Chargement...
Chargement...
La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré. Lancez la vidéo : le texte suit la lecture.
Guerre en Iran, frappes au Liban… : ce que pense Alain Juppé
6 mars 2026
Alain Juppé, vous êtes ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères, vous êtes aujourd'hui membre du Conseil constitutionnel, vous avez publié « L'heure du choix » aux éditions Talendier, « Tout un peuple sommé de fuir » et sous ce titre, la photo d'un petit garçon apeuré place des martyrs à Beyrouth ayant fui la banlieue sud de la ville. C'était la une de ce vendredi du grand quotidien libanais Lorient-le-Jour. On a l'impression que la France n'est pas en mesure d'arrêter cet exode forcé et les bombardements de l'armée israélienne. Alain Juppé.
Tout a été dit à l'instant et nous faisons tous nos efforts pour aider les Libanais. D'abord, je voudrais penser au peuple libanais. Ce peuple vit depuis 50 ans une histoire terrible. La guerre civile, l'occupation par les troupes syriennes, les attentats terroristes dans le port de Beyrouth contre le Premier ministre libanais et aujourd'hui le spectacle auquel nous assistons. Et donc nous avons un devoir de solidarité parce que nous avons une responsabilité historique, bien sûr. Nous avons exercé, comme vous l'avez dit, le mandat sur le Liban après la chute de l'Empire ottoman entre les deux guerres. Le général de Gaulle a servi au Liban comme commandant de l'armée française. Et donc nous avons un lien particulier. La langue française est encore très présente au Liban. Nous avons un lien presque chardel avec ce peuple. Il faut l'aider. Le président de la République fait ce qu'il peut. Il a annoncé une aide humanitaire. C'est la priorité peut-être aujourd'hui. Ensuite, dans son entretien avec le président Raoune, la livraison de véhicules blindés, de transport en particulier. Une aide opérationnelle et logistique. On ne sait pas très bien ce que ça veut dire. Il n'y a pas beaucoup de précision. Donc voilà, nous sommes disponibles pour les aider. Il faut aider le gouvernement libanais et l'armée libanaise. Parce que, comme vous l'avez rappelé, elle s'est engagée à désarmer le Hezbollah. Dans tout cela, le Hezbollah porte une responsabilité terrible. C'est lui qui, en prenant l'initiative d'attaquer... À nouveau, Israël a provoqué la riposte d'Israël comme d'habitude disproportionnée. Voilà où on a donné. Et que doit faire Emmanuel Macron alors ? Et la France ? Je vous ai dit ce qu'il était en train d'essayer de faire en appuyant le gouvernement libanais et l'armée libanaise. Il faut que nous jouions aussi notre rôle politique pour essayer de réclamer l'arrêt des combats. Mais la voix de la France, pardon de le dire avec lucidité, elle est faible aujourd'hui. On est déclassés ? Je ne dirais pas que nous sommes déclassés, nous sommes présents, nous sommes déterminés. Nous devons entraîner nos partenaires européens aussi dans cette position parce qu'on sera beaucoup plus forts, unis, que séparés. Mais face à la détermination de Netanyahou... Qui impose son impôt, il faut bien le dire, à Trump, lequel porte aussi une part de responsabilité terrible dans l'embrasement du Proche-Orient, il est évident que la France n'arrivera pas à imposer sa volonté du jour au lendemain. Ce n'est pas une raison pour renoncer, il faut tenir bon et continuer à apporter notre soutien à la fois politique et matériel. Mais on a quand même ce sentiment d'impuissance. Bien sûr, et ce n'est pas moi qui vous dirai le contraire. Ce n'est pas parce qu'on a ce sentiment qu'il faut renoncer. C'est la grande différence entre ceux qui se couchent et ceux qui se battent. C'est ce que j'ai écrit dans mon livre. Nous sommes à l'heure du choix. Ou bien nous nous soumettons à ces empires qui nous entourent et qui ne veulent pas du bien. à l'est avec Poutine, à l'ouest, il faut bien le dire, désormais avec Trump, ou bien alors nous donnons les moyens de la puissance. La France a décidé de le faire. Le discours du président de la République à l'île longue a marqué un cap, je trouve, très lucide et très audacieux en même temps. Nos partenaires européens se réveillent. Jusqu'à peu