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Alors, Pascal Delima, vous lisez, l'INSEE vient de diviser par près de deux sa prévision de croissance, 0,4 cette année contre 0,7 prévu au mois de juin initialement. Est-ce qu'on est en train d'entrer dans une zone de turbulence qui va compliquer l'équation budgétaire ?
Oui, parce qu'on est pris en étau, parce qu'effectivement, comme je le disais tout à l'heure, 0,1% de croissance en moins, c'est 1,7 milliard de déficit en plus, et que par conséquent... il n'y a pas beaucoup de croissance en face. Donc on peut aujourd'hui tomber dans l'austérité, pratiquement une austérité excessive qui va encore fonctionner de la croissance. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, en théorie, le monde idéal voudrait qu'on fasse une dépense publique intelligente, l'éducation, l'innovation, pour relancer la croissance. Mais on ne peut pas. On peut trouver
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30 milliards simplement en faisant des économies ?
On peut trouver 30 milliards. Sans
fonctionner les Français, parce qu'on a bien compris que c'était une partie du problème. Vous avez vu toutes les solutions. présentées par Florent Bouteille à un instant, elles sont quasiment toutes abandonnées par le gouvernement parce qu'elles font trop de levées de boucliers et ce n'est pas possible dans cette période. C'est exactement ça.
On peut faire 30 milliards avec des petites mesures, les unes additionnées avec les autres, mais bon, ça s'appelle du clientélisme quelque part. C'est-à-dire que finalement, vous créez des tensions entre les catégories socioprofessionnelles, entre les Français eux-mêmes, entre les jeunes, les vieux, ceux qui travaillent, ceux qui ne travaillent pas. C'est-à-dire que toutes ces petites mesurettes, moi je trouve que ça ne devrait pas être une communication gouvernementale. Moi je trouve que ça, ça devrait être une affaire d'experts. Et donc, les 30 milliards... Et c'est là où il y aurait une communication à faire, c'est sur la transition économique et numérique et les emplois. Parce qu'encore une fois, j'insiste là-dessus, avec les emplois, vous avez tous vos paramètres et vous avez votre bouclage financier. Sauf que pas d'emploi pour les seniors, peu d'emploi pour les jeunes, une transition numérique qui est très très faible en France, qui ralentit. On a les Chinois, les États-Unis qui nous devancent largement sur plein de domaines du futur. Et aujourd'hui, on va nous dire, il y a l'aérospatial, il y a l'automobile. Il y a le luxe, LVMH, etc. Il y a la défense, certes, mais ce sont des industries traditionnelles. Et aujourd'hui, on veut aller vers l'avenir et créer les emplois d'avenir. Donc je trouve que c'est une économie qui a du mal à se tourner vers le futur. Et là, il y a 30 milliards. Il faut économiser
sans casser la croissance. Est-ce que ce n'est pas finalement la plus grande difficulté du gouvernement avant d'en venir aux réactions des Français ?
Économiser plus pour dépenser mieux. C'est-à-dire économiser, oui. Alors ça, on laisse les experts faire, mais pour dépenser mieux et communiquer sur une vision d'avenir qui est l'économie France de demain. On avait essayé avec France 2030. D'ailleurs, on parle de difficultés des Français. J'ai vu Mistral lever 3 milliards. On voit bien qu'il y a une société à deux vitesses. On voit bien qu'il est en train de se faire le monde de demain. Mais le ruissellement ne fonctionne pas. Et c'est ça qu'il faut travailler.
Et vous disiez, il y a un instant, Serge Chimineau, que... Il n'y avait pas encore pour l'instant de conjonction des luttes, mais de conjonction des crises. Mais la conjonction des crises n'entraîne-t-elle pas inévitablement la conjonction des luttes ? Parce qu'on voit aujourd'hui, on était tout à l'heure dans le journal avec les débitants de tabac, on pourrait parler des agents EDF, on pourrait parler des policiers, on pourrait parler des pompiers. On sent bien qu'il y a un vent qui se lève et tout cela en période de campagne présidentielle.
