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Je suis trop heureuse de vous voir si nombreuses et nombreux ce soir. Pour cette soirée un peu particulière, on se retrouve pour un match. Un match à l'ambiance familiale et fair play. La grande ruffinade, une discussion entre les frères et sœurs ruffins. Je m'appelle Zélie et j'ai l'honneur d'être l'arbitre de ce match exceptionnel. Vous les connaissez déjà, mais je vais me risquer à une petite présentation. Laurence Ruffin, engagée depuis 20 ans dans l'économie sociale et solidaire, chef d'entreprise, elle est aujourd'hui maire de Grenoble. François Ruffin. Reporter depuis 25 ans, césarisé pour son film Merci Patron, député et candidat à l'élection présidentielle. Alors, vous êtes chauds ? J'ai hâte de partager avec vous ce moment. un peu particulier, et qui j'en suis sûre a attiré les plus grands fans, mais aussi les plus curieux. Parce que ce soir, nous allons avoir les meilleures anecdotes de la famille Ruffin. Alors, dans 3, 2, 1, merci d'accueillir chaleureusement et sans demi-mesure François Ruffin et Laurence Ruffin ! installé ? Laurence. Laurence, on va ouvrir ce match avec toi. Dans le monde de l'entreprise, on demande souvent aux nouveaux arrivants de faire un petit rapport d'étonnement. Est-ce que tu pourrais nous faire ton rapport d'étonnement de ton arrivée dans la vie politique ? Bonjour
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à vous. Alors, ce que je dirais, c'est que, en fait, je porte la même chose dans le monde politique que ce que je faisais avant, mais en fait, le jour où j'ai décidé de m'engager, avant, on disait tout le temps que c'était génial, et le jour où j'ai décidé de m'engager, j'ai été hyper critiquée. Donc je dirais que le monde politique est hyper exposé, et en disant les mêmes choses, tout est permis en mode mensonge, alors que j'ai l'impression de porter le même projet, les mêmes idées politiques. Ça, c'était le rapport négatif. Maintenant, le côté positif, c'est que je trouve qu'on est très proche des gens. On a un groupe d'élus, nous, qui fait l'union de la gauche des écolos et de citoyens. Et avec des gens qui, finalement, s'ils se sont décidés, si on s'est décidé pour se lancer, c'est de très gros engagements. Avec des gens qui viennent nous parler tous les matins de tout. de leurs besoins, de leurs problèmes. Ça peut aller du trottoir à l'école de leurs enfants parce qu'il fait trop chaud, à la question de vouloir faire un nouveau festival dans notre ville. Et du coup, je trouve qu'il y a quelque chose d'assez génial de se sentir un peu utile, un peu à notre niveau, pour faire en sorte qu'on améliore la vie des gens.
François, toi tu es reporter depuis toujours. Si tu devais nous faire une brève de la vie politique des ruffins, qu'est-ce que tu nous écrirais en quelques mots
'abord, dire que ma sœur est une bonne élève et ça se voit déjà dans la manière dont elle répond aux questions que pose Zélie. Et moi je suis un cancre et je fais ce que je veux. Et je vais vous dire d'abord pourquoi j'ai voulu qu'il y ait cette moment d'échange et en fait je le vends depuis des années et des années. je veux... Alors on n'a pas eu la grande primaire de la gauche, on n'a même pas eu la petite primaire du Parti Socialiste, mais pourquoi vous avez la primaire des Ruffins ? Et pourquoi en fait dans cette primaire je veux faire campagne pour ma sœur plutôt que pour moi ? Parce que je considère que ma sœur c'est la meilleure. Je le pense vraiment. Alors, tant mieux si elle est meure de Grenoble, et tant mieux pour les grenoblois, mais je pense que c'est vraiment un gâchis pour le reste du pays. Et oui, je pense que ma soeur, elle devrait être à Bercy, elle devrait être ministère de l'économie, si ce pays tournait normalement, parce que, au fil de son parcours... Elle est passée de l'économie classique, et je trouve que c'est toujours bien d'être allé chercher des armes chez l'adversaire, alors c'est l'ESSEC, c'est les cabinets de consulting, et puis d'être passée à l'économie sociale et solidaire, mais là, parfois avec un côté un peu techno, un peu micro, je regarde comment je peux arranger la boîte et tout ça, c'est très bien, et là, en plus, maintenant, elle est en train d'embrasser les enjeux du pays. Donc vraiment... L'avenir du ruffinisme, il est là. Voilà pourquoi je voulais avoir ce débat.
Maintenant que François ne nous a pas écrit une brève, mais le journal de sa sœur, Laurence, nous, on va continuer de jouer les bonnes élèves. Toi, dans ce que tu as vu dans le monde de l'ESS, de l'économie sociale et solidaire, qu'est-ce que tu conseillerais à François de porter dans sa campagne ? En fait, c'est quelle vision du monde que tu as envie de lui insuffler ?