de temps encore, les Allemands, les Polonais et tous nos partenaires considéraient que la force de dissuasion nucléaire américaine était une garantie tout à fait efficace. Ils ont pris conscience tout d'un coup qu'à partir du moment où le président Trump explique que le fameux article 5 du traité de l'Atlantique Nord, c'est-à-dire la solidarité entre les alliés, n'est pas automatique. Il n'y a plus de confiance. Et quand il n'y a plus de confiance, il n'y a plus d'alliance. Donc il faut que nous nous débrouillons nous-mêmes et nous avons la capacité de le faire. Ça demande beaucoup d'efforts, beaucoup de détermination, beaucoup de courage. La France peut être à la pointe de ce combat. Alain Juppé, une question plus personnelle. Vous êtes notre ancien Premier ministre. Vous étiez l'un des bras droits de Jacques Chirac. Il y avait un lien particulier avec le Liban. Est-ce que vous craignez, vous personnellement, un désastre humanitaire au Liban ? Bien sûr, on le voit. Vous avez vu cette population qui est en train de fuir non seulement le sud-Liban, mais les quartiers sud de Beyrouth. Beyrouth est bombardée. Pas besoin d'évoquer ça, puisque vous me placez ça sur un plan personnel, mais j'ai des amis. à Beyrouth aujourd'hui. Qu'est-ce qu'ils vous disent ? Ils vous ont téléphoné, ils vous appellent, qu'est-ce qu'ils vous disent ? Une famille qui vient de m'appeler ce soir en me disant on a enfin eu le visa et avec notre bébé de quelques mois on vient enfin d'arriver à Paris. C'est un exemple parmi beaucoup d'autres. Donc c'est quelque chose qui nous touche très directement. Je me suis rendu souvent au Liban. C'est un pays, je l'ai dit, que j'aime et qui nous aime. Donc il faut que nous fassions tout notre possible. Vous l'avez dit, le possible pour l'instant.
Le ministre israélien d'extrême droite Bezalel Smotrich a menacé hier la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement islamiste libanais chiite Hezbollah, de subir la même dévastation qu'Israël a infligée à Gaza. Ça vous choque ? Oui, bien sûr. C'est un sujet d'une extraordinaire complexité. Quand vous laissez entendre que le gouvernement israélien...
a eu une riposte disproportionnée au sauvage pogrom du 7 octobre 2023, vous êtes immédiatement, dans certains milieux en tout cas, suspect d'antisémitisme. Moi, je tiens à le dire de façon solennelle. Pour moi, l'antisémitisme est un poison qu'il faut combattre avec la plus grande détermination chez nous et partout où il existe. Mais ceci ne doit pas nous empêcher de dire que le gouvernement israélien prend des initiatives qui vont au-delà de ce que le droit international, pardon d'utiliser ce concept qui est devenu un concept vide aujourd'hui. Trump a détruit. Le droit international. Netanyahou agit de façon disproportionnée, vous avez dit au début de cette interview. À Gaza. Et au Liban aussi ? Bien sûr. Et au Liban aussi, bien entendu. J'ai évoqué la responsabilité du Hezbollah. J'ai pointé aussi la responsabilité en sens inverse du gouvernement libanais qui doit tenir ses engagements pour désormais le Hezbollah. Mais est-ce que ceci justifie ?
de provoquer l'exode auquel nous assistons avec un véritable peuple en errance sur les routes du Liban. Je ne suis pas sûr que là aussi la mesure et la proportionnalité soient respectées. L'autre front, c'est celui de l'Iran. C'est aujourd'hui le septième jour de cette guerre en février 2012 alors que vous étiez ministre des Affaires étrangères. Vous évoquiez le programme nucléaire iranien et vous répondiez à une question sur une possible intervention israélienne.
Le programme nucléaire militaire iranien constitue aujourd'hui l'une des plus graves menaces sur la paix non seulement de la région mais sur la paix du monde. La négociation porte sur le vrai sujet, c'est-à-dire sur le programme nucléaire militaire. Et pour l'instant, l'Iran continue à refuser. D'où les rumeurs d'intervention militaire dont vous vous êtes fait l'écho et qui, c'est vrai, circulent en Israël. Nous considérons que cette option militaire pourrait avoir des conséquences incalculables sur la région et sur la paix du monde et donc nous faisons tout pour l'éviter.