Oui, c'est pour ça que je suis assez d'accord avec vous si on pouvait avoir un débat apaisé sur le budget, ce qui n'est pas du tout le cas. Parce qu'on a une assemblée morcelée et parce qu'il y a la campagne présidentielle. C'est-à-dire qu'on peut avoir l'ambition d'un budget, mais là, ce sera sans doute un budget sans ambition pour la bonne et simple raison qu'il faut aussi permettre que la société, pour répondre à votre question, reste stable. Parce qu'il y a la présidentielle et que le Premier ministre lui-même le dit. Un certain nombre de débats ne seront pas tranchés par ce budget. La fiscalité, le débat sur les retraites, c'est de l'ordre de la présidentielle. Donc on voit bien qu'il faut... tenter d'avoir un budget, on verra lequel, quels seront les arbitrages, mais aussi d'aller, on va dire en janvier, février, en fonction du vote, dans un moment où la présidentielle sera à plein et que chacun portera son option. Donc je précise enfin que si un président ou une présidente décide de dissoudre, il y aura donc une nouvelle Assemblée nationale et donc un nouveau débat budgétaire, ce qu'on appelle une loi de finances rectificative. Donc c'est presque un budget de transition au pire des moments, assemblée morcelée. campagne présidentielle. Juste pour aller dans son sens, si clairement on avait la possibilité et le temps d'avoir un budget qui projette, je pense que les responsables politiques le feraient. Ce qui est terrible, c'est ce qu
'on disait ensemble, c'est que l'incertitude est énorme sur le terrain géopolitique et que même si vous trouvez les 30 milliards, il suffit que vous avez une révision de croissance à la baisse et puis vous verrez que c'est plus 30 milliards. On va écouter,
si vous le voulez bien, Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français, candidat. À l'élection présidentielle, il était ce matin l'invité des 4 V sur France 2. Pour lui, il faut justement cette conjonction des luttes. Écoutez.
le gouvernement n'agit pas dans les jours qui viennent, j'appelle les Français, j'appelle les Français à se mobiliser, comme nous avons su le faire en 2018 avec les Gilets jaunes. Je les appelle à se mobiliser sur les ronds-points, devant les sous-préfectures, devant les préfectures, devant tous les lieux de pouvoir, devant l'Elysée, devant Matignon, devant Matignon, pour que enfin, enfin ce gouvernement agisse. N'attendons pas les élections présidentielles.
Alors, Jean-Christophe Roland, au-delà de Fabien Roussel, il y a une petite musique qui monte, le retour des Gilets jaunes dans le courant du mois d'octobre. Vous y croyez-vous ou est-ce qu'on en est loin ?
Alors, ce n'est pas impossible en revanche. En revanche, ce qu'on observe depuis la crise des Gilets jaunes, c'est qu'il y a une forme d'accoutumance, finalement, à la crise. Une
résignation, non, des Français ? Oui, c'est une
résilience, si vous voulez. Et puis, en plus, c'est paradoxal parce que plus vous vous enfoncez dans la baisse du pouvoir d'achat, plus vous êtes tenu par vos crédits, vos crédits consommation, etc., et moins vous pouvez ensuite aller, si vous voulez, perdre une journée de travail, pour prendre le cas le plus extrême, pour justement manifester. Ce qui est embêtant, c'est qu'on organise le débat budgétaire en France, deux choses, d'abord avec le pistolet de la dette, et particulièrement le pistolet des intérêts de la dette sur la tempe, et ça, c'est vraiment délétère sur le plan démocratique. Tous partis confondus. Et en plus, on commence à bricoler la Constitution. Là, c'est ce qu'on vient à dire tout à l'heure et ce que Serge a ajouté, c'est qu'on en revient à des budgets conditionnels. Un budget doit être annuel. On ne peut pas avoir, si vous voulez, des expédiants. Ça, c'est la Constitution qui l'exige en disant « mais ce n'est pas grave, de toute façon, il y aura un collectif après l'élection présidentielle ». La prévisibilité, ça ne veut pas dire s'enfoncer dans une seule option, nécessite qu'il y ait un débat serein. Et ce débat serein tel qu'il commence n'aura, à mon sens, pas lieu. Et donc ça, peut-être, ça peut être l'étincelle à un moment donné, d'autant qu'on est en campagne électorale. On se souvient que l
'étincelle, la dernière fois, c'était les 80 km heure.
