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Fac : comment autant d’étudiants peuvent-ils échouer dès la licence ?
23 septembre 2026
Bonjour Laurence Garnier. Bonjour. Merci d'être avec nous en direct sur le plateau de Point Vue. Vous êtes sénatrice LR de Loire-Atlantique, rapporteure de la commission d'enquête sur les universités. On va commencer, Laurence Garnier, avec ce chiffre stupéfiant. 47% des inscrits en première année n'ont aucun diplôme cinq ans plus tard. De quand date ce décrochage des étudiants français ?
Ça s'est fait progressivement au fil des années, au fil de l'obtention de plus en plus massive du baccalauréat chez les lycéens français. On est aujourd'hui à plus de 95% d'obtention du bac pour les lycéens de filière générale. Tous ces lycéens accèdent ensuite à l'université et à l'enseignement supérieur, puisque le baccalauréat est aujourd'hui le sésame. Pour y accéder, il y a un droit d'accès à l'enseignement supérieur. C'est d'ailleurs ce que nous mettons en cause et ce que nous pointons au travers des recommandations. de la commission d'enquête. Vous avez cité un chiffre qui est très frappant. Un étudiant sur deux sort de l'université après cinq ans sans diplôme universitaire. Il y a d'autres chiffres. Un entrant sur trois en licence obtiendra sa licence dans le temps imparti de trois ans. Un entrant sur deux en première année de licence... passe en deuxième année l'année d'après, ça veut dire que 50% soit redoublent, soit se réorientent, soit quittent définitivement l'enseignement supérieur. Donc le travail qu'on a voulu faire, c'est de regarder comment l'université française pouvait renouer avec l'excellence, et ça suppose une forme d'exigence, ça suppose de permettre aux universités françaises de sélectionner les étudiants qu'elles vont accueillir, parce qu'aujourd'hui... Trop de choses ne correspondent pas rend impossible l'excellence à l'université, tout simplement. Il y a
un tabou encore sur la sélection à l'université ? Il y
a un tabou qui est encore très fort. On s'est heurté aussi à un certain nombre de présidents d'universités qui ne rejoignent pas cette proposition que nous faisons. Ce qui est intéressant, c'est que les lignes bougent. La première vocation de ce rapport, c'est d'abord de faire bouger les lignes, de faire tomber ces tabous et cette forme d'hypocrite. parce qu'en réalité on ment à nos étudiants on leur dit bien sûr vous allez poursuivre vous allez entrer dans l'enseignement supérieur mais en fait trop d'entre eux en sortent par l'échec l'université française aujourd'hui elle est sélective mais elle est sélective a posteriori et par l'échec nous on veut faire tout le contraire on veut permettre aux universités de sélectionner les étudiants qui sont à même de réussir dans leur filière et tout ça c'est le travail que l'on propose mais qui effectivement est encore est encore un peu tabou aux yeux Mais
faire réussir les étudiants, ça devrait être un objectif principal, majeur même, des universités ? Vous diriez que ce n'est pas tout à fait le cas ? Aujourd'hui, l'objectif, c'est d
'offrir une solution à tous les bacheliers. C'est un objectif qui est quantitatif. C'est remplir la grille, en fait, c'est ça ? Voilà, exactement. À l'issue du baccalauréat et de la procédure Parcoursup. Tout le monde doit avoir une proposition. Ça donne, par exemple, pour les candidats qui n'ont pas de proposition, une commission d'accès à l'enseignement supérieur qui est réunie, qui permet au recteur d'imposer l'inscription d'un étudiant à l'université, quelle que soit la filière et quels que soient les prérequis. On a par exemple des étudiants qui se retrouvent en première année de licence de philosophie alors qu'ils viennent d'un bac professionnel où ils n'ont jamais fait de philosophie. On a des étudiants qui se retrouvent en licence de mathématiques alors qu'ils ont arrêté les maths en terminale. On a des étudiants qui se retrouvent en licence de STAPS option cavalier alors qu'ils ne sont jamais montés sur un cheval. Donc si vous voulez, tout ça, c'est de l'échec prévisible. C'est un voyage en absurdi aussi. Alors c'est, on marche complètement sur la tête. Heureusement, il y a aussi des choses qui vont bien dans l'univers. Je ne voudrais pas non plus noircir le tableau. Mais au niveau du premier cycle, au niveau du cycle de licence, on est incapable aujourd'hui d'accompagner nos étudiants. Je vais prendre un autre exemple, celui des filières courtes professionnalisantes. Notre rapport préconise de les augmenter, d'offrir davantage de place dans ces métiers-là. Aujourd'hui, les IUT sont trustés par les étudiants. qui obtiennent un bac général. Ils rentrent en IUT et ensuite ils poursuivent en master ou en école d'ingénieur. Donc ils se servent de l'IUT pour faire ensuite des études longues, alors que ces IUT sont prévues pour les étudiants de bacs techno et pro pour faire des études courtes. Finalement, ce sont ces étudiants qui se retrouvent ensuite sur les bancs de l'université généraliste. 17% d'étudiants issus des bacs pro et technologiques en licence générale à l'université. 5% de
réussite pour les bacheliers professionnels. Donc là, c'est un problème d'orientation, d'aiguillage des étudiants. Pourquoi on accepte alors ces étudiants au profil général dans les IUT qui n'ont pas vocation à les recevoir ? C'est tout le
sujet. Effectivement, il faut qu'on travaille d'avance. à cet aiguillage-là, qu'on puisse permettre de créer davantage de filières courtes professionnalisantes pour accueillir ces étudiants issus de bacs pro et de bacs technologiques. On me dit parfois que ça a un coût, et c'est vrai, mais l'échec étudiant a un coût aussi, et il est colossal. La Cour des comptes le chiffre a plus d'un demi milliard d'euros chaque année.