-être parler deux mots de pourquoi je pense que l'économie sociale et les coopératives, c'est comme ça qu'on devrait voir l'économie tout court et la société. Parce qu'en fait il y a trois grandes idées qui me semblent hyper importantes. La première c'est la place des personnes qui bossent dans la structure. En fait dans une coopérative ce sont les salariés qui décident, qui sont associés, qui sont majoritaires. Et pour moi c'est la base. En fait, Jaurès disait qu'on est citoyen dans la cité, on devrait l'être dans l'entreprise. Nous, on considère que c'est normal, c'est comme ça que ça devrait fonctionner. C'est ce que j'ai vécu pendant 20 ans, ça marche. Et donc je pense que dans le monde économique de demain, on devrait avoir au moins 50% de salariés dans les conseils d'administration et qu'on ait une place très forte en termes de démocratie et de gouvernance. Le deuxième sujet qui me semble inspirant dans l'économie sociale, c'est la question du partage de la valeur, de la richesse qui est créée. Puisqu'il y a des règles qui sont définies et qui disent qu'on doit donner au minimum 25% aux personnes qui bossent du résultat. On doit au maximum donner en dividendes ce qu'on a donné aux salariés ou laissés dans l'entreprise. Et on doit beaucoup investir, beaucoup laisser dans l'entreprise. Et je vais oser le terme puisqu'on a eu beaucoup de débats sur ce sujet. Il y a un concept incroyable, hyper technique, qui s'appelle les réserves impartageables. Mais en fait, c'est ce qui fait qu'on ne financiarise pas l'économie.
tous les repas le dimanche midi, on avait le droit à un exposé sur les réserves impartageables. Je voulais écrire un bouquin qui s'appelle « Réserves impartageables », mais elle va encore nous réexpliquer quand même.
-y Laurence, parle-nous de tes réserves. En tout cas, c'est l'idée de dire qu'on laisse de l'argent dans la structure, dans le monde associatif, mutualiste, coopératif. qui ne peut pas être redistribué aux actionnaires, qui n'a pour vocation que d'être investi et de faire en sorte que la structure, elle dure. Donc c'est assez technique, mais en fait, derrière cette idée, il y a une idée fantastique de considérer que, en fait, on est dans une structure, on est là pour bosser ensemble, pour se répartir ce qu'on gagne et pour que la structure, elle dure. Et derrière cette grande idée, il y a des choses qui sont possibles, qui existent aujourd'hui et qui marchent. Et c'est ce sur quoi j'insiste, c'est qu'on peut s'en inspirer. Et donc ça, c'est tout ce qui est répartition de richesses. Et puis le troisième volet, évidemment, qui est moins présent dans l'ESS, dans l'économie sociale, mais c'est la question de pourquoi et qu'est-ce qu'on fabrique, de quoi on a besoin et où on le fabrique. Donc les réserves impartageables permettent de ne pas délocaliser, puisqu'on ne peut pas faire de plus-value sur les structures. En revanche, la question de qu'est-ce qu'on produit, comment on fait une attention écologique à la production, ça me semble être la troisième ligne de conduite de l'économie pour demain.
on veut une réaction. François, tu nous parles tout le temps. Industrie, travail, état protecteur. Alors, parle-nous d'économie sociale et solidaire.
En fait, j'en parle. Moi, vous savez, je cherche le chemin pour parler aux gens le plus largement et qu'ils nous comprennent. Et je me demande si quand on dit économie sociale et solidaire, c'est quelque chose qui est vulgaire et vulgarisé, je veux dire, et que tout le monde comprend, ou qu'au contraire, le mot est presque un obstacle. Mais je veux dire, quand je dis qu'aujourd'hui, notre pays, il tient... Non pas par le haut, par l'Assemblée, par l'Elysée, mais par le bas et en particulier par les associations. Et que si on a encore de la chance d'avoir du sport, de la culture, de la solidarité, à la fois dans les quartiers et dans les campagnes. par les bénévoles et les salariés du monde associatif, en fait je parle de l'économie sociale et solidaire. Quand je termine au boulot avec Sarah Salman dans le territoire zéro chômeur longue durée du côté de Tours, en fait je parle de l'économie sociale et solidaire. Je me demande comment embarquer les gens dans cette direction-là sans que ça devienne technique en un sens. Et donc voilà. Donc évidemment je crois que... Je le dis de ma crainte, le prochain grand craquage de la société française, c'est le monde associatif. Le jour où ce tissu-là craque, et on voit avec une usure des bénévoles, des salariés et des directeurs, directrices qui sont amenés à faire de plus en plus de tâches administratives pour faire des rapports d'activité, chercher du mécénat y compris, on a une usure du monde associatif, et le jour où ça craque, c'est le sport, c'est la culture, c'est la solidarité qui disparaît. Et après, il y a une sensibilité qui est différente avec ma sœur. C'est qu'en gros, elle croit qu'en aidant le monde des gentils... D'accord, ma sœur est gentille, elle est vraiment gentille, et elle croit que les gentils vont transformer le monde. Et d'ailleurs, quand elle est arrivée en politique, elle a dit, mais Alain Carignan, en fait, il est méchant. Et dans l'économie sociale et solidaire, penser qu'on va l'aider... Moi, j'ai fait de la presse alternative. Mais j'ai toujours dit que la presse alternative n'est pas une alternative. À un moment, c'est TF1 qu'il faut récupérer. Aujourd'hui, c'est Facebook, c'est Google, et ainsi de suite. Et on ne peut pas se contenter d'être dans une niche à côté sans chercher à transformer les médias dominants. On ne peut pas se contenter d'être dans une niche à côté, quand bien même ça serait