Voilà, ça concerne la voiture. Juste d'un mot, propositions qui sont sur la table, pas celles qui ont été vraisemblablement écartées, elles sont clientélistes aussi. Je suis désolé, mais promettre une baisse de la contribution exceptionnelle, pour satisfaire les patrons, il va falloir qu'elle soit substantielle. Quand on dit qu'on va couper les... Les collectivités territoriales, dont je rappelle que les politiques publiques, sont directement au service des citoyens les plus en difficulté. Il faudra passer au-dessus du Sénat pour ça. Donc franchement, on rentre dans un imbroglio, ça augure rien de bon. Serge
Oui, vous parliez du retour ou pas des Gilets jaunes. On l'a vu par exemple sur le carburant, qui ne cesse d'augmenter depuis la crise au Moyen-Orient. Les Français, ils n'ont pas décidé d'aller dans la rue comme à l'époque des Gilets jaunes, mais ils ont fait leur tambouille tant qu'ils ont pu en réduisant par exemple leur consommation. en faisant des demi-pleins, en réduisant un certain nombre d'autres secteurs de leurs dépenses, parfois l'alimentation, parfois les loisirs, on l'a vu pendant l'été. Ils ne peuvent plus aller beaucoup plus loin, ils ont déjà renié. C'est pour ça que soit effectivement, et vous aviez raison d'utiliser le mot de résignation, et on verra comment ça se passe avec un certain nombre de militantismes corporatistes, on le voit par exemple en ce moment avec les bureaux de tabac, soit la présidentielle peut faire qu'un certain nombre de luttes communes se retrouvent. Pour l'instant, clairement, On peut toujours se tromper à 48, 72 ou un peu plus. Pour l'instant, le climat n'en est pas là. Mais c'est vrai que l'explosion du débat budgétaire avec cette assemblée morcelée, ajoutée à cela avec chacun qui sera dans son couloir pour la présidentielle et des surenchères internes aux partis, avec les primaires pour les uns et les concurrences pour les autres, ça peut créer ce genre de choses. Pour l'instant, on n'en est pas là.
Une somme de revendications catégorielles, sectorielles, ça peut faire boule de neige vraiment ?
Ça va être compliqué parce qu'on a quand même fracturé. D'ailleurs, aujourd'hui, on est en train de rechercher qui sera en première ligne pour éponger la dette. Là, on parle des retraités. Ça a déjà été un débat qui a été plus ou moins… amener l'année dernière.
Il y a qu'à chaque fois qu'on cherche de l'argent, on parle notamment des retraités.
Il y a des aides ciblées par rapport à la hausse du carburant. Il y a des aides
ciblées. Il y a des aides morcelées, ciblées aussi. Et
pour le carburant, avec l'idée que le coupable vient d'ailleurs, puisque c'est le contexte international. Mais si on va avoir dans la communication, regardez ce qui s'est passé en Grèce. Les fonctionnaires vont se faire raboter aussi leur traitement.
Je vous laisse réagir sur les gilets jaunes, parce que vous aviez l'air de dire, je vous voyais au pignet du chef, vous aviez de dire oui, il nous reste 30 secondes, je vous précise.
Bien sûr que le risque de crise sociale est très fort puisqu'il y a une société à deux vitesses qui est en train de se créer. Vous savez que la jeunesse aujourd'hui, il y a le développement de la précarité, principalement lié aux technologies, c'est mon avis, qu'il y a des contrats courts qui se développent de plus en plus, qu'il y a la question des indépendants qui explose d'une façon hallucinante. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il n'y a plus de travail stable. Et pour moi, le nerf de la guerre, c'est l'emploi et c'est le travail. Parce que le travail, ça fait de la croissance, ça permet de former et ça fait des recettes fiscales. Il y a tout un circuit favorable de cercles vertueux par la place du travail. Et c'est ça que je voudrais dire. S'il n'y a pas de travail, il y a division forcément sociale.