Un million ? Parce que ça veut dire quoi ? C'est des étudiants qui reçoivent par ailleurs des aides ? Ou ils sont sur le marché ? Il y a ce volet-là.
Et puis il y a le coût pour la nation d'une année de formation. Le coût moyen d'une formation à l'université, c'est 12 000 euros. Donc des étudiants qui suivent une, deux, trois années, parfois davantage, à l'université, sans en sortir diplômés d'une quelconque manière, c'est un coût. pour la nation, c'est aussi un coût humain et social. C'est placer des étudiants face à un échec prévisible, c'est dégrader les conditions d'enseignement pour les enseignants-chercheurs, avec des amphis parfois pleins à craquer. Donc c'est tout ça le coût. Il est financier, la Cour des comptes le chiffre, mais il est aussi humain, social et économique pour le pays.
Alors qu'est-ce que vous proposez concrètement, justement, pour cette fameuse sélection des étudiants à l'entrée de la faculté ? Alors c'est
très simple. Notre rapport, il s'appelle... appuie sur la volonté de redonner aux universités françaises les moyens de l'excellence. Si on veut que les universités françaises soient excellentes, il faut qu'elles puissent choisir les étudiants qui ont les prérequis pour réussir au sein de leur filière. Donc ça veut dire qu'il faut assumer que les universités françaises puissent fixer les capacités d'accueil de leur formation, dire dans telle formation j'accueillerai... tant d'élèves parce que j'estime que c'est les conditions d'un enseignement de qualité et parce que j'estime qu'il y en a tant qui sont capables de réussir et que les autres candidatures qui me sont soumises n'ont pas les prérequis pour réussir. Ça... Paradoxalement, ça fait partie des souhaits des présidents d'universités, qui pour certains se refusent à la sélection, mais en demandant la maîtrise de leur capacité d'accueil dans leur formation universitaire, en réalité rejoignent cette logique de sélection. Donc ça, c'est une mesure forte que nous proposons, parce qu'on ne peut pas demander aux universités 'accueillir sur leur banc des étudiants dont elles savent par avance qu'ils vont échouer, et de les mener vers l'excellence. d'augmenter, on l'a évoqué, le nombre de places de formation dans des filières courtes, professionnalisantes, des métiers qui vont aussi être valorisés avec la déferlante de l'intelligence artificielle. Et enfin, on propose de créer une filière, une année de propédotique à l'issue de l'obtention du baccalauréat. C'est-à-dire ? Alors là, c'est vraiment pour des étudiants qui ont un projet de formation motivé. mais dont on estime qu'ils n'ont pas les prérequis académiques nécessaires pour entrer tout de suite en première année à l'université.
C'est finalement une année de soutien, de renforcement entre le bac et l'université. C'est ça qui faisait de meilleures capacités à
affronter ces... Et pour leur permettre tout simplement de réussir plutôt que de les précipiter vers un échec. quasi assuré, je prenais tout à l'heure le taux de réussite des bacheliers professionnels en licence générale à l'université, c'est 5%. Donc vous voyez qu'il faut absolument qu'on puisse mieux accompagner ces étudiants-là. vers la réussite et mettre fin à cette hypocrisie qui consiste à dire oui à tout le monde à la sortie du baccalauréat pour finalement dire non à tout le monde dans le premier cycle de licence.