On peut être soulagé pour le... Vous avez de bonnes archives, je pourrais presque tenir le même discours aujourd'hui. Je voudrais là aussi souligner la responsabilité lourde du président Trump dans ce qui se passe en 2015, dans la foulée de ce que je disais là. les grandes puissances sont arrivées à un accord avec l'Iran entre les membres permanents du Conseil de sécurité et l'Iran. C'était le 14 juillet 2015, si je me souviens bien. L'Iran avait accepté de limiter son stock du radium enrichi et de réduire le nombre de ses centrifugeuses. Il avait accepté aussi les contrôles de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Et en contrepartie, les puissances avaient accepté d'alléger les sanctions qui pèsent sur l'Iran. Cet accord... a fonctionné. Et l'Agence internationale de l'énergie expliquait qu'elle arrivait à faire les contrôles dont elle était chargée 2018. Monsieur Trump dénonce cet accord avec une motivation, je ne sais pas si elle est exacte, parce que si elle est exacte, elle dénote une forme de puérilité, c'est parce qu'Obama avait signé l'accord. Et donc Trump le dénonce. Et pour quoi faire ? Quelle est sa stratégie ? De quoi s'agit-il ? Est-ce qu'il s'agit... de remplacer le régime ? Est-ce qu'il s'agit de détruire les capacités éventuelles de développement d'une arme nucléaire en Iran ? On avait cru l'année dernière, après l'intervention de juillet. que grâce à cette formidable intervention réussie, puisque M. Trump réussit tout ce qu'il entreprend, si on le croit, la capacité nucléaire de l'Iran avait été quasiment anéantie. On voit que l'Iran est aujourd'hui capable de réagir. Et donc on ne voit pas aujourd'hui quelle est la stratégie véritablement. Est-ce qu'il s'agit de neutraliser véritablement la capacité nucléaire de l'Iran ? Est-ce qu'il s'agit de provoquer la chute du régime ? Ça varie selon les jours. M. Trump a déclaré récemment qu'il voulait dire son mot. dans le choix du successeur de l'Ayatollah Rameini. Ce qui laisse à penser que son idée, c'est de continuer avec ce régime. De choisir le successeur. Est-ce que c'est ça, véritablement, sa stratégie ? Il invite le peuple iranien à se soulever. Il l'a déjà fait lorsqu'il y a eu les répressions de janvier, si je me souviens bien, en disant aux Iraniens, allez-y, on va venir. Ils ont manifesté, le régime a tiré à balles réelles sur la foule, 35 000 morts, et personne n'est venu, naturellement. Et on recommence aujourd'hui. Il est quoi ? Irresponsable, inconscient ? Comment vous décririez le président américain ? Je ne veux pas multiplier les critiques contre tel ou tel, ou contre l'administration américaine, mais aujourd'hui, c'est une véritable politique de gribouille à laquelle nous assistons. Est-ce que, si le changement de régime était l'objectif... On a préparé ce genre de régime. Apparemment, les Israéliens ont une capacité d'infiltration en Iran extraordinaire, puisqu'ils arrivent même à détecter les caméras de vidéosurveillance qui surveillent l'Ayatollah Khomeini. Est-ce qu'ils ont fait le nécessaire ? pour voir quelles étaient les forces « démocratiques » qui pouvaient s'unir au Liban, en Iran, pour prendre la suite. Rien, aucune préparation n'a été faite. Je le dis d'autant plus que la France a commis la même erreur. D'une certaine manière, en Libye, nous sommes intervenus en Libye, et nous avons eu raison d'intervenir pour protéger la population menghazi, nous avons eu le tort de ne pas préparer la suite. Vous considérez qu'il y a eu des conséquences derrière en chaîne ? Vous n'avez pas anticipé vous-même au gouvernement ? Toutes les interventions militaires destinées à changer les régimes ont échoué à l'Irak.
En Libye, en Syrie, nous ne sommes pas intervenus, mais ça a été aussi la catastrophe. Donc voilà, on n'impose pas la démocratie de l'extérieur. Changement de ton aujourd'hui important en Europe. Le chancelier allemand Frédéric Merz a alerté contre un effondrement de l'Iran et une vague migratoire incontrôlée, comme après la guerre civile en Syrie en 2015. Il faut s'y attendre.
