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Le tour de parole complet qui contient l'extrait, avec celui qui précède et celui qui suit. Le tour cible est surligné.
Diplomatie climatique : audition de Laurent Fabius
28 avril 2026
à tous, c'est 100% Sénat, bienvenue, prenez place. Tout de suite, on vous emmène au cœur de l'actualité parlementaire. 11 ans après la COP21 sur le climat, que restent-ils des accords de Paris ? Est-ce qu'un accord aussi ambitieux pourrait être à nouveau conclu aujourd'hui ? Les sénateurs de la mission d'information sur la diplomatie climatique ont posé ces questions à Laurent Fabius, président de la COP21. Réponse de l'intéressé, le succès de la COP21 est un peu miraculeux, a-t-il dit. On regarde cette audition.
Comme vous le savez, j'ai complètement quitté la vie politique. J'ajouterai, chacun comprendra ce que je veux dire, sans regret. Mais je continue, même si cela n'est pas toujours connu, de me préoccuper des questions climatiques. Parce que, on va y revenir, j'ai eu le privilège de préparer puis de présider la fameuse Comte 21, donc l'accord de Paris, qui est la base de toute action maintenant. Mais il se trouve que, ce qui est moins su, mes collègues m'ont demandé de prendre la présidence. d'un cercle qui n'a pas d'existence juridique, mais qui a une certaine influence et qui est probablement appelée à poursuivre cette influence, qui est le cercle des présidents de COP. C'est mon collègue brésilien, monsieur De Lago, qui a présidé la COP de Bellem, qui a eu cette idée, sachant que... Bon, les présidents de COP viennent de pays différents, de continents différents, mais ils ont en commun, par définition, tous d'avoir une expérience. Et donc, compte tenu de l'importance du sujet... Du fait, et vous en êtes les témoins et les acteurs, que lorsqu'on a, j'allais dire, goûté à cette question, il est assez difficile de s'en déprendre compte tenu de son importance. Ils ont jugé bon de réunir ce petit groupe informel pour le moment, mais peut-être formel ensuite. Et ils m'ont demandé d'en assurer la présidence. Et c'est à ce titre donc que... J'étais, par exemple, il y a quelques jours en Turquie. Comme vous le savez peut-être, cette semaine, il y a une réunion entre l'Agence internationale de l'énergie et les membres de l'OCDE et la présidence turque et australienne de la COP d'Antalya. Bref, ce sont des questions qui ne me sont pas totalement étrangères. Que dire dans un propos introductif ? Vous avez reçu François Hollande, avec lequel j'ai... travaillé main dans la main pour préparer cette fameuse COP de Paris. Et Laurence, Laurence Tubiana, qui à l'époque avait eu un problème et donc se baladait dans sa petite chaise, mais qui a été extrêmement active, et qui continue de l'être, puisqu'elle est devenue maintenant doyenne de l'école du climat de Sciences Po. Une anecdote pour vous faire sourire. Au moment où, au sein du gouvernement français, François Hollande m'a choisi pour préparer la présidence de cette COP, il fallait d'abord que la France soit désignée pour accueillir la COP. Cette désignation a été facilitée par le fait, dit ça avec Hubourg, que nous étions les seuls candidats. Pourquoi étions-nous les seuls candidats ? Parce qu'il n'était pas absolument acquis que le succès soit au rendez-vous. Ce qui fait que deux ans avant, c'était en Pologne, lorsque... Pour employer une formule traditionnelle, la France a été dédiée par acclamation, ce qui veut dire qu'il n'y a pas de vote. Mes futurs collègues sont venus de voir, en me disant, parce qu'on parle anglais dans ce genre de choses, « Mr Fabius, good luck ». Mais je sentais que dans ce good luck, il y avait une petite dose d'interrogation. Bon, on s'est mis au travail et finalement, ça a été un grand succès. Alors, je laisse de côté, même si c'est votre sujet principal, et on y reviendra peut-être, l'organisation diplomatique qui nous a permis d'aller vers ce succès. Quand j'y réfléchis, et souvent on me demande de faire des conférences sur ce sujet, trois éléments dont la conjonction a permis le succès. Et quand je cite ces trois éléments, on voit bien qu'aujourd'hui, chacun