Comment vous avez auditionné des présidents d'universités ? Qu'avez-vous ressenti ? Que retenez-vous de ces auditions ? Ils ont évidemment conscience du problème, j'imagine.
On partage le constat, je crois, assez largement. Sur les recommandations, les choses sont parfois moins partagées, mais je trouve que les lignes bougent. Vraiment. On voit bien qu'on arrive au bout d'un système, si vous voulez, aucun président d'université, même s'il est attaché à l'accueil universel, ne pourra défendre, et aucun ne l'a défendu, qu'on puisse faire rentrer en licence de philosophie un lycéen qui n'a jamais fait de philosophie. Donc les lignes bougent, maintenant il faut accompagner ce mouvement-là. Il faut que ça se concrétise. Par
ailleurs, il y a un recul des universités françaises. niveau international. En 1980, la France était le deuxième pays d'accueil des étudiants étrangers. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas parce que la France n'est plus attirante sur ce plan-là, c'est ça ?
alors il y a plusieurs sujets dans ce sujet de l'accueil des étudiants internationaux. L'attractivité de la France effectivement diminue. Il y a eu un grand plan d'accueil d'étudiants internationaux qui s'appelait Bienvenue en France, qui a été lancé par Édouard Philippe en... qui avait vocation à accueillir 500 000 étudiants internationaux. Cet objectif, il a été rempli très largement en privilégiant l'accueil des étudiants issus du Maghreb, du Moyen-Orient et d'Afrique subsaharienne, qui représentent aujourd'hui... Mais ça, c'était une volonté d
'accueillir...
C'était une volonté écrite dans le plan Bienvenue en France d'accueillir ces étudiants de ces régions-là, avec d'autres, mais d'abord ceux-là. Et ces étudiants, malheureusement, n'ont pas tout. loin s'en faut les prérequis académiques nécessaires pour réussir dans nos universités ils n'ont pas toujours les prérequis en langue en maîtrise de la langue française j'ai le souvenir au cours de nos auditions d'un président d'université prenant l'exemple d'une étudiante africaine s'était inscrite en licence de lettres modernes dans l'objectif avoué d'y apprendre le français alors Vous voyez qu'on est très loin de l'objectif d'excellence académique. Quand cette première année de licence se transforme en cours d'apprentissage du français pour des élèves allophones, on est très loin de l'objectif. Et puis on a aussi avec ces étudiants un problème souvent de ressources qui fait qu'ils arrivent dans nos universités avec trop peu de ressources pour assumer les besoins d'une vie étudiante. De logement, de nourriture. Et en particulier dans la capitale parisienne. Et donc ce sont des étudiants qui sont souvent précipités dans la... précarité et qui viennent nourrir cet échec étudiant dont on parlait tout à l'heure. Les étudiants issus du Maghreb, du Moyen-Orient, d'Afrique subsaharienne ont un taux de réussite en licence qui est de 28% en trois ans, loin de la moyenne déjà basse de l'ensemble des étudiants dans nos universités.
Alors que préconise le rapport ? Il faut arrêter ce plan bienvenu en France, c'est ça ? Il faut...
On est, comme dans toutes les universités, on a besoin de cet apport d'étudiants internationaux. Ce que nous souhaitons, c'est aller chercher les meilleurs, avoir vraiment cet objectif d'excellence académique, pouvoir faire venir des étudiants de tous les continents, d'Afrique, bien sûr, mais aussi des Amériques, d'Asie et d'Océanie. Aujourd'hui, c'est 8% d'étudiants qui viennent du continent américain. Vous voyez que c'est extrêmement faible, je crois que c'est 13% pour l'Asie et l'Océanie. Donc il faut rééquilibrer. faut aussi qu'on soit capable d'avoir une stratégie d'accueil qui privilégie les arrivées en master et en doctorat, parce qu'aujourd'hui, beaucoup arrivent en cycle licence. Et puis, il faut aussi assumer d'accueillir des étudiants internationaux dans les filières de formation et dans les métiers dont nous aurons besoin demain en France, plutôt que de les accueillir sans stratégie globale ni perspective de formation et d'emploi pour le pays.