une grande niche, l'économie sociale et solidaire. J'aurais assez répété là quand même. Comment on transforme l'économie dominante ? J'ai un exemple qui date du XIXe siècle. Dans notre région, en Picardie, il y a Guise. Je ne sais pas si vous êtes déjà allé au fin ministère de Guise. Franchement, allez-y, c'est formidable. Jean-Baptiste Godin, qui est un homme de génie, au XIXe siècle, c'est un gars de la campagne, un jeune ouvrier, et il fait son tour de France, et il a l'esprit, il rentre chez lui dans l'Aisne, et il invente un poêle, un poêle qu'on utilise encore, le poêle Godin. Une invention formidable. Et là... Plutôt que de dire, bon allez, je prends tout le pognon comme les autres, on est autant de Charles Fourlier, on est autant de Proudhon, on est autant des phalanstères, des différentes formes de socialistes, il se dit, bon bah, à la place, ce que je vais faire, c'est que je vais faire un palais pour les ouvriers. Et il fait un Versailles en face, avec, c'est formidable, une piscine. La piscine, le fond, il est démontable pour que les gamins puissent apprendre à nager et que les adultes puissent aussi y aller. Et il a une bibliothèque, l'école... moment où elle n'est pas encore obligatoire. On a un immeuble où au rez-de-chaussée, ça va être pour les personnes âgées, au fur et à mesure de sa vie, on évolue. Au dernier étage, c'est pour les couples de jeunes mariés. Puis on est au deuxième ou au troisième, quand on a des enfants, parce qu'on ne va pas monter tout en haut. Donc voilà. C'est un génie. C'est lui qui invente aussi le vide poubelle. Il a un seul problème, ce mec-là. C'est qu'il ne croit pas à la lutte des classes. C'est qu'il n'intègre pas la lutte des classes et il se dit, si je le fais à Guise et que c'est bien, les autres patrons vont m'imiter. Sauf que ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Et donc évidemment, il faut la conjonction de l'invention par des associations, par des entreprises différentes, avec quand même le rapport au capital, la lutte des classes et la volonté de transformer la société dans son ensemble.
je pense qu'il ya un sujet commun c'est que moi je considère que ça doit être ça l'économie c'est à dire que ça doit pas rester aujourd'hui c'est 10% de l'économie Et évidemment, quand je parle de nos trois idées fortes, c'est ça qui doit permettre demain de penser l'économie. Et là, on prend un exemple de quelque chose qui existait au 19e, mais je veux dire qu'aujourd'hui, il y en a plein qui existent encore et qui permettent de produire avec des salariés, des ouvriers qui sont majoritaires dans leur structure. D'ailleurs, le premier, quand tu étais là-bas, si j'y suis. l'un des premières interviews que tu avais faites c'était à Serralep dans une structure parce que moi je travaillais dans le monde coopératif à l'époque dans une structure qui avait été reprise qui était en difficulté qui avait été reprise par les salariés et de dire à quel point ça change la donne tant d'un point de vue industrie que d'un point de vue place des personnes dans la structure donc ça existe encore aujourd'hui ça suffit pas ce qu'on fait évidemment ça va passer par d'autres batailles depuis mes débuts dans le monde politique il n'y a pas très longtemps en novembre j'ai beaucoup changé ça va assez vite le fait de comprendre que effectivement c'est un monde où il y a des méchants. Voilà. Merci
Laurence. Bon, là on a été assez sérieux. On a parlé économie, on a parlé tissu local associatif. Maintenant, on va parler de discussion de famille. Mais en fait, c'est quand même assez fou d'avoir autour de la table un frère qui est député et une sœur qui est mère. d'une des plus grandes villes de France. C'est quand même un truc de fou. Comment vous en êtes arrivés là ? Est-ce que vous avez des parents communistes qui vous ont mis ça dans la tête de votre enfance ? Des discussions de famille, des repas de Noël agités où on chantait l'international ? C'était quoi chez vous
non, nos parents ne sont pas politisés. Ça peut paraître étonnant, mais non. En revanche, je pense que chacun a leur manière. dans leur manière de vivre, dans leur manière de faire, on va voir si on a le même avis sur la question, nous ont transmis quelque chose. Je pense par exemple à ma mère qui était très très accueillante. C'était normal d'accueillir. L'été, on avait toujours des personnes qui venaient passer l'été avec nous, qui ne pouvaient pas partir en vacances, ou des personnes qu'on accueillait qui venaient de pays en guerre, où on était quand même un endroit. qui était un endroit naturel d'accueil et c'était normal d'être, on dirait solidaire, mais c'était pas ces termes-là qui étaient utilisés, c'est-à-dire c'était normal de partager, j'allais dire. Et pour mon père, en tout cas moi, ce qu'il m'a transmis peut-être, entre autres, alors il travaillait beaucoup, c'est un rapport particulier à... Moi j'utiliserais le mot féminisme maintenant, mais c'est pas du tout ce qu'il aurait employé à l'époque. J'étais la seule femme, la seule fille parmi tous les cousins. Et il a toujours tenu à ce que je réussisse pour être libre dans un monde... Difficile, plus difficile en tout cas pour les femmes. Et je pense que ça, c'est pas... Quand il y avait un ballon qui était coincé sous des vaches et qu'on jouait au foot, parce qu'on faisait beaucoup de foot dans la famille, ils me disaient, vas-y, toi, tu n'oses pas y aller, mais toi, tu peux y aller. Donc il y avait quelque chose de l'ordre de l'encouragement pour faire en sorte qu'à leur manière, ils nous ont transmis quelque chose. Et toi François, c'est quoi ta question ? Je suis d'accord.