d'entre eux est mis en cause. Le premier élément, alors, j'espère que vous m'excuserez de ces anglicismes, mais enfin, bon. C'est ce que j'appelle les trois S. Alors le premier, il se trouve que c'est le même mot en anglais et en français, c'est la science. Nous avons à l'époque la chance que la science a non seulement accouché d'un certain nombre de résultats, le GIEC avait déjà commencé à travailler, mais c'est le moment où les choses deviennent vraiment spectaculaires et reconnues par l'opinion. Et la technologie faisait des progrès. Et surtout, c'est là une première différence avec la situation actuelle, différence malheureuse, c'est que le résultat des scientifiques n'était pas controversé. Et c'est très important parce que, j'y reviendrai sans doute, et nous y reviendrons si cela vous intéresse, tout au long de ce dialogue, sans la science, on ne peut pas avancer. dans ce domaine comme dans les autres. Et le fait qu'aujourd'hui, la science soit mise en cause, non seulement sur le principe... Est-ce que le réchauffement climatique existe ou pas ? Quelles en sont les causes, etc. ? Par des voies très puissantes, on pense en particulier évidemment au président américain. Il y a des conséquences très concrètes qui sont les suppressions de crédit, le fait que les données ne sont pas et ne seront pas nécessairement au rendez-vous quand il n'y a pas de données. Comment voulez-vous qu'on travaille ? Donc là, à l'époque, non, c'était une époque favorable où, dans cette conjonction de trois facteurs dont j'ai parlé, la science était là. Le deuxième élément qui était présent, c'est la société. La société. Alors, quand on parle de la société, on parle de la société civile, notamment née. C'est une des idées que j'avais eues. Et puis, bon, il ne faut pas être trop ambitieux. On laisse de côté la société militaire. On a tort. D'une part parce que ce qui se passe, et notamment les conflits, ont des incidences extrêmement fortes, y compris en termes d'émission. Mais aussi parce que dans pas mal de pays... Les militaires réfléchissent très profondément au climat, à la fois, j'allais dire, négativement. Qu'est-ce que le climat peut les empêcher de faire ? Et, entre guillemets, positivement, c'est-à-dire comment utiliser, si je peux dire, les transformations climatiques pour les transformer en armes de guerre. Bon, mais là, on est dans le cadre de la société civile. Dans la société civile, je dois dire que, c'était il y a 10 ans, il y a 11 ans, elle était en général. Il y a des cas particuliers, souvent importants, au rendez-vous. Je pense à la grande opinion, même si elle découvrait un petit peu les problèmes. Je pense aux ONG. Je pense à beaucoup d'entreprises. Alors, évidemment, il faut faire une part particulière au secteur oil and gas. Et encore, à l'intérieur de ce secteur, il y a des attitudes différentes. Je pense aux collectivités locales, j'espère qu'on y reviendra, parce que c'est un des points qui peuvent nous permettre d'avancer mieux et plus vite. Bref, la société civile, avec des résistances bien sûr, était plutôt allante. De ce point de vue-là, vous souhaiterez peut-être qu'on y revienne, il y a aujourd'hui des interrogations. C'est ce qu'on appelle en bon français « backlash », c'est-à-dire le mouvement en arrière, qui n'est pas le même dans tous les pays, qui n'est pas le même dans tous les secteurs de l'opinion, qui a des causes différentes. Mais enfin, je reviens à l'écor de Paris, la science et la société. Et puis le troisième S, c'est States, les États. Ça, c'est le propre de l'action diplomatique et de la situation. Il se trouvait que nous avions pu réunir sur une même ligne les États-Unis, la Chine, l'Inde, l'Union européenne, les petites îles, enfin beaucoup d'autres. Ceux qui n'étaient pas favorables, parce qu'il y en avait, devant ce concert, avaient difficulté à s'exprimer. Ils n'en pensaient pas moins, mais ils avaient des difficultés. Aujourd'hui, évidemment, le mutilatéralisme est mis en cause, les conflits de toutes sortes, les oppositions, ce qui fait que... Ces trois S ne sont plus là. Et cette différence de situation, il faut la prendre en