dans les prochaines semaines, les prochains mois ? Je ne veux pas faire des prédictions aventureuses et prématurées. Tout va dépendre de la durée de cette guerre. Est-ce que ça va durer cinq semaines ou six semaines ? Est-ce que ça va durer davantage ? Mais si ça dure, il y aura bien évidemment des conséquences, des conséquences migratoires, des conséquences économiques également. Le prix du gaz a déjà augmenté de 60% depuis le début de la semaine. Le pétrole un petit peu moins. Et donc si l'inflation redémarre en Europe, les taux d'intérêt vont augmenter. On risque dans le même temps une baisse de la croissance. C'est ce qu'on appelle, quand on est savant en économie, une stagflation, c'est-à-dire à la fois de l'inflation et peu de croissance. Donc voilà, le risque économique, il est très fort aussi pour l'ensemble des pays européens. Voilà pourquoi l'Europe doit jouer son rôle en faisant les pressions maximum pour que ça s'arrête. Vous disiez que Trump a de lourdes responsabilités sur l'embrasement de la région. En tout cas, la Maison Blanche communique abondamment sur cette guerre, notamment sur les réseaux sociaux. Regardez.
... ... ... ... Vous avez évidemment reconnu des images extraites de plus grands blockbusters. C'est violent. Qu'est-ce que vous en pensez, vous ? Cette administration est en danger.
Pour la démocratie américaine, c'est aux Américains de s'en préoccuper. Il y a heureusement quelques signes qui montrent qu'il y a encore des contre-pouvoirs aux États-Unis. Même la Cour suprême, dont on pensait qu'elle était aux ordres de Trump, manifeste une forme d'indépendance, vous l'avez vu, avec sa décision récente sur les droits de douane. Et puis, il y a une vingtaine d'États aux États-Unis qui sont dirigés par des démocrates. Il y a une presse qui reste encore pluraliste et indépendante. La popularité de Trump est en train de chuter parce que nous avons là un chef d'État qui a commencé à se présenter comme le prix Nobel de la paix autoproclamé. Aujourd'hui, c'est le chef de guerre en casquette. Et il avait promis de ne pas faire la guerre. Sur les écrans américains. Et donc là, il y a une dérive qui d'ailleurs est dans le titre même de l'opération actuelle. Fureur épique. Épique, la furie. Est-ce que c'est le vertige du pouvoir ? Un jour, ça a été la menace sur le Canada, sur le Groenland, maintenant c'est sur Cuba, et ainsi de suite. Ça ne peut plus durer comme ça. Et il faut qu'on rétablisse un ordre international. Et là encore, j'en reviens à ce que je disais, la France a son rôle à jouer, elle est encore une puissance, mais l'Europe a un rôle déterminant à jouer.
La France, Alain Juppé, vous l'évoquiez, le porte-avions Charles de Gaulle est arrivé aujourd'hui en Méditerranée pour protéger nos alliés avec qui on a des accords dans la région. La France ne fait pas partie de cette guerre. Emmanuel Macron le répète depuis le début de la semaine. Est-ce qu'on ne risque pas malgré tout d'être aspiré d'une façon ou d'une autre dans ce conflit ? Nous sommes sur le fil du rasoir, bien entendu.
Le porte-avions est là. J'ai écouté un chef militaire à la retraite, on en entend beaucoup en ce moment, qui expliquait hier que la présence de porte-avions nous permettait d'être plus proche du théâtre d'opération et donc de disposer d'informations qui pourraient nous être utiles. Donc de ce point de vue, cette présence est évidemment tout à fait positive. Nous sommes dans une posture défensive. C'est ce que répètent tous les responsables gouvernementaux. Oui, avec le risque de devenir utile. Comment on passe de la défense, éventuellement si on est attaqué, à l'attaque. On est vraiment sur le fil du rasoir. Je crois qu'il est légitime que nous soyons là pour défendre. D'abord, nos ressortissants, il y en a encore beaucoup qui sont coincés dans cette région. Ensuite, nos intérêts présents sur le terrain. Nous avons des bases militaires, nous avons des militaires qui sont présents. Je rappelle que dans la finule, la force intérimaire des Nations Unies au Liban, il y a 700 casques bleus français. Nous en avons aussi sur les bases françaises. Et puis nous avons des intérêts politiques et économiques. Donc il est légitime que nous soyons là pour les défendre. Ça va demander un pilotage extrêmement fin. Vous observez que le président de la République réunit pratiquement au quotidien. un conseil de défense pour faire ce pilotage, justement, et éviter que nous ne tombions du mauvais côté, du fil de rasoir, si je puis dire, c'est-à-dire celui d'une escalade militaire. Vous venez d'évoquer, Alain Juppé, l'urgence du rapatriement de nos concitoyens, 400 000 concitoyens qui sont toujours dans la zone. On en parle tout de suite dans la story de Paul Larouturo.
Transcription automatique — vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.