Nous n'avons pas eu la chance d'avoir des parents communistes, ni socialistes, ni écologistes, ni de droite. Et je dis que c'est une chance de ne pas avoir eu des parents communistes. Pourquoi ? Parce que dans la manière de s'adresser à la société, ça veut dire qu'il y avait les codes automatiques de la politique, le langage comme il faut, on ne l'a pas eu. Et donc ça veut dire que... D'abord, on n'avait pas vocation à ça, mais c'est venu par des chemins de traverse et ça n'a pas été, ah bah tiens, on va faire Sciences Po. Et puis derrière, on sera conseiller parlementaire. Et puis derrière, peut-être qu'il y aura moyen de gratter un poste d'adjoint dans une mairie. Il n'y a personne, à mon sens, qui est dans notre famille, qui n'a jamais été élu. Je sais qu'il y a un grand cousin qui a gagné un concours de labours. J'ai vu ça. Mais je crois que... Peut-être, mais bon. En revanche, il y a une transmission qui est de l'ordre de l'infra-politique. Un fils, je dis, de la lumpenpaysannerie, du sans-terre, dans la grande pauvreté quand même, et toute sa vie, dans sa scolarité notamment, mais il s'est bagarré pour y arriver, pour s'en sortir, et donc avec transmission de l'effort. Je veux dire, moi, mes enfants, j'ai un problème à ce qu'ils orthographient le mot « effort », mais bon... Voilà, mais chez mes parents, il y a eu, enfin mon père, il y a eu l'effort, on doit bosser le matin. Je me souviens de ses pas dans les escaliers à 5h du matin. voilà nous on était endormi mais je me souviens que voilà et puis il revenait il faisait nuit voilà en clair bon donc il y avait un truc de l'effort de de si tu veux y arriver si tu veux obtenir l'égalité va falloir te bagarrer il y avait un truc de bagarre on savait que la place ne serait pas donné quoi quelque part et de l'autre côté chez ma mère il ya un grand accueil une générosité du partage d'ailleurs dans mes campagnes la La maison sert de lieu d'accueil des militants, d'accord ? Et vraiment, je pense qu'ils mettent des étoiles, quoi. Ils sont super bien accueillis, il y a le petit déjeuner, bon bref, il y a tout ça, à tel point que c'est un problème pour moi, parce qu'à la fin, ils veulent plus voter pour moi. Les militants, ils veulent voter pour ma mère, quoi.
Trop bien. Vous êtes donc tous les deux élus. Qu'est-ce que ça change dans vos discussions ? Comment ça a fait évoluer votre lien ? Est-ce que c'est resté pareil ? Ou est-ce qu'aujourd'hui, maintenant, vous avez des discussions hyper méga sérieuses de politique ? Ou peut-être que vous les avez toujours eues
ne sais pas. Le problème, c'est que quand je prends le micro, je ne le lâche plus. Non, je pense que le grand point de rapprochement, on a toujours été proche, on s'est toujours beaucoup aimé, c'est pas le problème. Mais le grand moment de rapprochement, c'est pas l'entrée de Laurence dans la vie politique. C'est le moment où elle décide de rompre avec les cabinets de conseil, avec l'économie dominante et où elle vient... Elle franchit un cap et ça veut dire une chute en niveau de salaire. Ça veut dire que vis-à-vis de ses collègues de l'ESSEC, elle apparaît moins flamboyante dans la carrière. Mais il y a un choix de rupture avec ça. Et oui, à ce moment-là, je m'intéresse beaucoup plus à ce qu'elle fait qu'auparavant. Et donc je pense que le grand moment de rapprochement où j'ai envie de la suivre, où je me dis « Allez, on va faire des reportages autour de toi », où je tiens à comprendre ces histoires de réserve impartageable, c'est celui-là. Et finalement... L'entrée dans la vie politique. Alors elle m'a demandé conseil. Jamais j'étais le grand frère de ma sœur. Je veux dire, entre les deux, la grande sœur, raisonnable, sage, qui sait où elle va, et l'instable, qui pose problème, c'est moi. Donc j'ai toujours été, c'est elle la grande sœur. Mais là je me suis retrouvé à être à nouveau un petit peu mentor, à mon sens pour... Est-ce que j'y vais ou est-ce que j'y vais pas ? Il y a tout ce temps d'incertitude. Et je disais que bon, moi je la voyais bien faite pour ça, mais il fallait qu'elle soit armée pour le combat. La vie politique, c'est pas la vie économique, c'est autre chose. Et donc il allait falloir aller à la bataille, il fallait qu'elle soit prête à se prendre des tartes dans la gueule et que ça lui fasse pas mal, quoi. Donc je l'ai averti de ça. Et puis ensuite... Après le premier tour, je peux l'évoquer, mais après le premier tour, Carignan arrive en tête à 0,1 points près. Et je sens un grand découragement. Et je pense qu'à ce moment-là, je lui remets le pied à l'étrier en disant « Non, t'as pas le droit, maintenant, faut y aller, faut y aller, il te reste une semaine, c'est la bagarre, tu vas jusqu'au bout, pas de regrets. »
toi, Laurence, t'as vu de quel œil ? Est-ce que t'as vu des changements quand ton frère est devenu député et s'est engagé en politique ?