compte, il faut essayer de lutter contre, mais elle existe. Et c'est ce qui explique que, alors que l'accord de Paris est la base, est reconnu comme tel, sauf par telle personnalité. au demeurant puissante. Mais pour le reste, on n'a pas mis en cause l'accord de Paris. Il n'y a qu'un pays qui en est sorti très puissant au demeurant. Un pays, je dirais une administration, car au sein même des États-Unis, vous avez encore beaucoup d'États et beaucoup d'entreprises qui, elles, continuent à jouer le jeu. Bon, voilà, je ne vais pas être plus long sur ce point. Donc, à l'époque, une conjonction que nous avions favorisée, mais enfin, qui a permis le succès. On reviendra peut-être sur ce que signifie l'accord de Paris. Aujourd'hui, une situation différente. Alors l'objectif, il doit rester le même, c'est celui qui est fixé par l'accord de Paris. Mais évidemment, les méthodes, les difficultés, les atouts, ce n'est pas la même chose. Un dernier point auquel je pense en évoquant ce sujet. A l'époque, le climat était, si je puis dire, considéré en tant que tel. C'est-à-dire que cette COP a un peu écrasé les autres. Et on travaillait en silo. Mais au fur et à mesure, la science se développant, les connaissances progressant, on s'est aperçu que tout était lié. Tout est résumé par la formule magnifique de Victor Hugo. Rien n'est solitaire, tout est solidaire. Et donc, on ne peut pas traiter sérieusement les questions de climat sans traiter les questions de biodiversité, sans traiter les questions de nature, sans traiter les questions de santé, etc. Et donc, c'est une grande différence avec autrefois. Alors, là, je pointe ma perception personnelle. Le risque, c'est de sombrer dans ce qu'on appelle le toutouisme. C'est-à-dire, bon, les choses sont tellement liées qu'il faut tout traiter. Alors finalement, en voulant tout traiter, on ne traite rien du tout. Mais entre le toutouisme et l'isolation, il y a une marge. Et cela doit nous conduire, ça c'est un peu le travail que nous commençons à faire au sein des présidents de COP, en réfléchissant à ce qu'il faut faire dans le futur. On s'aperçoit qu'il faut bien sûr traiter la question du climat en tant que tel, mais avec les autres éléments. Et ça peut nous amener, au plan français certainement, au plan européen, au plan mondial, à avoir peut-être une autre vision des choses. Et ça peut vous intéresser dans votre recherche, dans votre travail sénatorial. Nous sommes dans une situation tout à fait paradoxale. Ce qui se passe, l'Ukraine, les trois dormus, les Russes, le Moyen-Orient, etc., c'est-à-dire la question de la sécurité énergétique, est une question qui, normalement, devrait renforcer le besoin. Et le désir de lutter contre le dérèglement climatique. Parce qu'on lutte contre ce dérèglement, pas seulement parce qu'au-delà d'un certain degré, la vie n'est plus vivable, mais est venu en plus ce qui n'était pas le cas. il y a 10 ans, l'idée que c'est l'indépendance des pays, c'est leur sécurité qui est en cause. Donc tout cela devrait militer pour un renforcement de l'action climatique. C'est l'inverse qui se produit. A la fois parce que, très concrètement, on rouvre les mines de charbon, parce qu'on a recours à toute une série d'expédients, parce que... Et il faut bien comprendre les gouvernements qui sont obligés de tenir compte aussi du court terme, des exigences, etc. On revient sur un certain nombre de mesures. Et donc, c'est un paradoxe extrêmement difficile, mais l'art de gouverner, ça consiste à se saisir de tout cela et à faire le meilleur arbitrage possible. Alors même que l'action contre le dérèglement climatique pour des réseaux objectifs devrait être... Plus fort qu'auparavant, il est mis en cause davantage qu'auparavant.
Merci, M. le Président. Et puis félicitations pour votre nouvelle présidente. Présidente de fait. Oui, mais c'est quand même bien. C'était comme en Pologne, c'est-à-dire de fait sans vote, mais en tout cas, vous avez choisi. Bon, je vais laisser la parole, encore une fois, pour la qualité de votre introduction et laisser la parole à notre rapporteur.
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