il me semble que porter une politique des liens et de l'amitié, c'est aussi porter une politique du temps libéré. Oui, nous assumons de vouloir toujours les 32 heures. Oui, nous assumons de vouloir toujours la sixième semaine de congé dans l'année et la retraite à 60 ans. Et ensuite, parce que dans la France de Macron, là aussi, je l'ai dit en introduction, il y a une hiérarchisation des liens sociaux. Les amitiés sont méprisées. Elles sont vues comme des liens accessoires, alors même que pour certaines personnes, elles sont absolument essentielles. On a ouvert la PMA par la loi aux femmes seules, mais le Code civil aujourd'hui, le système socio-fiscal, n'encourage et n'accompagne encore aujourd'hui que les couples, que les personnes qui font un projet de parentalité en couple. J'ai voulu étudier, essayer de décortiquer, je vais vous en donner quelques-unes, quelques-uns des exemples, décortiquer ces injustices qui se font jour notamment aux moments les plus peut-être marquants, difficiles, charnières de l'existence et proposer des nouveaux droits qui y soient accolés. Donc j'ai commencé par étudier la question de la parentalité. de la naissance, en l'occurrence. J'ai parlé des mères seules, j'ai parlé des femmes qui peuvent faire des enfants seules, de la PMA ouverte aux femmes seules. Et donc je propose dans le livre d'ouvrir le congé pour postpartum pour que un ou une amie puisse épauler une femme qui a un projet de parentalité et qui ne voudrait pas le mener seule. Ensuite vient la vie de l'enfant. On est confronté exactement aux mêmes situations et aux mêmes problèmes. Je ne sais pas si vous le savez, mais dans le code du travail aujourd'hui, il existe un congé pour enfants malades. Jusqu'aux 16 ans de l'enfant, c'est trois petits jours par an. Donc déjà, il faut quand même s'organiser parce que généralement, c'est beaucoup plus que trois petits jours par an si jamais il y a un problème où la personne a le droit de quitter son travail. Et donc je propose notamment dans le livre de doubler ce nombre de jours de congés pour enfants malades pour toutes les mères qui sont seules, parce que non, elles n'ont pas les jours du conjoint ou de la conjointe pour les accompagner, et de pouvoir les transférer là aussi à un ou une amie qui viendrait prendre le relais dans la sphère privée pour s'occuper de l'enfant qui serait malade. Autre moment difficile, la maladie. Aujourd'hui, on a beaucoup parlé des maladies politiques, de leur multiplication. Le nombre de personnes qui sont atteintes d'un cancer, d'une maladie chronique augmente absolument. Notre société ne repose que sur la solidarité interindividuelle puisque les services publics sont attaqués. Mais y compris la solidarité interindividuelle, elle est pensée avec un biais qui est celui de la conjugalité et de la famille. Et donc je propose que le congé pour proches aidants puisse plus facilement être accordé à un ou une amie qui veut accompagner quelqu'un dans une maladie longue. Et je rappelle que 45% des malades du cancer, c'est à dire presque une personne sur deux, fait quotidiennement appel à un ou une amie pour venir l'aider, pour venir l'accompagner, pour venir passer du temps avec elle ou lui et lutter encore mieux contre la maladie. Autre moment difficile de l'existence, et là j'ai reçu les témoignages qui sont peut-être les plus bouleversants, la question du décès d'un ou une amie et la question du deuil qu'on peut ou qu'on ne peut pas faire après. Le deuil amical est complètement sous-estimé, c'est comme un non-sujet. Le deuil d'un conjoint, d'une conjointe, d'un enfant, tout ça est évidemment pensé dans la société, mais le fait que 9 Français sur 10... sont ébranlés voire terrassés après la mort d'un ami ou d'une amie proche dans leur existence n'est absolument pas pris en compte. Et pourtant c'est un nombre très conséquent de personnes qui se disent incapables de retourner au travail le lendemain, qui se disent incapables de reprendre la vie comme si de rien n'était. Et puis il y a tout un tas aussi de difficultés matérielles pour celles et ceux qui soit sont en rupture familiale, soit ne s'insèrent pas dans ce modèle de la famille. Ce sont bien les amis qui s'occupent de l'organisation des funérailles, des obsèques, de contacter hôpital, gendarmerie, toutes ces démarches qu'il faut faire. Et j'ai reçu, oui, des témoignages absolument bouleversants de gens qui ont été empêchés. qui ont dû mentir sur leur lieu de travail pour dire « j'ai mon cousin qui est décédé, je dois m'occuper de telle ou telle chose », ça me paraît une situation absolument inhumaine qui est due à une chose, c'est à cette hiérarchisation symbolique de nos liens. Et donc je propose que le congé pour deuil puisse être étendu aux proches, aux amis, à celles et ceux qu'on aime plus largement en dehors de la famille biologique. Plus largement, j'ai voulu... Là, je me suis attaquée au code du travail. Donc, évidemment, dès que vous vous attaquez au code du travail, vous vous attaquez au capital, à son accumulation. Et donc, c'est de cette proposition d'une série de nouveaux droits au congé. Je vais m'arrêter bientôt. C'est de cette proposition d'une série de nouveaux droits à des congés qui est venue toute la panique morale. Elle est aussi venue d'un autre champ, qui est celui de la filiation, de la transmission et de l'héritage. Et c'est pour ça que j'ai proposé dans le livre de créer un pacte amical. On peut vouloir lier sa vie, son existence à un ou une amie sans entretenir de relations romantiques ou amoureuses avec cette personne. Et vouloir affirmer notre solidarité très concrète. Alors je dois m'arrêter là, après il va y avoir une séance de dédicaces et on pourra échanger peut-être sur le livre. Mais ce que je voulais essayer de vous faire saisir, c'est qu'à mon sens, cette question de la politique de l'amitié, qui est une petite fenêtre pour entrer sur la question des liens sociaux, permet en réalité très vite de parler de la politique du temps libéré. du travail, permet de parler de nos politiques urbaines, de parler de nos politiques sociales, permet de parler d'héritage, de filiation, de transmission. Et donc... partie intégrante du projet qu'on défend pour la nouvelle France et en 2027 et j'ai eu dans le coeur en écrivant ce livre la joie de me dire que certes avec la majorité réactionnaire qu'il y a à l'assemblée nationale ce projet ne pourrait pas entrer en application tout de suite mais qu'il y a quand même un horizon de combat et de victoire très prochaine l'année prochaine en 2027 et qu'à ce moment là on pourra le faire Donc j'ai apporté ma pierre à l'édifice de ce qu'on construit intellectuellement. C'est indissociable d'un projet de rupture. C'est bien pour ça qu'il y a une offensive réactionnaire sur le sujet que j'amène. J'en suis très contente. Je sais que je le fais aussi partiellement avec votre soutien. Je vous remercie beaucoup pour votre attention. Et puis bonne fête de l'UMA à toutes et tous. Profitez bien. Amusez-vous bien.
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