Je pense que François l'a dit, on a toujours été très proches. Déjà quand on était jeunes, ce rapport de... Moi je pense que François c'est quelqu'un d'impôt différent, au sens positif du terme. Quand tout le monde va faire la fête, il a écrit une pièce de théâtre, et d'ailleurs il me la faisait jouer. C'était nos vacances. Il me parlait de Bourdieu, il me parlait de Cavana, alors qu'on était tout gamin, à des moments où moi, je me plaisais à aller nager, j'avais des copines. Donc je pense qu'on a toujours eu ce côté particulier dans la relation, d'être nourri de façon un peu digne. Dans nos différences, j'allais dire. Il a toujours respecté les choix que j'avais faits. C'est-à-dire que quand j'ai commencé dans le monde économique classique, je n'ai pas duré longtemps, je le souligne, je suis restée moins de deux ans. Donc il n'y a pas eu de jugement, mais j'ai senti qu'il y avait beaucoup plus d'intérêt quand je suis arrivée dans le monde coopératif. Où effectivement, on a aussi eu des batailles en commun. On a eu des batailles sur une boîte à côté de Grenoble, d'une usine qui avait été reprise par un fonds de pension. et qui avait dilapidé complètement les stocks alors que c'était une boîte qui était complètement viable. Donc on a eu aussi des moments en particulier autour de la question du travail, je pense où moi je ne mettais pas forcément des mots dessus, mais je pense que j'adorais faire des choses avec les gens. Et du coup je pense qu'on a eu ces batailles communes. Et puis je crois aussi que plus récemment, un des moments qui m'a permis cette bascule, parce que honnêtement quand même, pour se lancer, quand on n'est pas du tout, moi je ne suis pas membre d'un parti politique, j'étais quand même très loin de ça. C'est aussi ces moments communs qu'on a partagés. Je peux parler de la dissolution. J'ai commencé la campagne à Grenoble, à côté de Cyrielle-Châtelain, dans un endroit très marqué à gauche, où les gens sont très convaincus. Il faut lutter contre le RN. Et puis, j'ai basculé dans la deuxième partie de campagne, chez nous. Enfin, dans mon chez nous. Il ne faut pas que je dise ça. Mon chez moi, c'est Grenoble. Dans mon chez moi d'avant. Et en fait, là, j'ai senti à la fois la difficulté et aussi le fait de se dire qu'on avait encore un truc à faire. En parlant avec les gens, en les écoutant, en étant comme on est, en gardant cette proximité. Et j'ai adoré cette manière de faire, ça m'a parlé. Et je me suis dit que ça me semblait utile, finalement, d'être dans cette manière d'être, que j'essaye aussi à ma manière. Je pense qu'on a ce point commun dans notre manière de parler ou de faire de la politique.