Votre rapport pointe aussi un fait, une université qui est fragilisée par des dérives militantes, c'est-à-dire ? Oui,
on l'a évoqué également. parce qu'on constate tous, et du reste, nous avons, à l'appui de nos travaux, fait faire un sondage par l'Institut CSA. Les Français nous rejoignent aussi et nous disent, à 60, je crois que c'est à peu près les deux tiers d'entre eux, que l'université, la qualité de l'enseignement à l'université est fragilisée par toutes les dérives que l'on constate, les manifestations, les blocages, les blocages. Tout ça, ça fragilise le fonctionnement des établissements. Et ça fragilise aussi la qualité de l'enseignement qui y est dispensée. On a pointé aussi un certain nombre de dérives avec la récurrence de travaux qu'on appelle des studies, qui sont des travaux transversaux. On les connaît sur thèmes comme le racialisme, le décolonialisme, la transidentité. Il n'y a pas de problème pour travailler ces sujets-là au même titre que beaucoup d'autres. Mais certains chercheurs ont pointé une récurrence de ces travaux-là au détriment de la force de la discipline, la littérature, l'histoire, la sociologie, la philosophie. Et on a... On peut craindre un affaissement de ces disciplines qui contribuent à l'excellence académique de nos universités françaises. Donc il faut aussi qu'on ait ce point de vigilance.
Un affaissement à cause de ce fameux militantisme, c'est ça ?
Oui, mais qui est lié à aussi beaucoup de choses. L'affaissement de l'excellence académique à l'université, ce qu'on vient d'évoquer, tous ces sujets-là, en fait, risquent d'affaiblir cette excellence académique pour la formation et l'excellence de la recherche française. On a évoqué cet affaiblissement. On a besoin d'être puissant dans les classements internationaux, le classement de Shanghai, par exemple. La première université française, il s'agit de l'université de Paris-Saclay, est 13e. Donc il faut aussi qu'on ait cette visibilité si on veut... renouer avec cette attractivité à l'international, avec un prisme à attirer les meilleurs, qu'ils soient des étudiants issus du baccalauréat français ou de toutes les formations internationales. Est
-ce qu'il y a une question de moyens, Laurence Garnier ? Je crois que le budget éducation nationale, c'est 64 millions, milliards, c'est ça ? L'université manque de moyens ou c'est plutôt un problème d'organisation, d'orientation, de stratégie ?
Il y a les deux. Il y a un vrai sujet sur les moyens accordés aux universités françaises aujourd'hui, avec une dépense par étudiant qui est dans la moyenne basse des pays de l'OCDE. Dans cette dépense par étudiant, je ne veux pas être trop technique, mais on compte aussi ce qu'on appelle le casse-pension, c'est-à-dire les retraites des personnels des universités. Donc si on enlève cette dépense-là, on voit qu'on est... vraiment en dessous. Donc il y a un premier sujet qui est effectivement de demander à l'État de maintenir à l'identique ses dépenses pour les étudiants français dans un contexte de dépenses publiques extrêmement contraintes. propose aussi à l'université de diversifier ses ressources en augmentant les frais d'inscription. en licence à hauteur de 900 euros et en master à hauteur de 1300 euros. On souhaite que ces frais d'inscription aillent directement alimenter le budget des établissements pour leur permettre d'améliorer leurs conditions de fonctionnement. Et puis, d'autres leviers peuvent être activés. La réponse aux appels à projets nationaux, européens, on doit pouvoir faire beaucoup mieux. Et puis, la question de la formation continue, qui est aujourd'hui préemptée par des acteurs privés, c'est un boulevard pour le financement de nos établissements.
J'ai une petite question plus politique. Laurence Garnier, ce sera ma dernière question. Vous avez quelques secondes. Il n'y a pas que la présidentielle dans la vie politique. Dimanche, ce sont les élections sénatoriales. Quel est l'enjeu de ce scrutin ? C'est l'inconnu, c'est combien va faire le RN, c'est ça ?
'enjeu de ce scrutin, il est très simple. C'est la moitié des départements qui sont renouvelables dimanche prochain. Et l'élection de dimanche dessinera le Sénat. pour la prochaine élection présidentielle, puisque le Sénat est élu, les nouveaux sénateurs seront élus pour six ans, et donc la majorité politique qui se dessinera, qui sera, j'espère, de la droite et du centre comme elle l'est aujourd'hui, devra permettre... ... au prochain président, je souhaite que ce soit Bruno Retailleau, d'avoir une majorité politique pour gouverner le pays à partir du mois de mai prochain.
Merci Laurence Garnier d'avoir été en direct avec nous. Je rappelle que tout le monde peut prendre connaissance de votre rapport qui est en ligne sur le site du Sénat. Merci Madame la sénatrice d'avoir été en direct avec nous sur le plateau de...
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