là on va rentrer un peu dans le dur. Laurence, tu es une winneuse. Tu as gagné la ville de Grenoble. Et donc là, on a envie d'avoir tes meilleurs conseils pour François pour qu'il gagne la présidence de la République. Donc là, c'est maintenant que tout se joue. Alors
d'abord, je crois qu'il n'a pas besoin de mes conseils. Moi, je dirais que je reviendrais sur cette idée de proximité, de lien et de relation avec les gens. Je pense que c'est quelque chose qui est quand même très fort, en tout cas, moi, dans ce que je vois et je vis de François, quand je me balade dans la rue et la manière dont les gens lui parlent. Et bien de se dire que je pense que c'est cette manière de faire de la politique et cette proximité et le fait de ne pas oublier. les raisons pour lesquelles on s'engage je le prends par exemple nous à notre niveau très vite on peut être embarqué dans du militantisme où on a envie de se battre sur des grandes causes et finalement quand on va parler aux gens alors je vous parlais de notre campagne à grenoble ben en fait les gens ils vont nous parler du logement ils vont nous parler de leurs problèmes d'éducation de la santé de déplacement de la question du pouvoir d'achat de choses beaucoup plus concrètes et en fait c'est cette question de de s'assurer toujours d'être en bien connecté avec la question des gens et je pense que là dessus en tout cas moi c'est ce qui m'a permis de ouais de penser qu'on était au bon endroit et je pense que c'est aussi ça qui fait être que t'es au bon endroit c'est le fait de ne pas oublier le pourquoi on fait les choses et aussi d'y mettre une touche de joie c'est à dire une touche d'enthousiasme une touche de on s'ennuie pas quand on le fait Sourire aux lèvres. François, une réaction ?
Moi, la joie, j'en parle, et c'est ma sœur qui l'incarne. J'ai toujours eu un côté beaucoup plus sombre, mélancolique, et ainsi de suite. Moi, juste sur gagner, bah oui, il faut qu'on gagne. Mais je veux dire que moi, j'ai jamais eu peur de l'échec. Voilà, il y a un rapport à l'échec qui est complètement différent. Quand vous grandissez et que finalement, à l'école, ça ne va pas trop, l'échec, vous y êtes habitué et vous considérez qu'il y a moyen de se relever de l'échec. Et donc vous pouvez prendre des risques qui sont bien supérieurs parce que vous n'avez pas peur de l'échec. Alors moi, mes mums, quand ils étaient les plus petits, et qu'ils chialaient parce qu'ils rataient un truc, je disais, mais putain, pour apprendre à marcher, il faut tomber 900 fois. Donc si jamais tu refuses de tomber, tu ne sauras jamais marcher. Et là, j'y vais sur une anecdote, d'accord ? Non, ma sœur a tout réussi, c'était chiant, franchement c'était chiant. Non mais elle arrivait avec le bulletin, moi j'avais le bulletin de la honte, il y avait des lumières autour d'elle. Elle se mettait au sport, elle est devenue championne de France de natation synchronisée. Je faisais de la course à pied, elle s'est mise avec de la course à pied, elle était championne départementale du cross. Donc tout était comme ça, c'est insupportable. C'est insupportable. Mais bon, moi, je cherchais mon chemin. Elle réussissait. Le bac, tu l'as eu avec quoi ? Mention très bien. Moi, j'ai essayé de me débrouiller en français. J'écrivais des livres déjà quand j'étais au lycée, dont personne n'avait rien à secouer. Mais moi, j'ai eu 13 au bac français. Elle a eu 20. Je veux taper l'intégrale de Malraux. Elle lisait trois chapitres de Stendhal. Elle avait 20. Elle savait ce que le prof, il avait envie d'entendre. Elle me disait, mais t'as qu'à dire ce que le prof, il a envie d'entendre. Mais je savais pas, moi, ce que le prof, il avait envie d'entendre. Et je pense que je l'aurais su, j'aurais dit le contraire. Alors peut-être que... Et je me souviens d'un seul moment d'échec de ma soeur. C'est le seul. Je me permets. Donc, elle a raté son permis de conduire la première fois. Moi, je l'ai eu la quatrième fois, mais pas de problème. Mais elle l'a raté la première fois. Je me souviens qu'elle était en pleurs sur son lit et qu'il y avait mon père et ma mère qui sont allés la réconforter. Je ne comprenais pas.
Franchement, on va te laisser nous donner quand même une anecdote sur François parce que là, il a lâché les vannes. Donc pour une question d'équité, Laurence, à ton tour.
'est pour ça que quand elle s'est présentée à l'Amérique Grenoble, moi je savais qu'elle gagnerait. Non mais j'ai jamais eu moi le moindre doute là-dessus. Et si elle se présente à la présidentielle, je sais qu'elle ira seulement si elle peut gagner, vraiment. Donc voilà. Bon, c'est pas pour tout de suite, je crois, non.
Alors, une anecdote, même pour montrer qu'à ta manière, tu gagnais. Moi, j'ai donné une anecdote. On était jeunes, on était en colo. Tu avais, je ne sais pas, 13 ans. François, il chante très mal. Je peux le dire. Et il y avait une soirée musicale où on devait chacun faire une chanson. Donc tout le monde se mettait en groupe sur la chanson un peu in de l'époque. Je me souviens plus bien, mais bon. Et François, il s'est mis tout seul. Enfin, avec quelqu'un qui s'est mis par terre et qui n'a pas bougé. Et il a fait tout seul sa chanson. Et il a fait Jeff. Et il a gagné.
le monde ne connaît pas Jeff. Est-ce que
tu peux nous la faire, s'il te plaît ? Non, Jeff, t'es pas tout
seul. n'arrivera pas, ça n'arrivera pas. Je vous assure, ça n'arrivera pas.
'est l'histoire de Jeff, mais tu aurais pu le dire. Non, Jeff. Je trouve que ça incarne bien un moment marrant.
êtes des frères et sœurs aux personnalités assez différentes quand même j'aimerais bien savoir quelle perception vous avez de l'autre alors vous pouvez vous pouvez y aller sur les aspects positifs mais on veut aussi avoir les petits croustilles de quelle est votre vision version enfant et puis version vous sèche là
bah je pense que François, enfin c'est difficile de dire à tout le monde, alors mon frère, je pense que la manière dont il a vécu son enfance, qui était un peu différente de la mienne, il l'a rendu sensible et empathique, c'est comme ça que je dirais les choses, et que du coup ça le rend sensible à... aux difficultés des gens, réellement. C'est-à-dire que ce n'est pas fin, ce n'est pas lu dans les livres, ce n'est pas inventé, c'est vécu. Il sent les choses, il vit les choses, il les incarne. C'est ça aussi qui le rend un peu fou parfois sur la manière de l'incarner. Mais je pense que c'est, enfant comme adulte, je ne sais pas si tu me diras si tu es d'accord avec cette perception, mais une manière de vivre ce que peuvent ressentir les gens. qui est très forte et qui, je pense, donne de la puissance. En tout cas, moi, c'est m'essuie ta soeur.
tout cas, ça guide quand même ta vie et ton engagement aujourd'hui.
J'ai déjà décrit ma sœur longuement. Il y avait quelque chose de solidité chez ma sœur, tandis qu'il y avait de la fragilité chez moi. Il y avait quelque chose de cet ordre-là. J'ai eu toujours la chance, je le dis, dans un parcours compliqué, parce que le choix de lancer son propre canard, d'avoir très vite des procès, et puis même de ne pas savoir ce qu'on va faire de sa vie, j'ai toujours eu la chance. C'est ce que je dis, vous savez, quand il y a des gens, les self-made man, je pourrais jouer au self-made man, d'accord ? Je pourrais dire j'ai lancé mon propre journal, j'ai mis 2000 euros de mon livret A, je me suis débrouillé tout seul. Et en fait, tout ça n'aurait pas été possible sans une assise familiale qui était là et qui m'a apporté de la sécurité, de la stabilité, de la solidité. C'est-à-dire, quand ça ne va pas, tu sais qu'il y a toujours ta sœur. Tu sais qu'il y a toujours ton père, tu sais qu'il y a toujours ta mère, à la fois pour éventuellement te loger aussi, des choses très concrètes, pour t'aider à passer des vacances, parce que moi je sais pas passer des vacances, je sais pas faire ça. Alors elle m'a appris à passer des vacances, bon voilà, mais si c'est vrai. Et surtout pour garantir qu'il y a une affection qui est là et qui est là de manière stable. La tendresse, je vais pas la chanter non plus la tendresse de Bourville, mais... Sans tendresse, sans affection, sans de l'amour, sans tout ça, en fait on ne fait rien si on n'a pas cette base affective, sentimentale qui assure un socle derrière. Et je veux dire simplement remercier mes parents et ma soeur de me l'avoir toujours fourni, y compris dans les moments compliqués. Ça plombe !
ben, comme ça... Non, non, ça plombe pas. C'est plein d'amour, c'est beau, bla bla bla. Maintenant, on veut savoir la vérité. Un désaccord entre vous.
Cette question-là, on l'a eue en avance, on est bien embêtés. Parce que hier, du coup, on a bouffé au resto ensemble, et je lui dis, mais qu'est-ce qu'on a comme désaccord ? Eh ben, on trouvait pas. Donc il y a des sensibilités qui sont fortement différentes. Je pense qu'il y a même une manière de ressentir la France, je veux dire comme ça, mais Laurence est à l'aise dans la grande métropole qui est Grenoble et elle a une pleine adéquation entre ses convictions et son électorat ou ses concitoyens. Et moi, je suis en mal à l'aise parce que je dois chercher un chemin à réconcilier des contraires, à comprendre les gens, à essayer... Voilà, donc il y a un rapport au pays qui est complètement différent, mais je suis emmerdé parce qu'on n'a pas trouvé de désaccord. Et j'étais pas d'accord pour qu'on ait pas de désaccord, quoi, voilà.
Laurence, tu es d'accord avec ce non-désaccord ? Oui, ça fait toute la discussion de notre soirée. Alors, à vous deux, un mot de la fin de cette grande ruffinade, de cet échange entre frères et sœurs un peu particulier devant le public de la fête de l'Huma. Laurence, je te laisse la primeur.
C'est un format quand même, je reviens dessus parce que ça faisait quelques temps qu'on avait eu des propositions et on avait quand même dit qu'on ne ferait pas ça. C'est un moment un peu particulier parce que ça mélange plusieurs mondes et je pense aussi que c'est comme ça qu'on se fabrique en fait. C'est-à-dire on se fabrique par nos rencontres, par notre histoire et c'est un moment un peu particulier aujourd'hui parce que moi je parle assez peu de ma vie d'habitude. Donc ça nous amène aussi et je pense que ma famille et mon frère ont joué aussi un rôle dans là où j'en suis. Donc ça m'amène aussi à le reconnaître et à me dire que je pense que c'est aussi comme ça que j'ai envie qu'on fasse de la politique. c'est de se dire qu'on le fait en tant que personne avec notre histoire et avec notre relation aux gens, notre famille et tous les gens, moi particulièrement les Grenoblois.
Merci. Merci beaucoup. Merci d'avoir aussi accepté de jouer le jeu de cet échange. Et pour terminer, François.
D'abord, évidemment, c'est plus une idée qui m'était chère à moi que à ma sœur, parce qu'il y a un côté acrobate sur un fil, on se présente comme ça devant vous, est-ce qu'on va chuter, qu'est-ce que ça va donner ? C'est Napoléon qui disait, je crois qu'entre le grandiose et le ridicule, il n'y a qu'un pas, et on ne sait jamais de quel côté on va retomber. Ça c'est la première chose, donc bon, je ne sais pas, je ne pense pas que c'était ridicule, mais vous mettrez des notes aussi, vous mettrez des étoiles. Bon, mais il faut quand même terminer sur... Quelque chose qui est de l'ordre du combat, enfin pour moi en tout cas. La question a été évoquée, on est passé à autre chose. Mais enfin, la grande transformation de l'économie, voilà. Il y a quand même un point qui nous rassemble, c'est qu'on considère que l'essentiel de notre cœur politique, de notre colonne, c'est quand même la question économique, écologique et sociale. Et que ce que tu as porté chez Céralep, mais chez Ecopla, dans des tas de boîtes, maintenant la question c'est comment... On passe de la leçon locale à la grande transformation générale. Ce que tu évoques, parce que dire qu'il va y avoir 50% des sièges au conseil d'administration qui vont être occupés par des salariés, nous, ce n'est pas notre programme. Nous, on est un tiers pour le capital, un tiers pour les salariés, un tiers pour des ONG, des élus locaux, et ainsi de suite. Mais de toute façon, dire ça... Ça veut dire en vérité sortir du capitalisme, c'est-à-dire de tout le pouvoir qui serait entre les mains du capital pour faire du profit. Et évidemment, on ne parvient pas à ça par des petites lois ou des grandes lois. Pour parvenir à ça, il faut qu'il y ait un élan populaire qui soit gigantesque et donc que ça se passe dans la rue, autant que dans l'Assemblée municipale ou dans l'Assemblée nationale. Et je pense que quand même l'essentiel des conversations qu'on a, là, ça y est, je pars sur mon truc, mais quand tu décris le fonctionnement des coopératives, tout le monde de l'ESS, avec les richesses qui ne servent pas et qu'il faudrait des réserves impartageables pour que ça serve à investir... Je dis juste qu'au niveau français, ça a été décrit par Eric Lombard, ministre de l'économie, macroniste, ancien président de la Caisse des dépôts et de l'assignation. On a un problème dans notre pays, c'est que le capital, les actionnaires, ils mangent tellement, c'est passé de 7% à 18%, ils en mangent tellement à l'intérieur des entreprises qu'il ne reste plus rien pour les salariés, mais qu'il ne reste plus rien pour l'investissement. Ils sont en train de détruire les entreprises de l'intérieur parce qu'ils n'investissent pas dans les entreprises. Et là, je vous le signale, il y a un rapport qui a été rendu par Mazzucato au niveau européen pour la Confédération européenne des syndicats. sur les 300 plus grandes entreprises européennes qui représentent 40% du PIB. Le rapport dit la même chose. Les actionnaires bouffent tellement tout. Vous savez, c'est comme... Ah, ça y est, c'est parti. Mais c'est Érysicton. Érysicton était un roi de Grèce et... Un moment, il va pour abattre un arbre qui appartenait à une déesse, Cérès, je pense. Et donc, il l'abat quand même. Les paysans refusent de le faire. Ils disent, non, c'est un arbre sacré, on n'y touche pas. Le reste de la forêt, d'accord, mais cet arbre-là, tu n'y touches pas. Et quand même, il y va, tout seul. Il décide d'abattre l'arbre. Et là, qu'est-ce qui se passe ? Il a une malédiction. Il a faim. Et il a toujours faim. Il a toujours et toujours faim. Il dévore. Il dévore tout. Il dévore jusqu'à ensuite ses enfants. Il dévore sa maison. Il dévore son lit. Et il finit par se dévorer lui-même. Ce mythe-là, c'est le mythe du capital aujourd'hui. Qui est en train de dévorer la planète. Qui est en train de dévorer l'humanité en nous. Mais qui en plus est en train de se dévorer lui-même. Et voilà.
Merci, merci François, merci Laurence, merci à vous toutes et tous d'être venus assister à cette grande ruffinade, l'échange entre François Ruffin et Laurence Ruffin. On se retrouve toute la soirée sur le stand de Debout. Venez nombreux et nombreux, écoutez DJ Corniche venir à notre karaoké et DJ Taylor ce soir.